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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200008

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200008

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200008
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMOSTAERT AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 janvier 2022, 6 janvier et 4 septembre 2023, Mme A D, représentée par Me Mostaert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Saint-Quentin à lui verser la somme globale de 232 416,22 euros, ou, en cas d'application d'un taux de perte de chance de 20 %, la somme globale de 48 789,06 euros, assortie des intérêts légaux à compter du 3 janvier 2022 et de leur capitalisation, en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Quentin, outre les dépens, la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier de Saint-Quentin a commis des fautes dans sa prise en charge par le service des urgences le 15 mars 2021 alors qu'elle n'a bénéficié que tardivement d'une consultation par un médecin expérimenté et des examens appropriés à son état, particulièrement une IRM, et alors que les médecins spécialistes devant l'examiner étaient absents ;

- compte-tenu de la pluralité des fautes commises par le centre hospitalier de Saint-Quentin, il y a lieu de lui accorder la réparation intégrale de son dommage, à défaut, il y a lieu de retenir un taux de perte de chance de 20 % ;

- elle a subi un préjudice lié à un déficit fonctionnel temporaire total lors de ses hospitalisations, de 50 % en dehors de celles-ci jusqu'au 23 septembre 2021, puis de 40 % du 24 septembre 2021 au 9 juin 2022, date de consolidation de son état de santé, d'un montant total de 7 986 euros ;

- elle a subi un préjudice lié aux souffrances endurées d'un montant de

12 000 euros ;

- elle a subi un préjudice esthétique temporaire d'un montant de 20 000 euros ;

- elle subit un préjudice lié à un déficit fonctionnel permanent qui ne saurait être établi en dessous de 30 %, d'un montant de 60 000 euros ;

- elle subit un préjudice esthétique permanent d'un montant de 8 000 euros ;

- elle subit un préjudice d'agrément lié à la gêne dans la pratique du jardinage, de la conduite et du tricot d'un montant de 20 000 euros ;

- elle subit un préjudice sexuel lié à une perte de libido d'un montant de

10 000 euros ;

- elle a subi un préjudice lié à la nécessité de recourir à l'assistance d'une tierce personne à hauteur de deux heures par jour du 23 juillet au 23 septembre 2021 et d'une heure par jour du 24 septembre 2021 au 9 juin 2022, correspondant à la somme de 8 848 euros ;

- elle subit un préjudice lié à la nécessité de recourir à l'assistance d'une tierce personne après consolidation de son état de santé qui peut être évalué, sur la base d'une heure par semaine, à la somme capitalisée de 30 452,53 euros ;

- elle a subi un préjudice lié à des dépenses de santé actuelles correspondant au reste à charge de l'acquisition d'un déambulateur, d'une canne et d'un lit adapté ainsi qu'à la participation forfaitaire à ses frais de santé d'un montant de 383,29 euros ;

- elle a subi un préjudice lié à une perte de gains professionnels avant consolidation de son état de santé lié au non versement de l'indemnité spécifique REP et d'heures supplémentaires années d'un montant net de 8 058,26 euros ;

- elle a supporté des frais de déplacement pour se rendre à l'expertise amiable demandé par elle puis à l'expertise judiciaire d'un montant de 270,27 euros, des honoraires de médecins conseils d'un montant de 2 400 euros et des frais de télévision lors de ses hospitalisations d'un montant de 212 euros ;

- elle subit un préjudice lié à une perte de gains professionnels après consolidation de son état de santé lié au non versement à compter du 15 décembre 2022 de l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves, de l'indemnité spécifique REP et d'heures supplémentaires années, qui peuvent être évaluées à 1,5 heure par an, ainsi qu'à la perte d'un demi traitement à compter du 15 mars 2025, et ce, jusqu'à son départ à la retraite à 65 ans, qui doit être évalué à la somme de 41 129,65 euros ;

- elle subit un préjudice lié aux frais d'adaptation de son véhicule d'un montant de

2 676,22 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier 2022 et 20 juillet 2023, le centre hospitalier de Saint-Quentin, représenté par Me Cariou, conclut à ce que les sommes demandées par Mme D soient réduites à de plus justes proportions, y compris la somme demandée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à ce que leur soit appliquées, ainsi qu'aux débours de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, un taux de perte de chance de 20 %.

Il fait valoir que :

- il s'en rapporte à justice en ce qui concerne l'existence d'une faute ;

- il y a lieu de retenir un taux de perte de chance de 20 % comme l'a fait le rapport d'expertise judiciaire ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire de Mme D ne saurait excéder la somme de 787,80 euros, après application du taux de perte de chance de 20 % ;

- l'indemnisation des souffrances endurées ne saurait excéder la somme de 800 euros, après application du taux de perte de chance de 20 % ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire ne saurait excéder la somme de

1 000 euros, après application du taux de perte de chance de 20 % ;

- l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne avant consolidation de l'état de santé de Mme D ne saurait excéder la somme de 1 027 euros, après application du taux de perte de chance de 20 % ;

- il n'a pas lieu d'indemniser les frais liés à l'expertise non contradictoire organisée à la demande de Mme D ;

- l'achat d'un nouveau lit n'est pas médicalement justifié ;

- l'indemnisation au titre du déficit fonctionnel permanent ne saurait excéder la somme de 10 000 euros, après application du taux de perte de chance de 20 % ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique permanent ne saurait excéder la somme de

560 euros, après application du taux de perte de chance de 20 % ;

- il n'y a pas lieu d'indemniser un préjudice d'agrément ou un préjudice sexuel ;

- l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne après consolidation de l'état de santé de Mme D ne saurait excéder la somme de 158 euros après application du taux de perte de chance de 20 %, s'agissant du montant échu et la somme de 4 004,75 euros, après application du taux de perte de chance de 20 %, s'agissant du montant à échoir ;

- les pertes de gains professionnels actuels et futurs ne peuvent être évaluées en l'absence de production des trois derniers avis d'imposition de Mme D.

Par des mémoires, enregistrés les 17 et 19 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Saint-Quentin à lui verser la somme de 44 127 euros en remboursement de ses débours, assortie des intérêts légaux à compter de sa demande et de mettre à la charge de l'établissement l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

La requête, les mémoires et les pièces produits dans le cadre de la présente instance ont été communiqués au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, au recteur de l'académie d'Amiens et à la mutuelle générale de l'éducation nationale de l'Aisne qui n'ont pas produit d'observations.

Par ordonnance du 8 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 octobre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2103825, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr C et le Dr B.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de Me Mostaert, représentant Mme D, et de Me Moughni, représentant le centre hospitalier de Saint-Quentin.

Considérant ce qui suit :

1. Adressée en urgence par un médecin généraliste au centre hospitalier de Saint-Quentin le 10 mars 2021 pour des douleurs épigastriques et hématémèse, Mme D a été accueillie à 19 heures 45. A la suite d'un examen par IRM demandé à 1 heure 42 dont les résultats ont été notés à 2 heures 17, un accident vasculaire cérébral, dont l'intéressée a conservé des séquelles, a été diagnostiqué. Estimant sa prise en charge par le centre hospitalier de Saint-Quentin fautive, Mme D demande la condamnation de celui-ci à indemniser son dommage.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que les symptômes présentés par Mme D dès 21 heures, avec notamment un engourdissement du membre inférieur gauche, auraient dû conduire à procéder à un bilan clinique neurologique et à faire pratiquer en urgence un examen par IRM, examen de première intention en cas de suspicion d'un accident vasculaire cérébral, afin de permettre, le cas échéant, une thrombolyse. Toutefois, en l'espèce, Mme D n'a bénéficié d'un examen par un médecin expérimenté qu'à 23 heures, approximativement. Celui-ci a alors prescrit dans un premier temps un scanner, avant de solliciter à 1 heure 15, un avis neurologique, puis de faire procéder à un examen par IRM à 1 heure 42, qui permettra de diagnostiquer la survenue de l'accident vasculaire cérébral. Dès sa consultation initiale et sans disposer des résultats de l'IRM qui sera pratiquée ultérieurement, le neurologue de garde a estimé qu'il était trop tard pour procéder à une thrombolyse. Dans ces conditions, les experts ont estimé qu'en ne prenant pas la décision dès 21 heures de faire pratiquer un examen par IRM, comme une prise en charge conforme l'aurait impliqué, ce qui aurait permis au neurologue de garde d'avoir l'opportunité de prendre, plus tôt, une décision avisée sur la base des résultats de cet examen quant à une thrombolyse, une faute avait été commise. Cette faute engage la responsabilité du centre hospitalier de Saint-Quentin.

Sur la perte de chance :

4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

5. En l'espèce, il ne saurait être tenu pour établi qu'avec une prise en charge diligente, le dommage de Mme D aurait pu être totalement évité alors que le recours à une thrombolyse ne permet pas d'éviter, dans tous les cas, toute séquelle d'un accident vasculaire cérébral, à supposer d'ailleurs que cette thérapeutique ait été prescrite après examen du bénéfice escompté pour l'intéressée, compte-tenu des risques de ce traitement et des pathologies intercurrentes de la requérante. Par suite, Mme D n'est pas fondée à demander la réparation intégrale de son dommage. A cet égard, en exposant qu' " il y a un retard de prise en charge, qui si elle avait été opportune, aurait pu améliorer le pronostic de l'AVC ", l'expertise amiable diligentée par Mme D conforte l'expertise judiciaire sur l'existence d'une perte de chance.

6. Les experts judiciaires ont estimé que la perte de chance associée à ce retard fautif à prendre en charge adéquatement Mme D, compte-tenu des bénéfices attendus d'une thrombolyse à laquelle elle aurait eu une chance plus importante de prétendre en cas de prise en charge diligente, était de 20 %. Il y a lieu de retenir ce taux de perte de chance.

Sur les préjudices :

7. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme D est consolidé avec séquelles au 9 juin 2022.

En ce qui concerne les préjudices temporaires :

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment des éléments produits émanant de la caisse de sécurité sociale de l'intéressée qui en apporte le détail que

Mme D a supporté des frais de participation forfaitaire et de franchises à hauteur de la somme de 82,50 euros. Il résulte également de l'instruction et notamment des justificatifs d'achat produits, dont la part prise en charge, le cas échéant, par la caisse primaire d'assurance maladie est précisée, que Mme D a exposé des frais pour l'achat de matériel adapté à son état de santé, à savoir une canne mécanique et un déambulateur à hauteur de la somme de 45, 90 euros. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que l'acquisition d'un lit non médicalisé en septembre 2021, dont Mme D demande l'indemnisation, ait un lien avec le dommage alors même que la requérante produit une ordonnance de septembre 2023, postérieure de deux ans à cet achat, selon laquelle un lit médicalisé lui était nécessaire.

9. En deuxième lieu, Mme D qui exerçait les fonctions de professeure de sciences et vie de la terre au sein du collège Victor Hugo à Ham a continué de percevoir son plein traitement indiciaire postérieurement au dommage. Toutefois, elle établit avoir cessé de percevoir l'indemnité spécifique REP perçue habituellement par elle à hauteur de 144,50 euros bruts mensuels. Elle a également, en l'absence de service fait, cessé de percevoir le paiement des heures supplémentaires année qu'elle effectuait à hauteur de 0,5 heure hebdomadaire au cours de l'année scolaire 2021-2022 d'un montant de 84,30 euros brut et perçu d'octobre à juin. Au titre de l'année scolaire 2022-2023, ses états de services font état de l'attribution de 2,5 heures supplémentaires année pour un montant de 250 euros brut mensuel, également versé d'octobre à juin. Mme D est ainsi fondée à se prévaloir d'une perte de gains professionnels avant consolidation de son état de santé, qui déduction faite des charges à payer, correspond à un revenu net de 3 516,70 euros sur cette période.

10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a exposé lors de ses hospitalisations des frais de location d'une télévision, devant être regardés comme répondant à un besoin de confort normal d'un patient hospitalisé, d'un montant de

212 euros.

11. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que l'état de Mme D a nécessité une aide de deux heures par jour du 23 juillet au 23 septembre 2021 en dehors de ses périodes d'hospitalisation et d'une heure par jour du 24 septembre 2021 jusqu'à la consolidation de son état de santé et que cette aide a été familiale. Le coût de l'assistance par tierce personne, compte tenu d'un taux horaire de quatorze euros, sera ainsi fixé à la somme de 6 242,08 euros.

12. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a été hospitalisée du 15 mars au 29 juin 2021 puis cinq jours par semaine du 30 juin au 23 juillet 2021. Elle a souffert en dehors de ces hospitalisations et jusqu'au 23 septembre 2021, d'un déficit fonctionnel temporaire estimé à 50 %, puis à 40% à compter du 24 septembre 2021 jusqu'à la date de consolidation de son état de santé. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, sur une base de quinze euros par jour, en l'évaluant à la somme de 3 939 euros.

13. En sixième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a subi des souffrances physiques et morales en lien avec la faute, dont l'expert judiciaire a évalué la gravité à trois sur une échelle de sept. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 3 500 euros.

14. En septième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a souffert d'un préjudice esthétique temporaire lié notamment à une paralysie faciale, dont l'expert judiciaire a évalué la gravité à 4 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 7 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices permanents :

15. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit, Mme D qui exerçait les fonctions de professeure de sciences et vie de la terre, continue de percevoir son plein traitement indiciaire au bénéfice d'un congé de longue durée. Au regard de l'âge légal de départ à la retraite de 64 ans et en l'absence de tout élément tendant à établir la possibilité d'un départ de l'intéressée après cette date, et compte-tenu des droits à plein traitement restant acquis dans ce cadre, Mme D, qui est née le 7 décembre 1960, n'est pas fondée à soutenir qu'elle subira une perte de traitement indiciaire entre mars 2025 et février 2026.

16. En revanche, elle est fondée à demander à être indemnisée de la perte de l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves qui lui était habituellement versée et qui a cessé de l'être à partir du mois de décembre 2022 et de l'indemnité spécifique REP, d'un montant brut mensuel respectif de 104,66 euros et 144,50 euros. En outre, alors qu'elle a été titulaire de telles heures sans interruption depuis 2017, le préjudice lié à l'absence de versement d'un complément de rémunération au titre d'heures supplémentaires année présente un caractère suffisamment certain. Au regard du nombre d'heures qui lui a été attribué depuis 2017, il y a lieu de retenir, comme elle le demande, 1,5 heure attribuée jusqu'à l'âge légal de départ à la retraite, soit un montant mensuel brut de 192,50 euros, versé d'octobre à juin. Mme D est ainsi fondée à se prévaloir d'une perte de gains professionnels après consolidation de son état de santé, qui déduction faite des charges à payer, correspond à un revenu net de 7 777,45 euros.

17. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'état de Mme D nécessite une aide familiale postérieurement à la consolidation de son état de santé à hauteur d'une heure par semaine ainsi que l'a retenu l'expert judiciaire. Le coût de cette assistance, compte tenu d'un taux horaire de quatorze euros, est fixé à la somme de 1 318,58 euros, s'agissant de la période comprise entre la date de consolidation de son état de santé et le présent jugement. S'agissant des frais futurs liés à cette assistance, le préjudice, après application du barème 2020 de capitalisation des rentes de victimes diffusé par la revue La Gazette du Palais (taux d'intérêt 0 %), sur la base d'un point d'indice de 24,557, est évalué à la somme de 19 830,27 euros.

18. En troisième lieu, Mme D demande à être indemnisée au titre de l'adaptation de son véhicule. Il résulte du rapport d'expertise que l'intéressée a besoin d'une voiture possédant une boite automatique. Mme D établit par la production de devis d'achat comparés que le surcoût induit par le choix d'une boite automatique lors de l'achat d'un véhicule comparable au sien, par comparaison au coût de ce véhicule lorsqu'il comporte une boite manuelle, est en moyenne de 2 676,22 euros. Il y a par suite lieu d'évaluer ce préjudice à hauteur de cette somme.

19. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction qu'un déficit fonctionnel permanent a été évalué à 30 % chez Mme D, âgée de 61 ans à la date de consolidation de son état de santé. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de

48 022 euros.

20. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire, qu'un préjudice esthétique permanent a été évalué à 2,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 500 euros.

21. En sixième lieu, si Mme D fait état d'un préjudice d'agrément, elle n'apporte aucune précision quant à la pratique d'une activité spécifique qui ne saurait être, sans autre précision, regardée comme établie par l'invocation des activités de jardinage ou de tricot. Par suite, l'existence d'un préjudice d'agrément distinct des troubles déjà réparés au titre du déficit fonctionnel permanent n'est pas démontrée. Il n'y a pas lieu, dès lors, d'accorder une indemnisation au titre de ce préjudice.

22. En septième lieu, il ne résulte pas de l'instruction, alors notamment que l'expert judiciaire s'est borné à noter dans son rapport " préjudice sexuel allégué (indirect) ", que Mme D subirait un préjudice sexuel en lien avec son dommage. Par suite, la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice ne peut qu'être écartée.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices de Mme D s'élèvent à la somme de 106 588,70 euros. Il y a donc lieu, après application du taux de perte de chance de 20% retenu au point 6, de condamner le centre hospitalier de Saint-Quentin à lui verser à ce titre la somme de 21 317,74 euros.

24. En outre, Mme D a supporté des frais de déplacement et d'honoraires de médecins dans le cadre des opérations d'expertise judiciaire et de l'expertise amiable demandée par elle qui, en l'espèce, a présenté une utilité à la résolution du litige. Au regard de la distance parcourue, de la puissance fiscale de six chevaux du véhicule de l'intéressée et du barème fiscal kilométrique pour un tel véhicule en 2021 et 2022, les frais de déplacement doivent être évalués à la somme de 280,89 euros. Les honoraires de médecin s'élèvent à la somme 2 400 euros. Ces frais ont été utiles à la détermination de la responsabilité du centre hospitalier de Saint-Quentin. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en allouant la somme de 2 680,89 euros.

Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :

25. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise justifie de frais d'hospitalisation, de frais médicaux, de frais d'appareillage et de frais de transport par la production d'un relevé détaillé de ses débours et d'une attestation d'imputabilité établie par son médecin-conseil. Il y a lieu d'évaluer ses débours, sur cette base, à la somme de 44 127 euros. Il y a donc lieu, après application du taux de perte de chance de 20 % retenu au point 6, de condamner le centre hospitalier de Saint-Quentin à lui verser la somme de 8 825,40 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation :

26. Mme D a droit à ce que les sommes mentionnées aux points 23 et 24 soient majorées de l'intérêt au taux légal à compter du 3 janvier 2022, date d'introduction de sa requête, comme elle le demande.

27. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée par la requête enregistrée le 3 janvier 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 3 janvier 2023, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

28. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise a droit à ce que la somme mentionnée au point 25 soit majorée de l'intérêt au taux légal à compter du 17 octobre 2022, date à laquelle a été enregistré son premier mémoire.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

29. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024.".

30. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de condamner le centre hospitalier de Saint-Quentin à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise la somme de 1 191 euros.

Sur les dépens :

31. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 3 600 euros par une ordonnance n° 2103825 de la présidente du tribunal, à la charge définitive du centre hospitalier de Saint-Quentin.

Sur les frais d'instance :

32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Quentin la somme de 1 500 euros au bénéfice de Mme D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Saint-Quentin est condamné à verser à

Mme D la somme globale de 23 998,63 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 janvier 2022 et de leur capitalisation à compter du 3 janvier 2023, en réparation de ses préjudices.

Article 2 : Le centre hospitalier de Saint-Quentin est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, en remboursement de ses débours, la somme de

8 825,40 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 octobre 2022.

Article 3 : Le centre hospitalier de Saint-Quentin est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Le centre hospitalier de Saint-Quentin versera la somme de 1 500 euros à Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme de 3 600 euros par une ordonnance n° 2103825 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Saint-Quentin.

Article 6 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au centre hospitalier de Saint-Quentin, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques, au recteur de l'académie d'Amiens et à la mutuelle générale de l'éducation nationale de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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01/06/2026

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