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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201115

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201115

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201115
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantSELARL CABINET D'AVOCATS CALIMEZ ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2022, M. B C, représenté par

Me Calimez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la taxe d'habitation et la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2021 à raison de l'immeuble dont il est propriétaire au 23, avenue du Général Leclerc à Chantilly (Oise) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 00 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C conteste la régularité de la décision de rejet le concernant en ce qu'elle ne satisfait pas à l'exigence de motivation. Il soutient être fondé dans sa démarche s'agissant d'un immeuble constituant sa seule résidence en France et y constituant donc, pour lui, sa résidence principale lui permettant de prétendre au bénéfice des abattements et exonérations susceptibles de trouver à s'appliquer. S'agissant d'une maison vieillissante, du fait des travaux nécessités, il conteste le classement dans la catégorie 2. Enfin, sur le terrain de la loi et la doctrine, il prétend au bénéfice du dégrèvement d'office en ce qui concerne les impositions locales émises au titre de 2015 à 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme au rejet de la requête.

Elle considère que les conclusions de la requête sont irrecevables s'agissant des taxes foncières 2015 à 2019 et subsidiairement non fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensée, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cour de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été assujetti à la taxe d'habitation et à la taxe foncière au titre des années 2015 à 2021 à raison de l'immeuble dont il dispose à Chantilly (Oise). Il demande la décharge ainsi que la réduction de ces impositions.

Sur l'irrégularité de la décision de rejet :

2. Les vices qui entacheraient la décision par laquelle la réclamation d'un contribuable est rejetée sont sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition ou le bien-fondé de l'imposition contestée. Par suite, M. C ne peut utilement invoquer, devant le juge de l'impôt, l'insuffisante motivation de la décision de rejet de sa réclamation préalable.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne le bénéfice des dispositions de l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales :

3. Aux termes de l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts () peut prononcer d'office le dégrèvement ou la restitution d'impositions qui n'étaient pas dues, jusqu'au 31 décembre de la quatrième année suivant celle au cours de laquelle le délai de réclamation a pris fin, ou, en cas d'instance devant les tribunaux, celle au cours de laquelle la décision intervenue a été notifiée./ L'administration des impôts peut prononcer dans le délai de trente ans les dégrèvements d'office prévus au III de l'article 1414 et aux articles 1414 A et 1601 du code général des impôts relatifs à la taxe d'habitation et à la taxe pour frais de chambres de métiers et de l'artisanat ".

4. Il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'usage fait par l'administration de son pouvoir de dégrèvement d'office prévu par les dispositions précitées de l'article

R. 211-1 du livre des procédures fiscales. Par suite, M. C n'est pas fondé à critiquer devant le juge de l'impôt le refus de l'administration de procéder à un tel dégrèvement d'office.

En outre, si M. C se prévaut de la doctrine administrative référencée BOI-CTX-DRO-10, cette instruction se borne à donner aux services de la direction générale des finances publiques des recommandations.

Sur l'état de résidence :

En ce qui concerne la taxe d'habitation due au titre de 2020 et 2021 :

5. M. C, citoyen britannique, a été assujetti à la taxe d'habitation au titre des années 2020 et 2021. Il doit être regardé comme demandant au tribunal la décharge et subsidiairement la réduction de la cotisation primitive de taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de ces années.

6. D'une part, aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus () ". L'article 4 B du même code dispose : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ;/ b. Les personnes qui ont en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire : / c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 1408 du code général des impôts : " La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables () ". Aux termes de l'article 1414 du code général des impôts : " I. - Sont exonérés de la taxe d'habitation afférente à leur habitation principale lorsqu'ils occupent cette habitation dans les conditions prévues à l'article 1390 :/ 1° Les titulaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées mentionnée à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ;/ 1° bis Les titulaires de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 et suivants du code de la sécurité sociale, lorsque le montant de leurs revenus de l'année précédente n'excède pas la limite prévue au I de l'article 1417 ; / 2° les contribuables âgés de plus de 60 ans ainsi que les veuves et veufs dont le montant des revenus de l'année précédente n'excède pas la limite prévue à l'article 1417 ; / 3° les contribuables atteints d'une infirmité ou d'une invalidité les empêchant de subvenir par leur travail aux nécessités de l'existence lorsque le montant de leurs revenus de l'année précédente n'excède pas la limite prévue à l'article

1417 ". Aux termes de l'article 1414 C I.1. " Les contribuables dont le montant des revenu, () bénéficient d'une exonération de la taxe d'habitation afférente à leur habitation principale () ". Il résulte des dispositions précitées que le bénéfice du dégrèvement ne peut être accordé que pour l'habitation principale du contribuable. La résidence principale s'entend du logement où résident habituellement et effectivement les membres du foyer fiscal et où se situe le centre de leurs intérêts professionnels et matériels.

8. S'il n'est pas contesté que l'immeuble de Chantilly constitue la seule résidence de M. C en France, l'intéressé n'y a cependant pas son domicile fiscal, de ses propres déclarations, il n'y réside qu'occasionnellement et il n'établit ni ne soutient d'ailleurs y avoir le centre de ses intérêts professionnels et matériels. Celui-ci ne saurait, dès lors, être regardé comme constituant sa résidence principale et M. C ne saurait de ce fait ni prétendre au bénéfice des mesures de décharge ou réduction qu'ils revendiquent lesquelles sont, en tout état de cause, réservées au logement constitutif de l'habitation principale

En ce qui concerne le classement de l'immeuble de Chantilly :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 1406 du code général des impôts : " I. - Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive () ". Aux termes de l'article 1409 de ce code : " La taxe d'habitation est calculée d'après la valeur locative des habitations et de leurs dépendances, telles que garages, jardins d'agrément, parcs et terrains de jeux. Cette valeur locative est déterminée selon les règles définies aux articles 1494 à 1508 et 1516 à 1518 A ter ". Aux termes de l'article 1495 de ce code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation () ". Aux termes de l'article 1496 de ce code : " I. La valeur locative des locaux affectés à l'habitation () est déterminée par comparaison avec celle de locaux de référence choisis, dans la commune, pour chaque nature et catégorie de locaux () ". Aux termes de l'article 324 B de l'annexe III à ce code : " I. - Pour l'application de l'article 1495 du code général des impôts, la date de l'évaluation s'entend du jour de clôture du procès-verbal des opérations de révision dans la commune. II. - Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation () ". Aux termes de l'article 324 H de cette annexe : " I. - Pour les maisons individuelles et les locaux situés dans un immeuble collectif, la classification communale est établie à partir d'une nomenclature-type comportant huit catégories, en adaptant aux normes locales de construction les critères généraux mentionnés () ci-après () III. - Dans les cas deux cas prévus aux I et II, il peut toutefois être procédé à la création de catégories intermédiaires combinant, dans des proportions simples, deux catégories-types () ". Selon cet article, la catégorie 2 s'applique à des immeubles dont l'aspect architectural est particulièrement soigné, d'excellente construction.

10. M. C soutient que le classement de sa maison en catégorie 2 est erroné au motif qu'elle n'a pas fait l'objet d'un entretien régulier et qu'elle est énergivore. Toutefois, il est constant que le classement de la maison du requérant en catégorie 2 correspond aux critères en vigueur à la date de son évaluation par rapport à des biens existants à la date d'établissement des procès-verbaux d'évaluation, conformément aux dispositions de l'article 324 B de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, en vertu des dispositions combinées de l'article 1496 du code général des impôts et des articles 324 H, 324 M, 324 P et 324 Q de l'annexe III à ce code, pour l'évaluation de la valeur locative d'un immeuble en vue du calcul de la taxe d'habitation, la surface pondérée est affectée d'un correctif d'ensemble, destiné à tenir compte, d'une part de l'état d'entretien de l'immeuble, d'autre part, de sa situation. En vertu du barème figurant à l'article 324 Q, le coefficient d'entretien de 1,20 correspond à un état d'entretien " bon - construction n'ayant besoin d'aucune réparation ", celui de 1,10 à " une construction n'ayant besoin que de petites réparations ", et celui de 0,90 à un état d'entretien " médiocre-construction ayant besoin de réparations d'une certaine importance, encore que localisées ". En l'espèce, s'il n'est pas contredit que la maison de M. C est susceptible de devoir faire l'objet de travaux d'entretien, ce dernier n'apporte toutefois aucune pièce justificative de nature à établir qu'elle aurait subi des dégradations de nature à justifier ces travaux, ni de manière générale, que sa vétusté était telle qu'elle compromettait ses conditions élémentaires d'habitabilité et la situation demeure, dans ces conditions, sans influence sur le classement de l'immeuble concerné.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de

non-recevoir opposée s'agissant des impositions de taxe foncière émises au titre des années 2015 et 2019, que M. C n'est pas fondé à prétendre au bénéfice de la décharge de taxe d'habitation et de réduction de taxe foncière qu'il sollicite et au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

G. ALa greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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