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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200633

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200633

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200633
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, M. A B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Somme a rejeté son recours contre la décision de la caisse d'allocations familiales de la Somme du 28 mai 2021 refusant de lui ouvrir des droits au revenu de solidarité active à compter du mois d'août 2018 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Somme de réexaminer sa situation à compter du mois d'août 2018.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- il n'a tiré aucun bénéfice de la sous-location du local commercial dont il disposait dès lors que les revenus de cette sous-location lui permettaient de payer une partie de son loyer ;

- ses droits au revenu de solidarité active doivent être ouverts au plus tard en octobre 2020, date à laquelle le bail commercial a été résilié et la sous-location a pris fin.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le président du conseil départemental de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les sous-loyers perçus par M. B de mai 2018 à novembre 2020 constituent des ressources devant être prises en compte dès lors qu'il n'affectait pas ces revenus au règlement de son loyer commercial ;

- sa demande de revenu de solidarité active déposée le 21 août 2018 doit être regardée comme ayant été classée sans suite en août 2020 ou, à défaut caduque, M. B n'ayant jamais adressé à la caisse d'allocations familiales les pièces demandées ;

- l'action est prescrite pour la période du 1er août 2018 au 15 octobre 2019 ;

- M. B n'a fourni aucune déclaration de ressources pour la période postérieure à octobre 2020, si bien qu'il ne peut solliciter le versement du revenu de solidarité active pour la période de février 2021 à janvier 2022 ;

- M. B bénéficie du revenu de solidarité active depuis février 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dhiver, présidente ;

- et les observations de la représentante du département de la Somme.

En application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été différée en dernier lieu au 22 mai 2023 afin de permettre aux parties de verser des pièces complémentaires.

M. B a produit un mémoire, enregistré le 10 mai 2023, qui conclut aux mêmes fins que sa requête.

Il soutient que la société Le Miam's est en sommeil depuis 2018 et qu'elle n'a pas établi de comptes sociaux depuis 2018.

M. B a produit une pièce, enregistrée le 19 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, gérant non salarié de plusieurs sociétés, a demandé le bénéfice du revenu de solidarité active le 21 août 2018. Après avoir sollicité à plusieurs reprises M. B pour qu'il fournisse les éléments nécessaires à l'instruction de son dossier, la caisse d'allocations familiales de la Somme a, par une décision du 28 mai 2021, refusé de lui ouvrir les droits au revenu de solidarité active. M. B a exercé un recours contre cette décision. Ce recours a été rejeté par le président du conseil départemental de la Somme par une décision du 21 décembre 2021 au motif, d'une part, que les éléments en possession de la caisse d'allocations familiales laissaient penser que M. B avait perçu des revenus tirés de la sous-location d'un local commercial et que, d'autre part, au regard des réponses incomplètes de l'intéressé, il n'était pas en mesure de régulariser son dossier. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du président du conseil départemental de la Somme du 21 décembre 2021 et de lui ouvrir des droits au revenu de solidarité active à compter d'août 2018 ou, à défaut, à compter d'octobre 2020.

Sur les droits de M. B au revenu de solidarité active pour la période du 1er août 2018 à 31 septembre 2020 :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. En premier lieu, eu égard à l'office du juge de plein contentieux tel qu'il vient d'être énoncé au point précédent, M. B ne peut utilement se prévaloir des vices propres dont serait entachée la décision du président du conseil départemental de la Somme du 21 décembre 2021. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme inopérant.

4. En second lieu, aux termes de de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / () / 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire () ". Selon l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Pour l'application de ces dispositions, lorsque l'allocataire sous-loue une partie du bien immobilier qu'il occupe lui-même en qualité de locataire, les ressources devant être prises en compte à ce titre au sens de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles sont constituées des bénéfices qu'il retire le cas échéant de cette sous-location.

5. Aux termes de l'article R. 262-24 du code de l'action sociale et des familles : " En l'absence de déclaration ou d'imposition d'une ou plusieurs activités non salariées, le président du conseil départemental évalue le revenu au vu de l'ensemble des éléments d'appréciation fournis par le demandeur. "

6. Lorsqu'il a sollicité le bénéfice du revenu de solidarité active le 21 août 2018, M. B a indiqué qu'il était travailleur non salarié et qu'il ne percevait aucun revenu de son activité non salariée. Or, il résulte de l'instruction que la société à responsabilité limitée Le Miam's, dont M. B était le gérant, a pris à bail le 23 octobre 2015 un bâtiment à usage mixte comportant un local commercial de restauration et un local d'habitation et que ces locaux ont été sous-loués entre le 1er septembre 2016 et le 7 octobre 2020, date à laquelle l'expulsion de M. B a été ordonnée par le tribunal judiciaire. Il ressort des dernières indications fournies par M. B que, pour les années 2018 à 2020, le revenu mensuel tiré de cette sous-location s'est élevé à 720 euros et que la société Le Miam's, qui a totalement cessé son activité le 28 mai 2017, n'a établi aucun compte de résultat ni bilan pour l'exercice 2018 et les exercices postérieurs. Ainsi, au regard des éléments présents au dossier et alors qu'il ne peut être établi que les sous-loyers ont constitué des recettes de la société Le Miam's, ceux-ci, d'un montant mensuel de 720 euros, doivent être regardés comme ayant été versés directement à M. B. Enfin, alors qu'il résulte de l'instruction, notamment de l'ordonnance de référé du président du tribunal judiciaire d'Amiens du 7 octobre 2020, que M. B avait une dette auprès de son bailleur pour des impayés de loyers couvrant au moins la période de février 2017 à février 2020, l'intéressé ne justifie par aucune pièce avoir reversé à son bailleur tout ou partie des sommes reçues au titre de la sous-location. Il s'ensuit que M. B doit être regardé comme ayant tiré de la sous-location du local loué par la société Le Miam's un bénéfice net mensuel de 720 euros, correspondant à l'intégralité du montant du sous-loyer. Dès lors, c'est par une exacte application des dispositions citées au point 4 ci-dessus que le président du conseil départemental de la Somme a estimé que les ressources de M. B au cours de la période de mai 2018 à septembre 2020 ne lui ouvraient pas droit au revenu de solidarité active.

Sur les droits de M. B au revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2020 au 31 janvier 2022 :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-38 du code de l'action sociale et des familles : " Le président du conseil départemental procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme d'une période, définie par décret, sans versement du revenu de solidarité active et de la prime d'activité mentionnée à l'article L. 841-1 du code de la sécurité sociale ". L'article R. 262-83 de ce code prévoit également que : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ainsi que les membres du foyer sont tenus de produire, à la demande de l'organisme chargé du service de la prestation et au moins une fois par an, toute pièce justificative nécessaire au contrôle des conditions d'ouverture de droit, en particulier au contrôle des ressources, notamment les bulletins de salaire. En cas de non-présentation des pièces demandées, il est fait application des dispositions de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale. " Aux termes de l'article R. 262-40 du même code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas :/ () 3° Au terme de la durée de suspension du versement décidée en vertu du 2° de l'article R. 262-68 lorsque la radiation est prononcée en application de l'article L. 262-38 () ". La suspension visée au 2° de l'article R. 262-38 du même code est d'une durée maximale de quatre mois.

8. Si l'autorité administrative est en mesure d'établir que le bénéficiaire ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active ou qu'il n'est pas possible, faute de connaître le montant exact des ressources des personnes composant le foyer, de déterminer s'il pouvait ou non bénéficier de l'allocation pour la période en cause, elle est en droit de mettre fin à cette prestation.

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 ci-dessus que M. B ne pouvait prétendre à aucune allocation de revenu de solidarité active d'août 2018 à septembre 2020, soit pendant une période largement supérieure à quatre mois. En outre, il résulte de l'instruction que M. B a fourni à la caisse d'allocations familiales des informations contradictoires, en indiquant notamment dans la déclaration trimestrielle de ses ressources d'août à octobre 2020 remplie le 15 février 2021 qu'il ne percevait aucune ressource, si bien que la caisse d'allocations familiales était dans l'impossibilité de déterminer ses droits au revenu de solidarité active à compter d'octobre 2020. Par suite, c'est à bon droit que le président du conseil départemental de la Somme a refusé d'ouvrir à M. B des droits au revenu de solidarité active pour la période d'octobre 2020 à janvier 2022.

Sur les droits de M. B au revenu de solidarité active à compter du 1er février 2022 :

10. Il résulte de l'instruction que M. B, qui a déposé une nouvelle demande de revenu de solidarité active, bénéficie du revenu de solidarité active depuis le 1er février 2022.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du président du conseil départemental de la Somme du 21 décembre 2021, ni l'ouverture de ses droits au revenu de solidarité active à compter d'août 2018 ou, à défaut, d'octobre 2020.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La présidente,

Signé

M. Dhiver La greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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