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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2104236

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2104236

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2104236
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJOSSERAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 22 décembre 2021, 30 mars 2022 et 4 août 2023, M. B C et M. D A, représentés par Me Josseran, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision non datée par laquelle le maire de la commune de Balagny-sur-Thérain leur a, d'une part, infligé une amende de 68 euros pour des faits de dépôt non autorisé de déchets et méconnaissance des règles de collecte, constatés les 11 et 17 septembre 2021 et, d'autre part, les a mis en demeure, dans un délai de sept jours, de procéder à l'enlèvement de ces déchets ;

2°) d'annuler les titres exécutoires du 22 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Balagny-sur-Thérain a mis à leur charge une somme de 68 euros relative à cette amende ainsi qu'une somme de 2 400 euros au titre des frais entrainés par l'exécution d'office de l'évacuation de ces déchets ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Balagny-sur-Thérain une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Ils soutiennent que :

- les décisions attaquées ont été prises au terme d'une procédure méconnaissant l'article L. 541-3 du code de l'environnement dès lors qu'ils n'ont pas été informés des faits qui leur étaient reprochés, des sanctions qu'ils encourraient et de la possibilité qu'ils avaient de présenter des observations ;

- ces décisions ont été prises sur le fondement de faits matériellement inexacts dès lors qu'il n'est pas établi qu'ils aient déposé les déchets dont la présence a été constatée les 11 et 17 septembre 2021.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 avril 2022 et 2 août 2023, la commune de Balagny-sur-Thérain, représentée par Me Nauche, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de M. C une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 17 janvier 2022, les requérants ont été invités, en application de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, à régulariser leur requête collective par la présentation de requêtes distinctes.

Par un courrier du 18 mars 2022, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office l'irrecevabilité des conclusions présentées par MM. Mats, Parisi, Pelletier et A dès lors que la requête étant dirigée contre cinq décisions différentes et ayant le caractère d'une requête collective, seules les conclusions de M. C, premier des requérants, sont recevables.

Les requérants ont répondu à ce moyen d'ordre public le 30 mars 2022 et informé le tribunal de ce que MM. Mats, Parisi et Pelletier avaient introduit une requête distincte.

Par ordonnance du 8 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 septembre 2023 à 12 heures.

La commune de Balagny-sur-Thérain a produit un mémoire le 26 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est propriétaire de locaux à usage professionnel sur le territoire de la commune de Balagny-sur-Thérain. Par une décision non datée, le maire de cette commune a, d'une part, infligé à M. C une amende administrative de 68 euros pour des faits de dépôt non autorisé de déchets et méconnaissance des règles de collecte, constatés les 11 et 17 septembre 2021 et, d'autre part, l'a mis en demeure, dans un délai de sept jours, de procéder à l'enlèvement de ces déchets. Par un titre exécutoire du 22 octobre 2021, le maire de la commune de Balagny-sur-Thérain a mis à la charge de M. C l'amende de 68 euros ainsi qu'une somme de 2 400 euros au titre des frais entrainés par l'exécution d'office de l'évacuation de ces déchets. M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision et ce titre exécutoire. M. A a présenté au sein de la même requête des conclusions similaires.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation présentées par M. D A :

2. A supposer que la présentation de conclusions à fin d'annulation d'un procès-verbal et d'un titre exécutoire le concernant par M. D A, qui n'est visé par aucune des décisions attaquées fournies, ne résulte pas d'une erreur matérielle au sein de la requête, ces conclusions relèvent d'un litige distinct des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C. Il n'a pas été donné de suite à la demande du 17 janvier 2022 adressée par le tribunal de régulariser ces conclusions par la présentation d'une requête distincte dans le délai de 15 jours. Dans ces conditions et à les supposer existantes, les conclusions à fin d'annulation de M. A, qui ont été présentées après celles de M. C, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la légalité des décisions attaquées par M. C :

3. Aux termes de l'article L. 541-3 du code de l'environnement : " I.-Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, à l'exception des prescriptions prévues au I de l'article L. 541-21-2-3, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. / Au terme de cette procédure, si la personne concernée n'a pas obtempéré à cette injonction dans le délai imparti par la mise en demeure, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente peut, par une décision motivée qui indique les voies et délais de recours : / () 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. () / VI.- Les amendes administratives et l'astreinte journalière mentionnées au I sont recouvrées au bénéfice : / 1° De la commune, lorsque l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente mentionnée au même I est le maire ; ()".

4. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Balagny-sur-Thérain a entendu infliger à M. C une amende ayant vocation à intégrer le budget municipal et mettre en demeure l'intéressé de procéder à l'enlèvement des déchets en litige et s'est nécessairement fondé, pour ce faire, sur les dispositions citées au point précédent. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision ait été précédée d'une information de M. C quant aux faits qui lui étaient reprochés, aux sanctions qu'il encourrait et à la possibilité qu'il avait de présenter des observations préalablement à son édiction. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que cette décision a été prise au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions citées au point précédent et le privant d'une garantie, et, par suite, à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, il est également fondé à demander l'annulation du titre exécutoire du 22 octobre 2021, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen qu'il présente au soutien de ses conclusions.

Sur les frais du litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Balagny-sur-Thérain une somme de 300 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

6. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la commune de Balagny-sur-Thérain au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.

7. Enfin, en l'absence de dépens, les demandes formées par les parties sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision non datée par laquelle le maire de la commune de Balagny-sur-Thérain a infligé une amende à M. C et l'a mis en demeure de procéder à l'enlèvement de déchets ainsi que le titre exécutoire du 22 octobre 2021 sont annulés.

Article 2 : La commune de Balagny-sur-Thérain versera à M. C une somme de 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Balagny-sur-Thérain sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Les conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à M. D A et à la commune de Balagny-sur-Thérain.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2104236

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