jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200561 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DE BERNY, FOLLET & HERBAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 11 février 2022, 5 juin 2023, 20 décembre 2023 et 5 janvier 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Somme, représentée par Me de Berny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum le centre hospitalier universitaire (CHU) Amiens-Picardie et son assureur, la société Relyens Mutual Insurance à lui payer la somme de 96 790,70 euros, à proportion de la perte de chance de 60 %, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 26 novembre 2021, en remboursement de ses débours ;
2°) subsidiairement, de condamner in solidum le CHU Amiens-Picardie et son assureur, la société Relyens Mutual Insurance à lui payer la somme de 72 058,04 euros, à proportion de la perte de chance de 60 %, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 26 novembre 2021, en remboursement de ses débours échus au 1er novembre 2023 et à lui rembourser les sommes correspondant aux soins viagers prescrits à Mme B D épouse C à mesure de leur service, en remboursement de ses débours échus et à échoir à compter du 1er novembre 2023 ;
3°) de condamner in solidum le CHU Amiens-Picardie et son assureur, la société Relyens Mutual Insurance à lui payer l'indemnité forfaitaire de gestion ;
4°) de mettre à la charge in solidum du CHU Amiens-Picardie et de la société Relyens Mutual Insurance la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la responsabilité du CHU Amiens-Picardie est engagée à raison de la prise en charge fautive de Mme D épouse C.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 avril 2022 et 2 janvier 2024, le CHU Amiens-Picardie et la société Relyens Mutual Insurance, représentés par la SCP Lebègue-Derbise, demandent au tribunal de rejeter la requête.
Ils font valoir que les débours dont la CPAM de la Somme demande le remboursement ne sont pas imputables dès lors qu'ils procèdent d'un état antérieur.
La requête a été transmise à Mme C qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Denys pour le CHU Amiens-Picardie et la société Relyens Mutual Insurance.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, alors âgée de 65 ans, qui avait pour antécédents médicaux des lombalgies anciennes, a été prise en charge aux urgences du CHU Amiens-Picardie le 22 septembre 2016 pour le traitement d'un canal lombaire étroit symptomatique. À l'issue de la consultation, Mme C est retournée à son domicile et un rendez-vous en neurochirurgie a été pris pour le 2 novembre 2016. Le 29 septembre 2016, le médecin traitant de la patiente a obtenu que ce rendez-vous soit fixé plus tôt, au 5 octobre 2016. Lors de cette consultation de neurochirurgie, le praticien a décidé de la nécessité d'une intervention chirurgicale sans délai. Mme C a été hospitalisée entre les 6 et 17 octobre 2016, subissant une intervention le 10, consistant en une laminectomie L3 L5. Depuis, Mme C présente une atteinte des membres inférieurs, une paraplégie flasque et une hypoesthésie des deux membres inférieurs.
2. Mme C a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales qui a rendu son avis le 18 juin 2019, à la suite d'un rapport d'expertise rendu le 26 avril 2019, dont il résulte qu'elle retient la responsabilité pour faute du CHU Amiens-Picardie au titre d'une perte de chance de 60 % d'éviter les séquelles. Par la présente requête, la CPAM de la Somme demande au tribunal le remboursement de ses débours.
Sur le principe de responsabilité :
3. Aux termes du I. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il résulte de l'instruction, particulièrement de l'expertise et n'est pas contesté que le CHU Amiens-Picardie, alors qu'était relevé un déficit radiculaire de la patiente le 22 septembre 2016, n'a pas pris la mesure de ce tableau clinique, n'a pas procédé sans délai à l'intervention nécessaire réalisée finalement le 10 octobre 2016. La CPAM de la Somme est fondée à soutenir que la responsabilité de l'établissement public de santé est engagée à raison de ce retard fautif qui est en lien avec les préjudices subis par la patiente.
Sur la perte de chance :
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction, particulièrement de l'expertise et n'est pas contesté que le retard fautif de prise en charge a causé une perte de chance évaluée à 60 % pour la victime de se soustraire au dommage.
Sur le remboursement des débours :
7. Aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, " Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel ".
8. Il résulte de l'instruction, plus particulièrement de l'expertise et n'est pas contesté que la date de consolidation de l'état de santé de l'intéressée doit être fixée à la date du 21 septembre 2017.
En ce qui concerne les dépenses de santé actuelles :
9. Le CHU Amiens-Picardie et son assureur font valoir que les dépenses de santé actuelles exposées par la caisse sont en lien non avec le manquement commis mais avec l'état antérieur de la patiente dès lors que la prise en charge antérieure à la consolidation n'a pas été majorée par la faute commise. Toutefois, cette allégation, qui n'est étayée d'aucune pièce, est contredite par les conclusions de l'expertise qui ont pris en compte au titre de la détermination de la perte de chance l'état antérieur de la patiente. Il s'ensuit que le CHU Amiens-Picardie et son assureur ne sont pas fondés à soutenir que les dépenses de santé actuelles réclamées par la CPAM de la Somme sont exclusivement en lien avec l'état antérieur de la patiente.
10. Il résulte de l'instruction et particulièrement du relevé de débours définitif du 15 décembre 2023 et de l'attestation d'imputabilité du médecin-conseil de la caisse du 9 juin 2020 qu'à ce titre, la CPAM de la Somme a exposé des frais d'hospitalisation à hauteur de la somme de 45 629,30 euros (du 17 octobre au 23 décembre 2016, du 2 au 13 janvier 2017 et du 16 janvier au 9 juin 2017), des frais médicaux à hauteur de la somme de 963,58 euros (séances de kinésithérapie), des frais de pharmacie à hauteur de la somme de 131,43 euros (antidépresseurs et antalgiques), des frais d'appareillage à hauteur de la somme de 1 541,79 euros (location d'un fauteuil roulant et un coussin anti-escarres) et des frais de transport à hauteur de la somme de 7 153,13 euros.
11. Compte tenu du taux de perte de chance précité, le montant des débours dû s'élève à la somme de 33 251,54 euros.
En ce qui concerne les dépenses de santé futures :
12. Entre la date de consolidation de l'état de santé de Mme C et le 27 décembre 2019, la CPAM de la Somme justifie avoir réglé des dépenses de santé à hauteur de la somme de 8 530,39 euros au titre de frais médicaux, d'appareillage et de pharmacie (EMG, séances de kinésithérapie, location d'un fauteuil roulant, achat d'un fauteuil roulant, orthèses de releveur de pied, antidépresseurs et antalgiques).
13. La CPAM de la Somme établit que les dépenses de santé futures (prestations continues et viagères) s'élèvent à la somme annuelle de 1 555,08 euros pour la prise en charge de 50 séances de kinésithérapie par an, un fauteuil roulant et une orthèse de releveur de pied par an.
14. Entre la date de consolidation de l'état de santé de Mme C et celle de la mise à disposition du présent jugement, les débours échus s'élèvent à la somme de 6 344,73 euros, de sorte qu'au total, les débours dus à la date du présent jugement s'élèvent à la somme, compte tenu du taux de perte de chance précité, de 8 925,07 euros.
15. Le remboursement à la caisse par le tiers responsable des prestations qu'elle sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente. Il ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord.
16. Le CHU Amiens-Picardie s'est opposé au remboursement des sommes dues sous la forme d'un capital. Au titre des dépenses de santé futures à échoir, à compter du présent jugement, les débours dus, seront remboursés par l'allocation à la CPAM de la Somme, compte tenu du taux de perte de chance précité, d'une rente annuelle de 933,05 euros revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
17. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU Amiens-Picardie et la société Relyens Mutual Insurance doivent être condamnés solidairement à verser à la CPAM de la Somme, en remboursement de ses débours, la somme de 42 176,61 euros et à compter du présent jugement, une rente annuelle payable à terme échu dont le montant, fixé à 933,05 euros à cette même date, sera revalorisé par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
Sur les intérêts :
18. La CPAM de la Somme a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 42 176,61 euros à compter du 26 novembre 2021, date de réception par l'établissement public de santé de la demande préalable indemnitaire.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
19. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".
20. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge solidaire du CHU Amiens-Picardie et de la société Relyens Mutual Insurance le versement à la CPAM de la Somme la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire du CHU Amiens-Picardie et de la société Relyens Mutual Insurance une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la CPAM de la Somme et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 er : Le CHU Amiens-Picardie et la société Relyens Mutual Insurance sont condamnés solidairement à verser à la CPAM de la Somme la somme de 42 176,61 euros avec intérêts au taux légal à compter du 26 novembre 2021 en remboursement de ses débours.
Article 2 : Le CHU Amiens-Picardie et la société Relyens Mutual Insurance sont condamnés solidairement à verser à la CPAM de la Somme, à compter du présent jugement, une rente annuelle d'un montant de 933,05 euros en remboursement de ses débours. Le montant de cette rente, qui est payable à terme échu, sera revalorisé par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de sécurité sociale.
Article 3 : Le CHU Amiens-Picardie et la société Relyens Mutual Insurance sont condamnés solidairement à verser à la CPAM de la Somme la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 4 : Le CHU Amiens-Picardie et la société Relyens Mutual Insurance verseront solidairement une somme de 1 000 euros à la CPAM de la Somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme, au centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, à la société Relyens Mutual Insurance et à Mme B C.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 25 janvier 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2200561
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026