jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200423 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 février 2022 et 26 janvier 2023, le regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise (ROSO), représenté par Me Chartrelle, demande au tribunal :
1°) de condamner le syndicat intercommunal des eaux du plateau de Thelle à lui verser une indemnité de 10 000 euros, majorés des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de la carence fautive du syndicat à prendre des mesures propres à remédier à l'insuffisante qualité de l'eau distribuée sur son territoire ;
2°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal des eaux du plateau de Thelle la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le syndicat intercommunal des eaux du plateau de Thelle n'a pas respecté les prescriptions de l'arrêté du préfet de l'Oise du 3 avril 2014 prescrivant un programme d'actions sur la zone de protection de l'aire des captage destinés à la production d'eau potable sur la commune de Puiseux-le-Hauberger ;
- le syndicat a méconnu les articles L. 1321-1 et R. 1321-2 du code de la santé publique ;
- ce programme d'actions général sur l'aire d'alimentation des captages n'a pas été mis en œuvre par le syndicat intercommunal et constitue ainsi une carence fautive, qui engage sa responsabilité ;
- la carence fautive du syndicat a porté atteinte à ses intérêts collectifs et à ses intérêts propres ;
- les préjudices en résultant doivent être évalués à hauteur de la somme de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er juin 2022 et 19 septembre 2023, le syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle, représenté par Me Bluteau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- l'arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine mentionnées aux articles R. 1321-2, R. 1321-3, R. 1321-7 et R. 1321-38 du code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chartrelle, représentant le regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise,
- et de Me Bluteau, représentant le syndicat intercommunal des eaux du plateau de Thelle.
Considérant ce qui suit :
1. Le regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise a formé le 18 octobre 2021 une réclamation préalable auprès du syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle, notifiée le 19 octobre 2021, demandant réparation au titre de plusieurs préjudices qu'il impute à la carence fautive de l'administration à prendre les mesures nécessaires à rétablir la bonne qualité de l'eau sur ce territoire. Le syndicat a implicitement rejeté cette demande. L'association requérante demande au tribunal de condamner le syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur la responsabilité :
2. D'une part, aux termes de l'article L.1321-1 du code de la santé publique : " () Toute personne qui met à la disposition du public de l'eau destinée à la consommation humaine, à titre onéreux ou à titre gratuit et sous quelque forme que ce soit, y compris sous forme de glace alimentaire, est tenue de s'assurer que cette eau est propre et salubre. () ". Aux termes de l'article R. 1321-2 du même code : " Les eaux destinées à la consommation humaine : " Les eaux destinées à la consommation humaine doivent, dans les conditions prévues à la présente section : - ne pas contenir un nombre ou une concentration de micro-organismes, de parasites ou de toutes autres substances constituant un danger potentiel pour la santé des personnes ; - être conformes aux limites de qualité, portant sur des paramètres microbiologiques et physico-chimiques, définies par arrêté du ministre chargé de la santé. "
3. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du préfet de l'Oise du 3 avril 2014 relatif à la mise en œuvre du programme d'action sur la zone de protection de l'aire d'alimentation des captages destinés à la production d'eau potable du syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle sur la commune de Puiseux-le-Hauberger : " Le présent arrêté définit le programme d'actions constitué des mesures agricoles à mettre en œuvre par les propriétaires et exploitants des terrains situés dans la zone de protection de l'aire d'alimentation du captage situé sur la commune de Puiseux-le-Hauberger () ". Aux termes de l'article 2 de cet arrêté : " Le programme d'actions vise à atteindre des concentrations mensuelles moyennes en nitrates et pesticides inférieures à 75% des normes de potabilité, avec des tendances à la baisse () ". L'article 12 du même arrêté dispose : " Le syndicat des eaux du plateau du Thelle, en tant que collectivité responsable de la production d'eau potable à partir du captage du Puiseux-le-Hauberger, est chargé de l'animation du programme d'action général sur l'aire d'alimentation du captage () ". Enfin, l'article 15 de l'arrêté du 3 avril 2014 prévoit qu'un comité de pilotage, présidé par du syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle sur la commune de Puiseux-le-Hauberger est chargé du suivi de la mise en œuvre des mesures du programme d'action qui fait l'objet de cet arrêté et a vocation à se réunir au moins une fois par an pour dresser un bilan de la mise en œuvre de ce programme.
4. Enfin, aux termes de l'arrêté du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine mentionnées aux articles R. 1321-2, R. 1321-3, R. 1321-7 et R. 1321-38 du code de la santé publique, la limite de qualité des eaux destinées à la consommation humaine est fixée, s'agissant de la concentration en pesticides, à 0,10 microgramme par litre et, s'agissant de la concentration en nitrate, à 0,50 milligramme par litre. En application de l'article 2 de l'arrêté préfectoral cité au point précédent, le programme d'action vise à atteindre des concentrations mensuelles inférieures à 75% des normes fixées par l'arrêté du 11 janvier 2007, soit 25% inférieures aux seuils de 0,10 microgramme par litre en ce qui concerne les pesticides et 0,50 milligramme par litre s'agissant des nitrates.
5. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 15 de l'arrêté du préfet de l'Oise en date du 3 avril 2014, cité au point 3, qu'il incombait au syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle de mettre en place un comité de pilotage, chargé du suivi de la mise en œuvre des mesures du programme d'action arrêté par le préfet. Or, il résulte de l'instruction qu'en dépit des nombreuses sollicitations du ROSO, le syndicat s'est abstenu de justifier de la mise en place d'un tel comité de suivi. Le syndicat ne se prévaut d'aucun document de nature à justifier du respect des obligations mises à sa charge sur ce point. Dans ces circonstances, l'association requérante est fondée à se prévaloir d'une carence fautive du syndicat des eaux du plateau du Thelle dans la mise en place et l'animation du comité de pilotage relatif au programme d'action.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier des pièces produites en défense, que les résultats des analyses sur les eaux s'écoulant au niveau du captage de Puiseux-le-Hauberger indiquent que la concentration en atrazine est constante entre 2014 et 2015, à 0,05 microgramme par litre, et qu'elle est de 0,08 en 2014 et de 0,09 en 2015 en ce qui concerne le déséthyl atrazine. S'agissant du nitrate, il résulte des pièces produites par l'association requérante que la concentration est de 39,9 milligrammes par litre en 2014 et en augmentation au cours des années suivantes, atteignant 43,4 en 2020. Par conséquent, les seuils réglementaires cités au point 4 ont été dépassés et il ne résulte de l'instruction aucune tendance à la baisse. A l'appui de ses écritures, le syndicat produit le projet agro-environnemental du captage destiné à engager 189 hectares de parcelles agricoles dans le programme d'actions pour les années 2017 et 2018 en lien avec l'agence de l'eau, la direction départementale des territoires de l'Oise et la chambre d'agriculture de l'Oise. Toutefois, ce document revêt un caractère prévisionnel et ne justifie pas des actions effectivement mises en œuvre. Par ailleurs, si ce document contient le bilan des années passées, ce dernier demeure modeste, aucune exploitation agricole ne s'étant engagée dans le programme en 2014, seulement 4 en 2015 et 7 en 2016. En outre, les données présentées dans ce document ne concernent pas uniquement les actions menées par le syndicat des eaux du plateau du Thelle mais s'étendent à celles menées sur trois autres captages d'eau du territoire. Si le syndicat fait également valoir que le rapport annuel sur le prix et la qualité du service public relatif aux années 2020 et 2021 indique un taux de conformité de l'eau à la suite des analyses microbiologiques de 100% et un indice d'avancement de la protection de la ressource en eau (P 108.3) de 80%, ce qui signifierait qu'il aurait entièrement satisfait aux obligations fixées par l'arrêté du préfet de l'Oise du 3 avril 2014, ces seules données ne suffisent pas à justifier les actions mises en œuvre par le syndicat pour atteindre ces résultats. Au demeurant, il résulte des termes mêmes du rapport d'exercice 2021 que celui-ci revêt la mention " provisoire " et qu'il ne peut donc être regardé comme suffisamment probant.
7. La pollution des eaux est susceptible de résulter de divers facteurs, tels que l'exploitation agricole des sols ou la proximité d'un bassin de vie à proximité et l'utilisation massive des produits désherbants contenant de l'atrazine deséthyl, de sorte que le syndicat des eaux ne saurait être tenu pour seul responsable du dépassement des seuils réglementaires. Toutefois, si ces dépassements de la limite fixée par la réglementation en vue de la préservation de la qualité de l'eau destinée à la consommation humaine ne sont pas seuls de nature à caractériser l'existence d'une faute de la part du syndicat responsable de la gestion de l'eau potable captée à Puiseux-le-Hauberger, ils devaient néanmoins conduire ce dernier à mettre en œuvre tous les moyens mis à sa charge par l'arrêté susmentionné du 3 avril 2014 pour tenter de maintenir la concentration en atrazine, atrazine deséthyl et en nitrate en-deçà des seuils réglementaires. Or, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il résulte de l'instruction qu'en dépit des demandes adressées par le ROSO à de multiples reprises au syndicat intercommunal tendant à ce que ce dernier justifie des actions réalisées au regard des dépassements des seuils constatés depuis 2014, le syndicat ne justifie pas avoir mis en œuvre des initiatives suffisantes destinées à assurer le respect des concentrations avec des tendances à la baisse. Dans ces circonstances, l'association requérante est fondée à soutenir que le syndicat des eaux du plateau du Thelle a méconnu l'obligation de moyens qui lui incombait en vertu des dispositions combinées des articles L. 1321-1 et R. 1321-2 du code de la santé publique.
8. Il résulte de tout ce qui précède que le ROSO est fondé à se prévaloir des carences fautives du syndicat intercommunal, de nature à engager sa responsabilité.
Sur le préjudice :
9. Le ROSO se prévaut d'un préjudice moral résultant de l'inertie opposée par le syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle à ses multiples sollicitations. Toutefois, si l'association soutient que cette situation a porté atteinte à son intégrité, à sa réputation et à son image, il ne résulte pas de l'instruction, contrairement à ses allégations, qu'elle aurait dû saisir la justice pour obtenir les informations qu'elle sollicitait auprès de l'administration. En tout état de cause, le ROSO ne saurait se prévaloir des actions entreprises auprès du syndicat et en déduire nécessairement l'existence d'un préjudice moral, alors que les démarches réalisées correspondent aux moyens mis en œuvre par l'association pour atteindre ses objectifs. Dans ces conditions, le ROSO n'est pas fondé à soutenir l'existence d'un préjudice moral, direct, certain et personnel.
10. Par ailleurs, l'association requérante se prévaut d'un préjudice matériel résultant des heures de travail assurées par ses bénévoles. Le ROSO soutient à ce titre avoir participé à de nombreuses réunions depuis 2014, en particulier au conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques de l'Oise, et avoir fait travailler ses bénévoles 680 heures par an sur le sujet de la protection de l'eau. Toutefois, ces tâches, qui participent à l'activité habituelle de l'association à l'échelle du département, ne présentent pas un lien direct avec les carences fautives du syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle. Par suite, le ROSO n'est pas fondé à soutenir que l'administration lui aurait causé un préjudice matériel.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par le ROSO doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le ROSO doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du Regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à au Regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise et au syndicat intercommunal des eaux du plateau du Thelle.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Demurger, présidente,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
La présidente,
Signé
F. Demurger
Le rapporteur,
Signé
E. Fumagalli
Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200423
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026