jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201120 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BJMR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 mars 2022 et 13 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Joliff, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Soissons à lui verser la somme de 82 000 euros ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 1er décembre 2021 et la capitalisation de ces intérêts, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de la promesse non tenue de recrutement et de nomination à un poste de praticien hospitalier en chirurgie thoracique ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier de Soissons n'a pas tenu une promesse de recrutement en qualité de praticien hospitalier en chirurgie thoracique engageant sa responsabilité contractuelle à son égard ;
- le centre hospitalier doit être condamné à l'indemniser de son préjudice à hauteur de 32 000 euros en réparation des traitements qu'elle aurait dû percevoir pendant un an si son contrat avait été renouvelé et de 50 000 euros en réparation de la perte de chance de pouvoir être nommée en qualité de praticien hospitalier et des troubles dans ses conditions d'existence.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2022, le centre hospitalier de Soissons, représenté par Me Bacquet-Brehant conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que Mme B lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Un mémoire présenté pour le centre hospitalier de Soissons a été enregistré le 25 mars 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Holchaker, substituant Me Joliff, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Suivant un contrat du 30 novembre 2017, Mme B a été recrutée par le centre hospitalier de Soissons en qualité de praticien contractuel pour une durée d'un an. Par actes des 5 février 2019, 10 juillet 2019 et 27 novembre 2019, le contrat de l'intéressée a été renouvelé jusqu'au 30 novembre 2020. Par courrier du 2 septembre 2020, le centre hospitalier de Soissons a informé Mme B que son contrat ne serait pas renouvelé à son échéance. Par la présente requête, Mme B demande la réparation des préjudices subis du fait de la rupture par le centre hospitalier de la promesse de la recruter.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Si la responsabilité de l'administration est susceptible d'être retenue en cas de promesse non tenue, il appartient au demandeur de démontrer l'existence d'un engagement ferme et précis qui n'aurait pas été respecté à son égard.
3. Mme B soutient que le centre hospitalier de Soissons s'est engagé à la recruter en qualité de praticien hospitalier pour exercer en chirurgie thoracique à l'occasion d'un courriel daté du 3 octobre 2017 et que cet engagement a été renouvelé par un courrier du 20 février 2019.
4. Il résulte de l'instruction que le courriel du 3 octobre 2017 dont se prévaut
Mme B est ainsi libellé : " Je vous confirme : / () - notre décision de création d'un poste de PH de chirurgien thoracique et notre souhait de vous recruter sur celui-ci. Dans l'attente que vous en remplissiez les conditions, nous vous proposerons un poste de praticien contractuel au 4ème échelon + 10% ", tandis que le courrier du 20 février 2019 rappelle l'engagement pris par Mme B de passer le concours de praticien hospitalier. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier de Soissons n'a émis qu'un souhait de recruter Mme B au poste précité en fin d'année 2017, dont rien ne permet de relever qu'il aurait pu constituer un engagement ferme de recrutement à l'égard de l'intéressée. Par ailleurs, à supposer que ce souhait pût constituer une promesse de l'administration sur laquelle
Mme B pouvait faire fond, il ne résulte pas de l'instruction que celle-ci, qui n'était pas indéfinie dans le temps, était toujours valable à la date du non-renouvellement de son contrat.
5. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier de Soissons a méconnu un engagement ferme et précis à son égard et à en demander réparation.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Soissons, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Soissons et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera au centre hospitalier de Soissons une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Soissons.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 11 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201120
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