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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2200884

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2200884

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2200884
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPIERRE-ANTOINE FARHAT AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 mars et 13 octobre 2022 et 24 mars 2023, la SAS Anodel demande au tribunal :

1°) la décharge des rappels de taxe pour le développement des industries auxquels elle a été assujettie au titre du 2nd semestre de l'année 2017, des années 2018 et 2019 et du 1er semestre de l'année 2020 par six titres de perception émis le 5 juillet 2021, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) d'annuler les six titres de perception émis à son encontre le 5 juillet 2021 ;

3°) de mettre à la charge du comité de coordination des centres de recherche en mécanique la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les mémoires en défense produits par le comité de coordination des centres de recherche en mécanique doivent être écartés des débats en l'absence de qualité pour le représenter en justice de son directeur général au regard de l'article 13 de ses statuts ; ils ne sont ni datés, ni signés ;

- la mise en demeure qui lui a été adressée le 26 octobre 2020 était irrégulière en l'absence de mention de la qualité de son signataire ; celui-ci était incompétent alors que sa nomination en tant que directeur général n'avait pas encore été publiée au registre du commerce et des sociétés et en l'absence de mandat donné pour ce faire par le centre technique des industries mécaniques ;

- le comité de coordination des centres de recherche en mécanique n'avait pas compétence pour rejeter sa réclamation préalable ;

- compte-tenu de son objet, le comité de coordination des centres de recherche en mécanique ne pouvait être constitué sous la forme d'un groupement d'intérêt économique ;

- son activité ne relevant pas des secteurs mentionnés au I du E de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003, aucune taxe n'était due sans qu'ait d'incidence les dispositions de l'arrêté du 22 janvier 2004 fixant la liste des produits et services soumis aux taxes affectées aux actions collectives de développement économique et technique de certains secteurs industriels qui ne saurait méconnaitre le champ d'application de la loi qui, en tout état de cause, renvoyait à un décret pour la préciser et non à un arrêté ministériel ;

- elle n'est pas un " fabricant " entrant dans le champ d'application du E de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003 ;

- le décret du 28 décembre 1998 instituant une taxe parafiscale au profit des membres du groupement d'intérêt économique dit "comité de coordination des centres de recherche en mécanique", qui n'a pas été abrogé, excluait le procédé d'anodisation du champ d'application de la taxe.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet 2022, 21 février et 14 avril 2023, le comité de coordination des centres de recherche en mécanique, représenté par Me Fahrat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Anodel en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Anodel ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2003-1312 du 30 décembre 2003 ;

- le décret n° 98-1205 du 28 décembre 1998 ;

- l'arrêté du 22 janvier 2004 fixant la liste des produits et services soumis aux taxes affectées aux actions collectives de développement économique et technique de certains secteurs industriels

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant le comité de coordination des centres de recherche en mécanique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Anodel, qui a une activité d'anodisation de profilés pour le secteur du bâtiment, demande la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe pour le développement des industries auxquels elle a été assujettie par le comité de coordination des centres de recherche en mécanique (COREM) au titre 2nd semestre de l'année 2017, des années 2018 et 2019 et du 1er semestre de l'année 2020, ainsi que l'annulation des six titres de perception correspondants.

Sur la recevabilité des écritures en défense :

2. Aux termes de l'article 13 des statuts du COREM : " Le président représente le GIE en justice et dans tous les actes de la vie civile ".

3. Ainsi, seul le président du COREM a qualité pour représenter en justice le groupement, sans que le COREM ne puisse utilement se prévaloir de ce que par délégation du 24 janvier 2019, le directeur général, qui le représente dans la présente instance, a reçu délégation pour représenter le COREM auprès des administrations de l'Etat et ou pour assurer le recouvrement des sommes dues, ce qui n'inclut pas la représentation en justice. De même, est sans incidence, le mandat donné par le centre technique des industries mécaniques, CETIM, pour le représenter en justice qui concerne la représentation de cet organisme et non celle du COREM.

4. Par suite, la société Anodel est fondée à demander que les mémoires produits par le COREM, représenté par son directeur général, soient écartés des débats, alors même que celui-ci a recouru, par ailleurs, au ministère d'avocat.

Sur la régularité de l'imposition :

5. En premier lieu, les irrégularités qui peuvent entacher la décision par laquelle est rejetée la réclamation préalable présentée par un contribuable sont sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition et sur le bien-fondé des impositions contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que le signataire de la décision de rejet du 4 février 2022 aurait été incompétent est inopérant et ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes du J de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003 de finances rectificatives pour 2003 : " Les taxes mentionnées aux A à I bis sont régies par les dispositions complémentaires suivantes. / I.-Le paiement des taxes intervient au moment du dépôt des déclarations. / () Le Comité de coordination des centres de recherche en mécanique ainsi que l'association " Les centres techniques des matériaux et composants pour la construction " recouvrent la taxe affectée aux centres techniques mentionnés au I des E et F. Le directeur de chaque organisme affectataire ou ses représentants dûment habilités peuvent demander aux redevables de la taxe de leur fournir tous renseignements, justifications ou éclaircissements afin de procéder à la vérification de ces déclarations, sous les garanties du secret professionnel défini à l'article L. 103 du livre des procédures fiscales. A défaut de réponse dans un délai de trente jours, ils peuvent saisir l'administration des impôts d'une demande de contrôle en application du II du présent J. Lorsque les déclarations sont déposées sans le paiement correspondant, les directeurs de ces mêmes organismes ou leurs représentants dûment habilités adressent au redevable, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, un rappel motivé l'informant que le montant de la taxe est majoré de 10 % lorsque le paiement intervient plus de dix jours après la date limite de déclaration. () / Lorsque le redevable n'a pas déposé la déclaration mentionnée au IX des A, B, C et D, au VIII des E et F, au VII du G, au IX du H et au VIII du des I et I bis, une lettre de mise en demeure avec demande d'avis de réception lui est adressée par le directeur de l'organisme affectataire mentionné au I ou ses représentants dûment habilités. A défaut de régularisation dans un délai de trente jours à compter du jour de la réception de cette mise en demeure, ils procèdent à la taxation d'office. A cette fin, ils peuvent fixer la base d'imposition, notamment par référence au chiffre d'affaires et, pour la taxe affectée à l'Institut des corps gras, au volume des produits commercialisé, réalisé par une ou plusieurs entreprises comparables. Les droits notifiés sont assortis d'une majoration de 40 %. () "

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

8. L'acte de procédure par lequel le directeur du COREM met en demeure un assujetti de déposer ses déclarations, prévu par le J de l'article 71 précité de la loi du 30 décembre 2003 de finances rectificatives pour 2003, ne constitue pas une décision au sens de l'article

L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que le courrier en question ne mentionnait pas la qualité de son auteur est inopérant.

9. En outre, cette mise en demeure se borne à demander à un assujetti de déposer les déclarations auxquelles il est astreint par la loi. Ainsi, compte tenu de sa portée, l'irrégularité découlant du défaut éventuel d'opposabilité aux tiers de la qualité de son auteur, faute de mesure de publicité adéquate, ne peut être regardée comme privant le contribuable d'une garantie ni, dès lors, comme susceptible d'exercer une influence sur la décision de taxation d'office qui peut en résulter. Par suite, cette irrégularité demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'imposition établie d'office et le moyen en ce sens de la société Anodel doit être écarté comme inopérant.

10. En troisième lieu, les dispositions précitées du J de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003 de finances rectificatives pour 2003 donnent compétence au directeur du COREM pour adresser une mise en demeure, celui-ci n'a ainsi pas besoin d'un mandat pour ce faire de la part du CETIM, alors même que le produit de la taxe serait reversé ultérieurement à cet organisme.

11. En quatrième lieu, la forme statutaire du COREM, dont la compétence est prévue par la loi du 31 décembre 2003 de finances rectificative pour 2003, est sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la constitution d'un groupement d'intérêt économique compte-tenu de l'objet statutaire du COREM est inopérant et ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

12. En premier lieu, aux termes du E de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003 de finances rectificatives pour 2003 alors en vigueur : " I. Il est institué une taxe pour le développement des industries suivantes : 1° Mécanique et décolletage ; / 2° Matériels et consommables de soudage ; / 3° (Abrogé) ; / 4° Construction métallique ; / 5° Matériels aérauliques et thermiques. / Le produit de cette taxe est affecté () aux centres techniques industriels couvrant ces secteurs, qui sont respectivement () le Centre technique industriel de la construction métallique () / II.- La taxe est due par les fabricants, établis en France, des produits des secteurs d'activités mentionnés au I (). Ces produits sont recensés par arrêté du ministre chargé de l'industrie et par référence à la nomenclature d'activités et de produits en vigueur. / Constituent des fabricants les entreprises qui : / () / b) Travaillent à façon ou réalisent des prestations portant sur les produits mentionnés au 1° du présent II. ".

13. Il résulte de ces dispositions que les produits des secteurs d'activités mentionnés au I auxquels fait référence le II du E de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003 sont les produits figurant sur la liste fixée par l'arrêté prévu au II. Par suite et d'une part, la société Anodel ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'elle n'exerce pas son activité dans les secteurs mentionnés au I qui concernent les secteurs d'affectation du produit de la taxe et non son champ d'assujettissement, ni d'autre part, de ce que la loi n'aurait pas prévu l'intervention d'un arrêté ministériel.

14. En second lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 22 janvier 2004 fixant la liste des produits et services soumis aux taxes affectées aux actions collectives de développement économique et technique de certains secteurs industriels, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les produits et services mentionnés au II des A, B, C, D, E, F, H, I et J de l'article 71 de la loi de finances rectificative pour 2003 sont, pour chacune des taxes instituées par cet article, recensés en annexe au présent arrêté. ". Le E-I, intitulé " Produits, activités et prestations relevant du centre technique des industries mécaniques et du centre technique des industries mécaniques et du décolletage" de l'annexe de cet arrêté indique que la classe 25.61 concerne " Traitement et revêtement des métaux et autres matériaux pour tous types de pièces, y compris : / -le revêtement métallique quel que soit le procédé ; / -le rechargement métallique quel que soit le procédé. / A l'exclusion du vernissage, du laquage et de la peinture à façon. " ce qui inclut l'anodisation des métaux selon la nomenclature d'activités et de produits en vigueur.

15. Dès lors que l'activité de la société Anodel consiste en l'anodisation de profilés en métal destinés à la construction, elle est un fabricant au sens du b) du II du E de l'article 71 précité de la loi du 31 décembre 2003 de finances rectificative pour 2003 puisqu'elle effectue une prestation mentionnée à l'annexe de l'arrêté du 22 janvier 2004. C'est donc à raison que le COREM l'a assujettie à des rappels de taxe pour le développement des industries au titre de cette activité. A cet égard, est sans incidence, la circonstance que le décret du 28 décembre 1998 instituant une taxe parafiscale au profit des membres du groupement d'intérêt économique dit "comité de coordination des centres de recherche en mécanique", qui instituait précédemment une taxe de même nature, n'a pas inclus ce type de procédé, ses dispositions ayant cessé d'être applicables à compter du 31 décembre 2003, comme le prévoyait son article 1er.

16. Il résulte de ce qui précède que la société Anodel n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe pour le développement des industries auxquels elle a été assujettie au titre du 2nd semestre de l'année 2017, des années 2018 et 2019 et du 1er semestre de l'année 2020 et des pénalités correspondantes, ni par voie de conséquence, l'annulation des six titres de perception correspondant.

Sur les frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du COREM qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société ANODEL au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, alors que les mémoires présentés par le COREM ont été écartés des débats compte-tenu de l'absence de qualité pour le représenter en justice de son directeur général, les conclusions présentées par lui en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la société Anodel est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le COREM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Anodel et au comité de coordination des centres de recherche en mécanique.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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