jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2200824 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 7 mars 2022, 24 juillet et 30 octobre 2023, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre exécutoire émis le du 29 décembre 2021 en tant que par celui-ci le président de l'association syndicale constituée d'office "Rivière Ancre" 1ère section a fixé à
277, 06 euros le montant de sa redevance due pour l'année 2021 au titre de l'étang situé sur la parcelle cadastrée section AC n°77 de la commune d'Aveluy, ainsi que les titres fixant cette même redevance due pour les années 2022 et 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'association syndicale les frais exposés dans le cadre de l'instance, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnait l'article 31 II de l'ordonnance n° 2004-632, dès lors qu'il n'entre pas dans les missions de l'association syndicale constituée d'office "Rivière Ancre" 1ère section d'entretenir les étangs ;
- elle méconnait le principe d'égalité, dès lors qu'elle soumet les propriétaires de parcelles dotées du même métrage linéaire de berges à des redevances différentes ;
- elle est dépourvue de base légale, dès lors que les étangs de sa parcelle font partie d'un réseau hydraulique distinct de celui géré par l'association syndicale constituée d'office "Rivière Ancre" 1ère section ;
- elle est illégale, dès lors qu'elle applique un règlement dont la modification est intervenue en méconnaissance du décret n°2006-504.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 mai, 5 octobre et 16 novembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'association syndicale Rivière Ancre 1ère section conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête n'est pas recevable, en raison de sa tardiveté ;
- les conclusions dirigées contre les titres de recettes des années 2022 et 2023 ne sont pas recevables, dès lors que les décisions litigieuses n'ont pas été produites par le requérant ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 17 novembre 2023, à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 ;
- le décret n° 2006-504 du 3 mai 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est adhérent de l'association syndicale constituée d'office "Rivière Ancre" 1ère section, en qualité de propriétaire d'une parcelle incluse dans le périmètre des missions de cette association. Il demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire émis le du 29 décembre 2021 en tant que par celui-ci, le président de l'association syndicale constituée d'office "Rivière Ancre" 1ère section a fixé à 277, 06 euros le montant de sa redevance due pour l'année 2021 au titre de l'étang situé sur la parcelle cadastrée section AC n°77 de la commune d'Aveluy, ainsi que les titres fixant cette même redevance due pour les années 2022 et 2023.
2. D'une part, aux termes de l'article 46 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " Les autres dispositions régissant les associations syndicales autorisées sont applicables aux associations syndicales constituées d'office ". L'article 1er des statuts de l'association syndicale constituée d'office "Rivière Ancre" 1ère section, créée par ordonnance royale du 3 janvier 1848, soumet par ailleurs cette association à l'ordonnance du 1er juillet 2004 précitée et à son décret d'application du 3 mai 2006.
3. D'autre part, aux termes du II de l'article 31 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 précitée : " II. - Les redevances syndicales sont établies annuellement et réparties entre les membres en fonction des bases de répartition des dépenses déterminées par le syndicat. Ces bases tiennent compte de l'intérêt de chaque propriété à l'exécution des missions de l'association. () ". Aux termes de l'article 26 du décret du 3 mai 2006 portant application de l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " Le syndicat délibère notamment sur () d) Le rôle des redevances syndicales et les bases de répartition des dépenses entre les membres de l'association prévues au II de l'article 31 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 susvisée () ". Selon l'article 54 du même décret : " L'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé de la redevance liquidée par l'association suspend la force exécutoire du titre. L'exercice de ce recours par le débiteur se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuites ".
4. Les dispositions citées au point précédent du décret du 3 mai 2006 instituent un recours de plein contentieux spécial ayant pour objet de permettre aux membres d'une association syndicale autorisée qui entendent contester le bien-fondé des redevances mises à leur charge de faire opposition, devant le juge administratif, aux titres de recettes exécutoires émis à leur encontre pour le recouvrement de ces créances publiques. Cette contestation peut être fondée sur un moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la délibération du syndicat arrêtant la répartition des dépenses syndicales. Un tel moyen n'est cependant recevable, eu égard à l'importance qui s'attache à la préservation de la sécurité juridique des bases de répartition des dépenses entre les propriétés incluses dans le périmètre d'une telle association, que s'il a été soulevé dans le délai, mentionné à l'article 54 du décret du 3 mai 2006, cité au point 3, de deux mois suivant la réception du premier titre exécutoire faisant application au requérant de cette délibération ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuites.
5. Les moyens tirés de ce que le titre de recette émis au titre de l'année 2021, premièrement, méconnaitrait les dispositions de l'article 31 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 précitée, dès lors que la répartition des dépenses ne tient pas compte de l'intérêt de chaque parcelle, deuxièmement, résulterait d'une rupture d'égalité entre le membres de l'association propriétaires d'un métrage linéaire de berges équivalent, ou, troisièmement, serait dépourvu de base légale, compte tenu de l'absence de communication entre le réseau hydrique alimentant les étangs de sa parcelle et le réseau hydrique sur lequel l'association intervient, ont tous pour objet de contester la légalité de la délibération par laquelle l'association syndicale a fixé les bases de répartition et de calcul des redevances syndicales. Il résulte toutefois de l'instruction que M. B, qui est propriétaire depuis 2005 de la parcelle au titre de laquelle a été fixée la redevance litigieuse, s'est régulièrement acquitté de cette redevance jusqu'à l'année 2020, sans que ne soit intervenue depuis cette dernière date de nouvelle délibération modifiant la répartition des dépenses syndicales. Par suite, en application des dispositions et principes rappelés aux points 3 et 4 précédents, ces moyens, qui n'ont pas été soulevés dans le délai de deux mois suivant la réception du premier titre exécutoire lui faisant application de la délibération, ne sont pas recevables et il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres fins de non-recevoir opposées par l'association syndicale, que les conclusions de la requête de
M. B doivent être rejetées, y compris celles qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'association syndicale constituée d'office "Rivière Ancre" 1ère section.
Copie en sera adressée au trésor public d'Albert.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026