jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200063 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET AVOCAT TUDOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 10 janvier, 7 juin et
18 novembre 2022, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 27 février 2024, la commune de Cuffies, représentée par Me Lepretre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la résiliation pour faute des contrats de fourniture et d'installation d'un standard téléphonique, de fourniture d'un service de téléphonie fixe et d'un service de maintenance conclus avec la SAS Agence Premium le 22 septembre 2020, et de condamner cette dernière à lui rembourser les sommes indument versées au titre de l'exécution de ces contrats, assorties des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement et de leur capitalisation ;
2°) de prononcer la résiliation du contrat de location financière conclu avec la SA BNP Paribas Lease Group le 30 octobre 2020 et de condamner cette dernière à lui rembourser les sommes indument versées au titre de l'exécution de ce contrat, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement et de leur capitalisation ;
3°) de mettre à la charge solidaire des sociétés SAS Agence Premium et SA BNP Paribas Lease Group une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les contrats concernés constituent des marchés publics régis par le code de la commande publique et concourent à la réalisation d'une même opération ;
- la résiliation pour faute grave est justifiée par la durée d'exécution effective, de deux mois, des contrats, conformément aux articles L. 6, L. 2195-5 du code de la commande publique et 1226 du code civil ;
- la résiliation concerne également le contrat conclu avec la SA BNP Paribas Lease Group, compte tenu de l'interdépendance de ce contrat avec ceux conclus par la SAS Agence Premium.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 février, 29 juin, 19 juillet et 22 novembre 2022, et le 8 avril 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la SAS Agence Premium, représentée par Me Ilie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner une expertise ;
2°) de rejeter la requête ;
3°) de rejeter les conclusions présentées à son encontre par la société la SA BNP Paribas Lease Group ;
4°) à titre reconventionnel, de condamner la commune de Cuffies à lui verser la somme de 4 241, 20 euros hors taxes, ou 5 089,44 euros toutes taxes comprises, au titre de la résiliation du contrat portant sur les solutions de téléphonie, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 avril 2021 ;
5°) de condamner la commune de Cuffies à lui verser la somme de 357, 60 euros toutes taxes comprises au titre des frais de résiliation du contrat de maintenance, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 avril 2021 ;
6°) de condamner la commune de Cuffies à lui verser une somme de 4 368 euros, à parfaire, au titre du contrat portant sur le matériel téléphonique, ainsi qu'à restituer ce matériel, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date du présent jugement ;
7°) à titre subsidiaire, de condamner la commune de Cuffies à lui verser une somme de
4 189, 44 euros toutes taxes comprises au titre des services de téléphonie fournis à la commune ;
8°) de condamner la commune de Cuffies à lui verser une somme de 10 000 euros au titre des dommages et intérêts à raison du défaut de respect des modalités de résiliation ;
9°) de condamner la commune de Cuffies à lui verser une somme de 3 000 euros au titre du caractère abusif des procédures qu'elle a engagées ;
10°) de mettre à la charge de la commune de Cuffies une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le dysfonctionnement de la ligne ayant motivé la demande résiliation résulte des agissements de la commune, laquelle a directement demandé à l'opérateur historique la migration de la ligne fixe pour la transformer en ligne IP et ce, avant le 10 décembre 2020 ;
- le contrat " opérateur " a été parfaitement exécuté, la commune ne démontrant aucune faute ayant entrainé de panne, laquelle ne peut lui être imputée ;
- elle a proposé une solution alternative à la commune, qui l'a refusée, de mauvaise foi ;
- les trois contrats dont il est demandé la résiliation sont indépendants ;
- le " contrat matériel " a été parfaitement exécuté, l'installation du matériel étant effective depuis le 2 octobre 2020, et aucune faute ne peut lui être reprochée ;
- les articles du code de la commande publique ne sont pas applicables aux contrats litigieux, dès lors qu'ils ne relèvent pas de la catégorie des marchés publics européens, qu'il n'est pas démontré de faute d'une particulière gravité et qu'une solution a été mise en place ;
- à supposer que la résiliation soit intervenue pour motif d'intérêt général, et non pour faute, elle est fondée à demander une indemnisation du manque à gagner ;
- la responsabilité contractuelle de la commune est engagée, dès lors qu'elle est à l'origine de la migration de la ligne, dans le but de rompre les contrats et sans avoir à indemniser ses cocontractants ;
- la commune a commis une faute en ne respectant pas les modalités de rupture du contrat opérateur et le préjudice en résultant s'élève à 10 000 euros ;
- les clauses applicables sont celles des articles 6.3 et 9.1 des " conditions générales opérateur " et non les " conditions générales services " et la commune est à ce titre redevable d'une somme de 4 189, 44 euros TTC ;
- la commune a introduit une requête abusive, de sorte qu'elle doit être condamnée à verser à la SAS Agence Premium une somme de 3 000 euros, en application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative ;
- les conclusions de la SA BNP Paribas Lease Group Paribas ne sont pas justifiées, dès lors qu'elle n'a commis aucune faute dans l'exécution du contrat de location de matériel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, la société BNP Paribas Lease Group, représentée par Me Lebègue, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête ;
2°) de condamner la commune de Cuffies à lui verser une somme de 3 006 euros, à parfaire, au titre des loyers impayés jusqu'au 20 juillet 2022, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2022 ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner la commune de Cuffies à lui verser une somme de 11 903, 76 euros au titre du préjudice subi du fait de la résiliation anticipée du contrat de location de matériel, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2022 ;
4°) de condamner la SAS Agence Premium à l'indemniser au titre du préjudice subi du fait de la résiliation anticipée du contrat de location ;
5°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Cuffies et de la SAS Agence Premium une somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la résiliation du contrat de téléphonie conclu entre la SAS Agence Premium et la commune de Cuffies ne saurait entrainer la résiliation du contrat de financement de ce matériel ;
- les contrats de matériel et de financement de matériel ont été parfaitement exécutés, dès lors que la commune n'a émis aucune réserve sur la réception des équipements qui lui ont été livrés ;
- la résiliation ayant été prononcée à tort, la commune doit s'acquitter de l'indemnité de résiliation prévue au contrat de financement du matériel, conformément aux stipulations de l'article 8 des conditions générales du contrat de location, qui s'élève à 11 903, 76 euros ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à se faire indemniser le préjudice résultant de la résiliation anticipée de son contrat correspondant aux pertes liées à l'inexécution du contrat et aux gains dont elle a été privée en raison de la résiliation ;
- si la résiliation pour faute grave était retenue, la SAS Agence Premium devrait être condamnée à l'indemniser des mêmes sommes, dès lors qu'elle n'est à l'origine d'aucune faute.
Par ordonnance du 6 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2023, à 12 heures.
Par un courrier du 3 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions présentées à fin de résiliation des contrats, conclus le 22 septembre 2020 et le 20 octobre 2020, respectivement résiliés par des lettres du 25 mars 2021 et du 11 mai 2021, sont dès lors dépourvues d'objet.
Par un courrier du 5 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions présentées par la société BNP Paribas Lease group tendant à la condamnation de la SAS Agence Premium.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Denys, représentant la société BNP Paribas Lease group.
Considérant ce qui suit :
1. En vue de remplacer son système de téléphonie, la commune de Cuffies a conclu, d'une part, avec la SAS Agence Premium, le 22 septembre 2020, un contrat dit " opérateur ", accompagné d'un mandat de portabilité, un contrat dit " matériel téléphonique " et un contrat de maintenance de ce matériel et, d'autre part, avec la société BNP Paribas Lease group, le 30 octobre 2020, un contrat de financement de la location du matériel téléphonique. Elle demande au tribunal, d'une part, de prononcer la résiliation de ces quatre contrats, en raison de la faute commise par la SAS Agence Premium dans l'exécution de ses obligations et de l'interdépendance des contrats et, d'autre part, une indemnisation correspondant aux prestations qui lui ont été facturées à tort, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement et de leur capitalisation.
2. La SAS Agence Premium demande au tribunal d'ordonner une expertise afin de déterminer l'origine du dysfonctionnement de la ligne téléphonique de la commune de Cuffies, ainsi que de condamner cette dernière à l'indemniser du préjudice résultant de la résiliation anticipée des trois contrats qu'elle a conclus avec la collectivité, et correspondant au paiement du solde des échéances dues en exécution des contrats, ainsi que de l'indemnité de résiliation qu'ils prévoient.
3. La société BNP Paribas Lease Group demande au tribunal de condamner la commune de Cuffies à l'indemniser du préjudice résultant de la résiliation anticipée du contrat de financement et correspondant au paiement du solde des échéances dues en exécution de ce contrat, ainsi que de l'indemnité de résiliation prévue par ses conditions générales et, à titre subsidiaire, de condamner la SAS Agence Premium à l'indemniser de ce même préjudice.
Sur la recevabilité des conclusions à fins de résiliation des contrats :
4. D'une part, la commune de Cuffies a conclu, le 22 septembre 2020, trois contrats avec la SAS Agence Premium afin de renouveler son matériel téléphonique, maintenir ce matériel et disposer d'un service de téléphonie, sans changer de numéro de téléphone. Si, aux termes du courrier du 25 mars 2021, notifié le 9 avril suivant à la SAS Agence Premium, la commune de Cuffies a informé cette dernière de la résiliation du contrat signé en septembre 2020, cette lettre, qui mentionne tant le matériel que le dysfonctionnement de la ligne téléphonique, ne peut être interprétée autrement que comme manifestant l'intention de la commune de résilier les trois contrats conclus avec cette société.
5. D'autre part, la commune de Cuffies a également conclu, le 30 octobre 2020, un contrat de financement de la location du matériel téléphonique, commandé auprès de la SAS Agence Premium, avec la SA BNP Paribas Lease Group. Par un courrier du 11 mai 2021, dont l'objet porte sur la restitution du matériel et la fin du contrat, la commune a demandé à la SA BNP Paribas Lease Group, qui, sans y avoir donné de suite, ne conteste toutefois pas l'avoir reçu, les modalités de restitution du matériel téléphonique objet du contrat. Cette lettre doit ainsi également être interprétée comme résiliant le contrat conclu le 30 octobre 2020.
6. Il résulte de ce qui précède que les contrats conclus par la commune de Cuffies avec la SAS Agence Premium, ainsi qu'avec la SA BNP Paribas Lease Group, avaient été déjà résiliés unilatéralement par la commune avant l'introduction de la requête, respectivement le 9 avril 2021 et le 11 mai 2021. Par suite, les conclusions qu'elle présente à fins de résiliation de ces mêmes contrats étaient dépourvues d'objet avant même que le tribunal n'en soit saisi et sont, comme telles, irrecevables.
Sur les conclusions indemnitaires présentées par la commune :
En ce qui concerne le contrat " opérateur " :
7. En premier lieu, la commune de Cuffies a conclu un contrat " opérateur " avec la
SAS Agence Premium, sur lequel était adossé un mandat de portabilité, afin de bénéficier d'un service de téléphonie en maintenant le numéro de ligne fixe de la commune. Il résulte de l'instruction que, le 23 octobre 2020, la SAS Agence Premium a informé la commune avoir réalisé les démarches de portabilité, et que le 28 octobre suivant, elle lui a indiqué que ses lignes téléphoniques étaient activées chez la SAS Agence Premium. Il est toutefois constant que la ligne téléphonique de la commune a cessé de fonctionner à compter du 2 décembre 2020 et n'a pas été rétablie avant le 19 mars 2021.
8. Si la SAS Agence Premium soutient que ce dysfonctionnement est imputable à la commune en raison d'une démarche de migration, initiée par la collectivité, de la ligne Numeris vers une ligne " internet protocol " (IP) et à la suite de laquelle elle aurait été mise dans l'impossibilité technique de restaurer la ligne avec le numéro objet du mandat de portabilité, elle ne l'établit pas sérieusement, alors au demeurant, qu'il résulte de l'instruction que l'opérateur saisi par la commune de Cuffies en janvier 2021 a pu mettre en place une solution technique adaptée pour que cette dernière puisse à nouveau bénéficier de son numéro de téléphone originel, sans qu'ait par ailleurs d'incidence le défaut de communication du relevé d'identité opérateur (RIO) par la commune. De même, si elle soutient également que la commune aurait intentionnellement provoqué cette migration dans le but de changer d'opérateur sans s'acquitter de frais de résiliation prévus par les conditions générales du contrat, il résulte toutefois de l'instruction que les contacts pris par la commune avec la société Orange Business le 28 octobre, puis le 10 décembre 2020, résultent de demandes de la SAS Agence Premium, d'une part, afin de procéder à la résiliation du précédent contrat " opérateur " de la commune, alors au demeurant qu'une telle résiliation intervient, en vertu de l'article L. 44 code des postes et télécommunications électroniques, du seul fait de la portabilité, laquelle relevait de la seule responsabilité de la société et, d'autre part, postérieurement à la coupure de la ligne, afin de récupérer cette dernière. Enfin, s'il est constant que la commune a signé, le 14 janvier 2021, un nouveau contrat " opérateur " avec Orange business, il résulte de l'instruction que cette démarche a été menée dans la seule intention de pouvoir de nouveau disposer de son numéro de ligne fixe initial, alors que la seule solution technique que proposait la SAS Agence Premium à la commune consistait à changer de numéro de ligne fixe, en méconnaissance de ses engagements contractuels.
9. Il résulte de ce qui précède que la commune est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la SAS Agence Premium pour inexécution fautive du contrat " opérateur " et, par suite, à demander la condamnation de cette dernière à l'indemniser pour les prestations qui n'ont pas été exécutées entre le 2 décembre 2020 et la date de résiliation du contrat, correspondant à la somme de 702, 48 euros.
10. En second lieu, dès lors que tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution, les conclusions présentées par la commune de Cuffies tendant à ce que l'indemnisation qui lui sera versée soit assortie d'intérêts à compter de l'intervention du présent jugement sont dépourvues d'objet et doivent par suite être rejetées.
En ce qui concerne les contrats conclus avec la SAS Agence Premium relatifs au matériel téléphonique :
11. S'il est constant que la commune de Cuffies a conclu avec la SAS Agence Premium un contrat de mise à disposition de matériel téléphonique et un contrat de maintenance de ce matériel concomitamment à la signature du contrat " opérateur ", il n'est pas démontré que l'exécution de ce dernier contrat présenterait un lien tel avec les deux premiers qu'ils formeraient avec celui-ci ensemble contractuel indissociable, alors qu'aucune des stipulations de leurs conditions générales de vente respectives ne le prévoit. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que le matériel ait présenté un dysfonctionnement, ni que la commune ait été empêchée de l'utiliser. Dans ces conditions, la commune, qui n'établit au demeurant pas la réalité de son préjudice au titre de l'exécution de ces deux contrats, n'est pas fondée à soutenir que SAS Agence Premium aurait commis une faute de nature à justifier une indemnisation à ce même titre pendant la période durant laquelle elle a été privée d'accès à sa ligne de téléphonie.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la commune à fins d'indemnisation au titre de préjudices résultant de l'exécution des contrats de mise à disposition du matériel et de sa maintenance doivent être rejetées.
En ce qui concerne le contrat conclu avec la SA BNP Paribas Lease Group :
13. Il résulte de ce qui a été exposé au point 11 du présent jugement que la commune de Cuffies n'a pas été empêchée de disposer du matériel téléphonique dont le financement a fait l'objet du contrat qu'elle a conclu avec la SA BNP Paribas Lease Group. Par suite, et pour les mêmes raisons, elle n'est pas fondée à soutenir que la SA BNP Paribas Lease Group aurait commis une faute de nature à justifier une indemnisation au titre de la période pendant laquelle elle a été privée d'accès à sa ligne de téléphonie.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la commune à fins d'indemnisation au titre du préjudice résultant de l'exécution du contrat de financement de la location du matériel doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées par la SAS Agence Premium :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'ordonner une expertise ou la production des contrats de téléphonie conclus par la commune depuis 2019 :
15. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ". Il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge l'existence d'une faute et la réalité du préjudice subi. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.
16. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment, notamment aux points 7 à 9 du présent jugement, que la mesure d'expertise sollicitée par la SAS Agence Premium, de même d'ailleurs que ses demandes tendant à la production des contrats de téléphonie conclus par la commune depuis 2019, ne présentent pas d'utilité pour la résolution du présent litige. Par suite, les conclusions qu'elle présente à cette fin seront rejetées.
En ce qui concerne les conclusions reconventionnelles présentées par la SAS Agence Premium et dirigées contre la commune :
S'agissant du contrat " opérateur " :
17. Aux termes de l'article L. 2195-3 du code de la commande publique : " Lorsque le marché est un contrat administratif, l'acheteur peut le résilier : / 1° En cas de faute d'une gravité suffisante du cocontractant () ". Même si le marché ne contient aucune clause à cet effet et, s'il contient de telles clauses, quelles que soient les hypothèses dans lesquelles elles prévoient qu'une résiliation aux torts exclusifs du titulaire est possible, il est toujours possible, pour le pouvoir adjudicateur, de prononcer une telle résiliation lorsque le titulaire du marché a commis une faute d'une gravité suffisante.
18. Il résulte de l'instruction que la commune de Cuffies a été privée de l'usage de sa ligne fixe associée à son numéro de téléphone initial à compter du 2 décembre 2020. Alors que le contrat " opérateur " signé avec la SAS Agence Premium le 22 septembre 2020 avait pour objet de lui fournir ce service de téléphonie et que cet opérateur n'a pas été en mesure de mettre en place les solutions techniques pour y parvenir, la collectivité est fondée à soutenir que l'inexécution fautive du contrat relevée ci-dessus aux points 8 et 9 du présent jugement était d'une gravité suffisante pour justifier sa résiliation sur ce fondement, sans qu'aucune faute commise par la commune ne soit sérieusement démontrée, ainsi qu'il résulte du même point 8. Dans ces conditions, la SAS Agence Premium n'est fondée à demander une indemnisation ni au titre de la résiliation, qui est intervenue dans le respect des principes rappelés au point précédent, ni, par voie de conséquence, au titre de prestations contractuelles fournies à la commune, dès lors que le contrat a cessé de produire ses effets à compter de la résiliation.
S'agissant du contrat de mise à disposition du matériel téléphonique :
19. Il est constant que le financement de la location du matériel a fait l'objet du contrat conclu par la commune de Cuffies avec la SA BNP Paribas Lease Group, laquelle percevait les loyers correspondant à la mise à disposition effective dudit matériel. Dans ces conditions, alors qu'elle ne démontre pas que les loyers lui auraient été directement versés, la SAS Agence Premium ne justifie pas de la réalité d'un préjudice au titre de la résiliation du contrat " matériel téléphonique " et les conclusions qu'elle présente à ce titre seront rejetées.
S'agissant du contrat de maintenance :
20. Il résulte de l'instruction que, le 14 janvier 2021, la commune de Cuffies a conclu avec la société Orange Business un ensemble de contrats en vertu desquels cette dernière fournit à la collectivité une prestation de téléphonie, ainsi que le matériel téléphonique associé. Compte tenu de ce que le matériel téléphonique livré en octobre 2020 par la SAS Agence Premium lui était ainsi devenu inutile, la lettre du 25 mars 2021, par laquelle la commune a résilié les contrats portant sur le matériel, ne peut être entendue que comme étant motivée par l'intérêt général. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la résiliation du contrat de maintenance pour faute serait irrégulière est inopérant et les conclusions, présentées sur ce seul fondement, seront rejetées.
S'agissant des dommages et intérêts :
21. Compte tenu des éléments précédemment exposés au point 8 du présent jugement, la SAS Agence Premium, qui ne démontre pas que la commune de Cuffies aurait eu l'intention de détourner les règles de résiliation prévues par les conditions générales de vente du contrat " opérateur ", n'est pas fondée à soutenir que des dommages et intérêts devraient lui être versés pour ce motif et les conclusions qu'elle présente à cette fin seront rejetées.
S'agissant de la procédure abusive :
22. Si la SAS Agence Premium demande le versement d'une somme de 3 000 euros en réparation du préjudice qui lui aurait causé la résistance abusive dont aurait fait preuve la commune de Cuffies, elle ne démontre ni cette faute, ni la réalité de son préjudice. Les conclusions présentées à ce titre seront donc rejetées.
Sur les conclusions présentées par la SA BNP Paribas Lease Group :
En ce qui concerne les conclusions reconventionnelles dirigées contre la commune :
23. D'une part, aux termes du 2° de l'article L. 2195-3 du code de la commande publique déjà partiellement cité au point 17, un marché public peut également être résilié pour un motif d'intérêt général, conformément aux dispositions du 5° de l'article L. 6 du même code. Selon cette dernière disposition : " () Lorsque la résiliation intervient pour un motif d'intérêt général, le cocontractant a droit à une indemnisation, sous réserve des stipulations du contrat ". L'étendue et les modalités de cette indemnisation peuvent être déterminées par les stipulations du contrat, sous réserve qu'il n'en résulte pas, au détriment d'une personne publique, une disproportion manifeste entre l'indemnité ainsi fixée et le montant du préjudice résultant, pour le cocontractant privé de l'administration, des dépenses qu'il a exposées et du gain dont il a été privé. Ce principe, découlant de l'interdiction faite aux personnes publiques de consentir des libéralités, ne s'appliquant pas aux personnes privées, rien ne s'oppose en revanche à ce que ces stipulations prévoient une indemnisation inférieure au montant du préjudice subi par ce cocontractant.
24. D'autre part, en cas de résiliation d'un contrat pour un motif d'intérêt général, et sauf stipulation contractuelle contraire telle que mentionnée au point précédent, le cocontractant de la personne publique a droit à la réparation intégrale du préjudice résultant pour lui de cette résiliation. Il n'en va différemment que dans le cas où il est établi que le cocontractant a concouru par son attitude à la survenance du préjudice dont il demande réparation
25. Il résulte des points 5 et 20 du présent jugement que, par le courrier adressé à la
SA BNP Paribas Lease Group le 11 mai 2021, la commune de Cuffies ne peut être regardée que comme ayant résilié le contrat de financement de la location du matériel téléphonique mis à sa disposition pour un motif d'intérêt général, dès lors que ce matériel ne présentait plus d'utilité pour elle.
26. D'une part, en application de l'article 8 des conditions générales de vente de ce contrat, la commune était tenue de payer une indemnité égale au montant des loyers qu'elle aurait dû verser à la SA BNP Paribas Lease Group jusqu'à la fin du contrat, majorée d'une pénalité égale à 10 % de cette indemnité. A ce titre, la SA BNP Paribas Lease Group demande à être indemnisée pour une somme de 3 006 euros à parfaire. Toutefois, dans l'hypothèse d'une résiliation du contrat par la commune, la société peut récupérer le matériel loué puis le proposer à de nouveaux clients ou le vendre. Dans ces conditions, les montants prévus par l'article 8 du contrat litigieux en cas de résiliation par la commune sont, dans les circonstances de l'espèce, manifestement disproportionnés par rapport au montant du préjudice résultant, pour la SA BNP Paribas Lease Group, des dépenses qu'elle a exposées et du gain dont elle a été privée. Dès lors, l'application de ces stipulations doit être écartée.
27. D'autre part, il résulte des termes du courrier du 11 mai 2021 que la commune de Cuffies a souhaité restituer à la SA BNP Paribas Lease Group le matériel téléphonique mis à sa disposition, sans toutefois que cette dernière ne donne de suite à cette demande, ni n'entreprenne de démarche en ce sens auprès de la commune. Dans ces conditions, la SA BNP Paribas Lease Group a, par son abstention, directement concouru à la survenance des préjudices, au demeurant assez imprécis, dont elle demande l'indemnisation.
28. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par la SA BNP Paribas Lease Group à l'encontre de la commune de Cuffies doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la SAS Agence Premium :
29. En se bornant à soutenir que la SAS Agence Premium serait à l'origine du préjudice qu'elle allègue à raison de la résiliation du contrat de financement de la location du matériel téléphonique, la SA BNP Paribas Lease Group doit être regardée, faute de précision supplémentaire, comme recherchant la responsabilité délictuelle de la SAS Agence Premium. Alors qu'il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire d'en connaitre, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaitre des conclusions présentées par la SA BNP Paribas Lease Group dirigées contre la SAS Agence Premium et qui seront pour ce motif, rejetées.
Sur les frais liés au litige :
30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la SAS Agence Premium et de la SA BNP Paribas Lease Group la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Cuffies au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune de Cuffies, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La SAS Agence Premium est condamnée à payer la somme de 702, 48 euros à la commune de Cuffies.
Article 2 : La SAS Agence Premium et la SA BNP Paribas Lease Group sont solidairement condamnées à verser à la commune de Cuffies la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté, le cas échéant comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître s'agissant des conclusions mentionnées au point 29.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Cuffies, à la SAS Agence Premium et à la SA BNP Paribas Lease Group.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026