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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103975

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103975

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103975
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGUIDET ET ASSOCIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Guidet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 et des pénalités correspondantes';

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la proposition de rectification du 28 juillet 2017 est insuffisamment motivée';

- la preuve de sa qualité de maître de l'affaire au sein de la SARL Samitex n'a pas été rapportée par le service, dès lors que la société était composée de trois associés ayant des pouvoirs différents';

- il n'a pas eu connaissance des éléments permettant au service de déterminer les recettes pour l'établissement du bénéfice imposable de la SARL Samitex';

- la méthode du service pour reconstituer les charges de la SARL Samitex est inadaptée ;

- le service n'a pas apporté la preuve que la somme de 122 212 euros au titre de l'exercice clos en 2014 inscrite dans un compte d'attente a bien été à sa disposition, de sorte que la présomption de l'article 111-a du code général des impôts ne s'applique pas ;

- la pénalité de 40 % n'est pas due par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, l'administrateur général des finances publiques, directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales';

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Samitex a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration fiscale, d'une part, lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'exercice clos en 2015 et des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2014 et 2015, et d'autre part, a constaté des prélèvements non justifiés de la part de son gérant, M. B, au titre de l'exercice clos en 2014.

2. À la suite de ces rectifications et constatations, des distributions ont été notifiées à M. B, selon une procédure de rectification contradictoire, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 et sur le a de l'article 111 du code général des impôts et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux au titre des années 2014 et 2015 ont été mises à sa charge. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. En cas de motivation par référence, l'administration doit, en principe, annexer les documents auxquels elle se réfère dans la proposition de rectification ou en reprendre la teneur.

4. Par une proposition de rectification du 28 juillet 2017, le service a informé

M. B qu'il envisageait de procéder, selon la procédure de rectification contradictoire, au rehaussement de sa base d'imposition à l'impôt sur le revenu pour les années 2014 et 2015, en conséquence des rectifications apportées au résultat imposable de la SARL Samitex. Ce document énonce se fonder sur le 2° du 1 de l'article 109 et le a. de l'article 111 du code général des impôts et sur la proposition de rectification adressée le 19 juillet 2017 à la SARL Samitex, dont la teneur y est reprise par un exposé de ses motifs et la citation de larges extraits, pour regarder les bénéfices rehaussés de la SARL Samitex et les prélèvements de l'intéressé sur un compte d'attente de la comptabilité de la société comme des revenus distribués entre ses mains en sa qualité de maître de l'affaire. Les montants et les années d'imposition en litige sont également mentionnés explicitement, de sorte que la proposition de rectification en litige doit être regardée comme suffisamment motivée au regard des dispositions précitées.

Sur le bien-fondé des impositions :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ".

6. Pour soumettre à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, des sommes réputées distribuées sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, il incombe à l'administration d'établir qu'ils ont été mis à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts. La circonstance que le contribuable que l'administration entend imposer soit le maître de l'affaire est à cet égard sans incidence.

7. Il résulte de l'instruction que le service a imposé entre les mains de M. B, au titre des années 2014 et 2015, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, les sommes respectivement de 132 659 euros et 138 853 euros correspondant à des rectifications apportées au résultat imposable de la SARL Samitex au titre des exercices clos en 2014 et 2015. Mais, dès lors que le service se borne à affirmer que M. B doit être présumé avoir appréhendé ces sommes regardées comme des revenus distribués au seul motif qu'il était le maître de l'affaire, il n'apporte pas la preuve qui lui incombe de cette appréhension. Par suite, M. B est fondé à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015 portant sur les revenus distribués par la SARL Samitex, ainsi que des pénalités correspondantes.

8. En second lieu, aux termes du a. de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes ".

9. Si le service s'est fondé notamment sur la qualité de maître de l'affaire de

M. B pour imposer entre ses mains en tant que revenus distribués des prélèvements sur un compte d'attente dans la comptabilité de la SARL Samitex fonctionnant comme un compte courant d'associé à hauteur de la somme de 122 212,26 euros, il a également fondé ce chef de rehaussement en apportant la preuve de ce que l'appréhension de ces sommes résultait du libellé même de leur comptabilisation qui indiquait que leur bénéficiaire était M. B. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à solliciter la décharge de l'imposition mise à sa charge sur le fondement du a de l'article 111 du code général des impôts, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 er : M. B est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 portant sur les revenus distribués par la SARL Samitex sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'administrateur général des finances publiques, directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2103975

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