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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200272

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200272

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200272
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEQUILLERIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a été saisi par l'office public de l'habitat Oise Habitat, qui demandait la condamnation de la société Costantini pour des fautes commises dans l'exécution d'un marché de construction de logements sociaux. Oise Habitat soutenait que son consentement à un avenant majorant le prix pour l'évacuation de terres polluées avait été vicié par des manœuvres dolosives de la société Costantini, qui aurait surévalué le volume et le coût des terres à traiter. Le tribunal a rejeté la requête, estimant qu'aucun élément ne démontrait que la société Costantini avait abusivement présenté le volume de 600 m³ comme déterminé par un rapport de la société EGIS. La solution retenue s'appuie sur les principes généraux de la responsabilité contractuelle et les dispositions du code civil relatives au dol.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 janvier 2022 et

28 avril 2023, l'office public de l'habitat des communes de l'Oise (ci-après "Oise Habitat "), représenté par la SCP Lequillerier-Garnier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société Costantini à lui verser la somme de 203 689, 80 euros hors taxes (HT), assortie des intérêts de droit et de leur capitalisation à compter du 1er mai 2016, en réparation des fautes commises dans l'exécution du contrat de marché de construction de logements sociaux conclu le 11 janvier 2016 ;

2°) de condamner la société Costantini à lui verser la somme de 13 000 euros au titre des frais d'expertise ;

3°) de mettre à la charge de la société Costantini la somme de de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que son consentement au devis et à l'avenant n°2 du marché, majorant le prix du marché de 173 689, 80 euros hors taxes au titre des frais d'évacuation et de traitement de

600 m3 de terres polluées, a été vicié par des manœuvres dolosives de la société Costantini qui, d'une part, lui a abusivement prétendu que le volume de terres polluées à traiter avait été déterminé par un rapport de la société EGIS datant du mois de mars 2016 et, d'autre part, a indûment surévalué le prix afférent à cette prestation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2022, la société Costantini, représentée par Me Dumet-Boissin, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) de mettre à la charge d'Oise habitat la somme de de 8 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- l'ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juin 2024 :

- le rapport de M. Le Gars, conseiller,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lequillerier, représentant l'office public de l'habitat des communes de l'Oise.

L'office public de l'habitat des communes de l'Oise a produit une note en délibéré, enregistrée le 7 juin 2024.

La société Costantini a présenté une note en délibéré, enregistrée le 18 juin 2024.

1. Par un acte d'engagement du 14 janvier 2015, un marché public de travaux, relatif à la construction de logements sociaux sur la parcelle sise rue de Paris au Plessis-Belleville et portant sur un montant de 8 205 000 euros HT, a été attribué par Oise Habitat, maître d'ouvrage, au groupement d'entreprises Costantini-APMP-Form Architecture-LGX Ingénierie, dont la société Costantini est le mandataire. Un contrat de sous-traitance a ensuite été conclu entre la société Costantini, entrepreneur principal, et la société TBW, sous-traitante, concernant le lot n°1 partiel " Terrassements, gros œuvre ". Par un courrier électronique du 10 février 2016, la société Costantini a indiqué à Oise Habitat, dans le cadre des opérations de terrassement, que la terre contenue par quatre camions avait été refusée par la décharge en raison de leur pollution suspectée. Par un courrier électronique du 5 avril 2016, Oise Habitat a donné son accord de principe à un devis proposé par la société Costantini pour l'évacuation par cinquante-sept camions et le traitement biologique de 600 m3 supplémentaires de terres polluées prélevées sur la même parcelle. Par une délibération du 23 septembre 2016, l'office public de l'habitat des communes de l'Oise a autorisé la conclusion de l'avenant n°2 au marché avec la société Costantini majorant son prix d'une somme de 173 689, 80 euros HT correspondant au montant des opérations de dépollution des 600 m3 de terres. Dans le cadre d'un litige opposant Oise Habitat et la société PROMOGIM, laquelle avait vendu à Oise Habitat la parcelle de terrain concernée, la juge des référés du tribunal de grande instance de Senlis a désigné un expert par une ordonnance du 7 mars 2017. Par un courrier du 4 janvier 2022, Oise Habitat, au motif que le rapport d'expertise conclut à l'inutilité du traitement biologique des 600 m3 de terre, a mis en demeure la société Costantini de lui rembourser la somme de 173 689,80 euros HT versée au titre de l'avenant n°2 au contrat précité ainsi que l'intégralité des frais d'expertise, et de lui verser une somme de 30 000 euros au titre des dommages et intérêts. Oise Habitat demande au tribunal de condamner la société Costantini à lui verser la somme de de 203 689, 80 euros hors taxes, assortie des intérêts de droit et de leur capitalisation à compter du 1er mai 2016, en réparation des fautes commises dans l'exécution du contrat de marché de construction de logements sociaux conclu le 11 janvier 2016, ainsi que la somme de 13 000 euros au titre des frais d'expertise.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Il résulte de l'instruction que, suite à la suspicion de pollution de la terre prélevée au cours d'opérations de terrassement et contenue dans quatre camions en février 2016, Oise Habitat a mandaté la société EGIS afin de faire procéder à leur analyse et d'estimer la quantité de terre à traiter. Si les résultats d'analyse ont confirmé la pollution de la terre prélevée des quatre camions, aucun élément du dossier ne permet toutefois d'établir que la société EGIS a évalué le volume de terre polluée à traiter à 600 m3, soit l'équivalent de cinquante-sept camions, dont la dépollution a été proposée par la société Costantini et acceptée par Oise Habitat. Si Oise Habitat fait valoir que la société Costantini se serait abusivement prévalue, par des manœuvres dolosives, d'un rapport inexistant de la société EGIS de mars 2016 ayant vicié son consentement aux prestations d'évacuation et de dépollution des 600 m3 de terre dont le montant aurait été surévalué, ces circonstances ne sont toutefois pas établies par les pièces du dossier.

3. En revanche, il résulte de l'instruction que la société Costantini a manqué à son devoir de conseil dans le cadre du contrat de construction conclu avec Oise Habitat, en évaluant à 600 m3 le volume de terre à dépolluer, soit l'équivalent de cinquante-sept camions, alors que l'analyse des sols n'avait porté que sur un échantillon de terre prélevée dans quatre camions et que la société Costantini ne s'est ainsi pas fondée sur une analyse des sols adaptée à un tel volume pour procéder, de son propre chef, à cette estimation manifestement disproportionnée. Dans ces conditions, en manquant à son devoir de conseil auprès d'Oise Habitat, la société Costantini a commis une faute dans l'exécution du contrat initialement conclu ayant directement conduit à la conclusion d'un avenant prévoyant des prestations en réalité inutiles, laquelle est de nature à engager, à elle seule, sa responsabilité contractuelle.

4. Toutefois, alors qu'elle est spécialisée dans la construction immobilière, l'office public Oise Habitat s'est abstenu de demander à la société Costantini des justifications sur la quantité de terre à dépolluer et, à supposer même que cette dernière se soit prévalue d'un rapport de la société EGIS, de le lui communiquer avant de valider le devis et de signer l'avenant n°2 au contrat majorant le prix du marché de 173 689, 80 euros hors taxes. Dans ces conditions, Oise Habitat, en sa qualité d'office public de l'habitat professionnel de la construction immobilière, a fait preuve d'une négligence fautive de nature à exonérer partiellement la société Costantini de sa responsabilité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à 75% la part de responsabilité de la société Costantini et à 25% la part des préjudices d'Oise Habitat devant rester à sa charge.

5. Il résulte de qui vient d'être dit que, compte tenu de ce partage de responsabilité, l'office public Oise Habitat est fondé à demander la condamnation de la société Costantini à lui verser 75% du montant des prestations prévues aux termes de l'avenant n°2 au marché s'élevant à 173 689, 80 euros hors taxes, soit une somme de 130 267, 35 euros hors taxes.

6. En revanche, l'office public Oise Habitat ne produit aucun élément de nature à établir qu'il aurait subi un préjudice supplémentaire, notamment lié au temps passé par ses services pour le traitement du dossier. Il s'ensuit que la demande tendant à ce que la société Costantini soit condamnée à lui verser une somme de 30 000 euros à ce titre doit être rejetée.

7. De même, si Oise Habitat demande à ce que la société Costantini soit condamnée à lui verser une somme de 13 000 euros correspondant aux frais de l'expertise ordonnée par le juge judiciaire, elle n'établit toutefois pas avoir supporté ces frais.

8. Il résulte de ce qui précède que l'office public Oise Habitat est seulement fondé à demander la condamnation de la société Costantini à lui verser la somme de 130 267, 35 euros et à ce que cette somme soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 janvier 2022 et de leur capitalisation.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Ces dispositions font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la société Costantini soit mise à la charge de l'office public Oise Habitat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette société une somme de 1 500 euros à verser à Oise Habitat sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La société Costantini est condamnée à verser l'office public de l'habitat des communes de l'Oise la somme de 130 267,35 euros hors taxes assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 janvier 2022 et de leur capitalisation.

Article 2 : La société Costantini versera à l'office public de l'habitat des communes de l'Oise la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'office public de l'habitat des communes de l'Oise et à la société Costantini.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

V. Le Gars

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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