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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201144

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201144

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201144
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2022, M. C B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points à la suite des infractions commises les 13 octobre 2018 et 17 décembre 2021 ;

3°) d'enjoindre la reconstitution du capital de points et le bénéfice du stage suivi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- il est recevable dans son action ;

- il doit bénéficier de l'effacement prévu par les dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route ;

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- il peut prétendre au bénéfice du stage de reconstitution suivi par lui.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les décisions portant invalidation du permis de conduire et bénéfice du stage de reconstitution suivi et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Le ministre de l'intérieur fait valoir que :

- la circonstance que le requérant n'ait pas été destinataire des décisions le concernant est sans influence sur la légalité des décisions contestées ;

- l'information requise a été assurée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Sur l'étendue du litige :

1. Le solde positif du capital point tel qu'il ressort du relevé d'information intégral établi à la date du 15 avril 2022 suppose que la décision portant invalidation du permis de conduire a depuis été rapportée. En conséquence, il n'y a plus lieu de se prononcer sur ces conclusions ainsi que celles relatives au bénéfice du stage de reconstitution suivi dont la prise en compte a précisément conduit à ce que la décision portant invalidation du permis de conduire soit rapportée.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

2. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 13 octobre 2018 (condamnation pénale) :

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B que la réalité de l'infraction commise le 13 octobre 2018 est établie par la condamnation pénale, devenue définitive, prononcée le 8 février 2019 par le tribunal de grande instance d'Amiens et devenue définitive le 26 mars 2019. Lors de l'instance pénale ayant donné lieu à ce jugement, M. B n'a eu à exercer aucun choix qui aurait pu le conduire à ne pas reconnaître la matérialité des faits qui lui étaient imputés, celle-ci ayant été acquise après que la condamnation fut devenue définitive, indépendamment de sa volonté. Dès lors, l'absence de délivrance de l'information générale prévue par le premier alinéa de l'article L. 223-3 (précité) du code, à la suite de l'infraction commise le 13 octobre 2018 n'a pas eu pour effet de vicier substantiellement la procédure préalable au retrait de points. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut qu'être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 17 décembre 2021 (AFPVE) :

4. Il résulte des articles R. 49-1 et A. 37-15 à A. 37-18 du code de procédure pénale que, lorsqu'une infraction est verbalisée au moyen d'un appareil électronique sécurisé, sont adressés par voie postale au contrevenant : un formulaire de requête en exonération, une notice de paiement comprenant au bas de son recto une carte de paiement détachable et un avis de contravention comportant notamment les références relatives à l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende, le montant de l'amende encourue et une information suffisante au regard des exigences résultant des dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, reprises à l'article R. 223-3 du même code. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire de M. B que l'infraction commise le 17 décembre 2021 a été verbalisée après interception du véhicule au moyen d'un procès-verbal dématérialisé, et que l'amende forfaitaire correspondante a été acquittée le 21 février 2022. Ainsi, cette amende ayant été acquittée de façon différée, M. B a nécessairement reçu la carte de paiement et l'avis de contravention lui permettant d'effectuer ledit paiement. Dans ces conditions, et eu égard aux mentions dont cet avis de contravention est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors que le requérant ne produit pas l'avis de contravention qu'il a reçu afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant retrait de points consécutive à cette infraction serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne le bénéfice de l'effacement :

6. Aux termes de l'article L 223-6 du code de la route, dans sa rédaction issue de la loi n° 2011-267 du 14 mars 2011 d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points./ Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe./ Toutefois, en cas de commission d'une infraction ayant entraîné le retrait d'un point, ce point est attribué au terme du délai de 6 mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à nouveau retrait de points () ".

7. Il résulte du relevé d'information intégral que M. B a commis, le 13 octobre 2018, une infraction, devenue définitive le 26 mars 2019 par la condamnation du 8 févier 2019 devenue définitive le 26 mars 2019, qui a donné lieu au retrait de huit points et a eu pour effet de faire courir le délai d'effacement de trois ans susceptible de trouver à s'appliquer à compter de cette date. Le délai de trois ans visé par les dispositions précitées ne commençant à courir qu'à compter de la date à laquelle cette infraction est devenue définitive, soit le 26 mars 2019 le requérant ne peut prétendre au bénéfice des dispositions précitées avant le 26 mars 2022 pour soutenir que son solde de points est inexactement déterminé. Par suite, le moyen formulé sur ce terrain doit être rejeté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait de points à la suite des infractions commises le 13 octobre 2018 et 17 décembre 2021 par M. B doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, de celles à fin d'injonction. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 9 mars 2022 portant invalidation du permis de conduire de M. B ainsi que celles relatives au bénéfice du stage de reconstitution suivi.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

G. A La greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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