mercredi 24 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103658 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE PRESIDENT |
| Avocat requérant | VERFAILLIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 novembre 2021 et le 8 avril 2022, Mme D A, représentée par Me Verfaillie, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a rejeté son recours dirigé contre la décision du 22 juillet 2021 lui notifiant un indu de prime d'activité, d'allocation de logement familiale et d'allocation de rentrée scolaire d'un montant global de 10 435,96 euros ;
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Aisne de lui accorder lesdites prestations et de lui reverser les sommes prélevées en vue du remboursement de l'indu dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient qu'elle est isolée depuis sa séparation avec son ex-conjoint en septembre 2017.
Par des mémoires en défense, enregistré les 21 janvier 2022 et 17 juin 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne conclut au rejet de la requête et à ce que Mme A soit condamnée à lui verser une somme de 8 789,89 euros.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître des conclusions relatives à l'allocation de rentrée scolaire ;
- le moyen soulevé par Mme A n'est pas fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Dhiver, présidente, a lu son rapport au cours de l'audience publique et informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyens relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne, eu égard du principe selon lequel une personne privée chargée d'une mission de service public ne peut, tout comme une personne publique, demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a fait l'objet d'une enquête à l'issue de laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Aisne lui a notifié, par une décision du 22 juillet 2021, un indu de prime d'activité, d'allocation de logement familiale et d'allocation de rentrée scolaire d'un montant global de 10 435,96 euros portant sur la période d'août 2018 à juin 2021. Mme A a formé un recours contre cette décision, qui a été rejeté par la caisse d'allocations familiales de l'Aisne par une décision implicite. Mme A demande l'annulation de cette décision implicite.
Sur l'allocation de rentrée scolaire :
2. Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 ; / () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives :1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : : " Les prestations familiales comprennent : () ; / 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; / () ".
3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les litiges relatifs au bénéfice de l'allocation de rentrée scolaire relèvent de la compétence du tribunal judiciaire. Il s'ensuit que le tribunal administratif n'est pas compétent pour connaître de la contestation de Mme A en tant qu'elle porte sur cette prestation familiale. Par suite, les conclusions de Mme A sont, dans cette mesure, rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur le bien-fondé de l'indu de prime d'activité et d'allocation logement :
4. Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". L'article L. 842-7 du même code dispose que : " Le montant forfaitaire mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : / 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants () / Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. () ". Aux termes de l'article R. 842-3 de ce code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1°) du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; et / 3°) des enfants et personnes à charge remplissant les deux conditions suivantes : / a) () avoir moins de vingt-cinq ans et être à la charge effective et permanente du bénéficiaire ou de son conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité à condition, en cas d'arrivée au foyer après le dix-septième anniversaire, d'avoir avec le bénéficiaire ou son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité un lien de parenté jusqu'au quatrième degré inclus ; / () ".
5. Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation désormais en vigueur, reprenant en substance l'article L. 831-4 du code de la sécurité sociale applicable jusqu'au 1er septembre 2019 : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. / Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de l'année civile précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore à la date d'ouverture du droit ou au premier jour de la période de paiement. "
6. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice de la prime d'activité et de l'allocation de logement familiale, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par les articles R. 842-3 du code de la sécurité sociale et R. 822-2 du code de la construction et de l'habitation. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
7. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a estimé que Mme A vivait en couple avec M. C à compter du mois de novembre 2017. Si Mme A soutient qu'elle est célibataire et qu'elle n'a fait qu'héberger ponctuellement M. C, il résulte de l'instruction que ce dernier a résidé chez Mme A à partir du 10 novembre 2017, ainsi qu'il ressort de la demande d'aide au logement qu'il a lui-même remplie en janvier 2018 et qu'il figurait sur l'avis d'imposition à la taxe d'habitation de Mme A de l'année 2020. Le rapport d'enquête établi le 23 mars 2021 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne relève également l'existence de virements effectués entre les comptes des intéressés à échéance régulière. Ainsi, eu égard à l'ensemble de ces éléments, Mme A doit être regardée comme ayant mené, au cours de la période en litige, une vie de couple stable et continue. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions citées aux points 4 et 5 ci-dessus que la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a estimé que Mme A ne pouvait pas être regardée comme une personne isolée et a, au regard de la situation de son foyer, confirmé le bien-fondé des indus de prime d'activité et d'allocation de logement familiale pour la période allant d'août 2018 à juin 2021.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a confirmé sa décision du 21 juillet 2021 en tant qu'elle lui notifie des indus de prime d'activité et d'allocation de logement familiale. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sont rejetées, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne n'étant pas la partie perdante dans la présente instance. Cette instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre sont également rejetées.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales :
9. En vertu du principe selon lequel une personne privée chargée d'une mission de service public ne peut, tout comme une personne publique, demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne, qui dispose du pouvoir de délivrer des actes de contrainte, n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner Mme A à lui verser la somme de 8 789,89 euros correspondant au solde de l'indu en litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de Mme A relatives à l'allocation de rentrée scolaire sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée pour le surplus.
Article 3 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aisne sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la caisse d'allocations familiales de l'Aisne et à Me Verfaillie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2022.
La présidente,
Signé
M. B La greffière,
Signé
V. Martinval
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026