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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200533

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200533

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200533
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantALAGAPIN-GRAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2022, M. C B, représenté par Me Alagapin-Graillot, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2021 de la sous-préfète de Calais portant suspension de son permis de conduire pour une durée de cinq mois ;

2°) d'enjoindre de lui restituer son permis de conduire sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son action est recevable et relève de la compétence du tribunal administratif d'Amiens ;

- la décision contestée est entachée d'illégalités externes en ce qu'elle ne satisfait pas à l'exigence de motivation, a été prise en méconnaissance des droits de la défense et l'article 6 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, sans le respect du contradictoire et a été signée par une autorité non habilitée ;

- cette même décision est entachée d'illégalité interne du fait de l'inexactitude des faits mentionnés et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2022, le préfet du Pas-de Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

- le code de procédure pénale.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de présenter ses conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué du 14 décembre 2021, la sous-préfète de calais a prononcé, sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, la suspension du permis de conduire de M. B pour une durée de cinq mois au motif que ce dernier a fait l'objet d'un procès-verbal d'infraction au code de la route.

2. Par un arrêté du 4 novembre 2021, enregistré sous le n° 2021-11-60, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. Jean-Marc Roeschert, secrétaire général de la sous-préfecture de Calais, en cas d'empêchement de Mme D E sous-préfète de Calais, dont il n'est pas établi qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée, à l'effet de signer notamment " les arrêtés de suspension provisoire immédiate ou non du permis de conduire " " pour les arrondissements de Calais et de Saint-Omer ". Ainsi le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En l'espèce, l'arrêté préfectoral attaqué vise, notamment, les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route, indique que M. B a fait l'objet, le 13 décembre 2021 à 16 h 35, d'un procès-verbal pour avoir commis, sur le territoire de la commune de Setques une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, précise la nature de cette infraction et mentionne que l'intéressé représente un " danger grave et immédiat () pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même ".

4. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " (), le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis, prononcer la suspension du permis de conduire pour une durée qui ne peut excéder six mois (). / Lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et lorsque le véhicule est intercepté, les dispositions du présent article sont applicables au conducteur () ". Le délai de soixante-douze heures imparti par le législateur au préfet pour prononcer la suspension du permis du conduire crée une situation d'urgence de nature à dispenser l'administration de l'application des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. D'autre part, les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration sont définies à l'article L. 122-1 du même code. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur, circulant à une vitesse excessive, retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité. Eu égard au caractère particulièrement dangereux de la conduite de M. B pour lui-même et pour les tiers, ainsi qu'au délai de 72 heures auquel la sous-préfète de Calais était soumise pour statuer, l'existence d'une situation d'urgence est caractérisée. Dès lors, la sous-préfète de Calais, en fondant la décision contestée sur l'article L. 224-2 du code de la route, et non sur l'article L. 224-7 de ce même code, n'a entaché la décision contestée ni d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'une quelconque méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. S'il revient à la juridiction administrative d'apprécier la légalité d'un arrêté préfectoral de suspension d'un permis de conduire pris à la suite d'une infraction au code de la route, il n'appartient qu'aux seules juridictions de l'ordre judiciaire de se prononcer sur la régularité de la constatation de ladite infraction. M. B, qui n'allègue pas avoir saisi la juridiction compétente, ne peut utilement soutenir et que les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route ne lui sont pas applicables. Par suite, la contestation de la matérialité des faits qui lui sont reprochés et donc la régularité du procès-verbal établi à son encontre ne constitue pas un moyen susceptible d'être utilement invoqué devant le juge administratif à l'encontre de la décision de suspension de son permis de conduire prise par la sous-préfète de Calais.

7. Si M. B devait être regardé comme émettant des doutes sur l'homologation du cinémomètre ainsi que sa vérification annuelle, l'avis de rétention du permis rédigé par un agent de police judiciaire, qui selon l'article 537 du code de procédure pénale fait " foi jusqu'à preuve contraire ", indique que l'excès de vitesse a été constaté " par un appareil homologué ", il mentionne par ailleurs la vitesse autorisée, celle constatée ainsi que celle retenue. M. B, qui a signé le procès-verbal de rétention de son permis, n'a cependant pas contesté la vitesse enregistrée. Par suite le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la sous-préfète en se basant sur la vitesse relevée doit être écarté.

8. Par ailleurs, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ces stipulations n'étant pas applicables aux mesures de suspension de permis de conduire prononcées par le préfet, lesquelles constituent une mesure de police administrative.

9. Enfin, compte tenu des garanties accordées à l'auteur de l'infraction par l'ensemble des dispositions du code de la route relatives au permis à points, la procédure conduisant à la suspension du permis de conduire doit être regardée comme respectant les règles fondamentales des droits de la défense à avoir un procès juste et équitable. Dès lors, et à supposer même que le requérant ait entendu se prévaloir des stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen tiré de la méconnaissance de la règle fondamentale des droits de la défense à avoir un procès juste et équitable doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B, qui ne saurait utilement soutenir qu'il a besoin de son permis de conduire pour l'exercice de son activité et les nécessités de la vie quotidienne, n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 décembre 2021 par laquelle la sous-préfète de Calais a suspendu son permis de conduire pour une durée de cinq mois. Les conclusions en ce sens de la requête, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le magistrat désigné, La greffière,

signé signé

G. A M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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