jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201165 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JU2 |
| Avocat requérant | SELAFA FIDAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 avril 2022 et 15 mars 2023, la SCI Les Coplateaux, représentée par Me Gamain, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 à raison des bâtiments dont elle est propriétaire au 47 bis, rue Alexandre Dumas à Dury (Somme) ;
2°) d'enjoindre que le remboursement des impositions déjà acquittées soit assorti des intérêts moratoires ainsi que le reclassement de son ensemble immobilier ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SCI soutient que l'état de délabrement de ses biens justifie la décharge de la taxe foncière à laquelle elle a été assujettie.
Par mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les conclusions de la requête ne sont pas fondées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La requête de la SCI Les Coplateaux tend à la décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 à raison de ses bâtiments situés 47 bis, rue Alexandre Dumas à Dury (Somme).
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts, d'autre part : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celle qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1415 du code général des impôts, la taxe foncière sur les propriétés bâties est établie d'après les éléments existants au 1er janvier de l'année. Il résulte de ces dispositions qu'un immeuble à usage d'habitation ne peut sortir du champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties que s'il devient impropre à toute utilisation au 1er janvier de l'année d'imposition. Aux termes du I de l'article 1389 du même code : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ".
3. A l'appui de ses conclusions en décharge, la SCI Les Coplateaux fait valoir que l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire, et au titre duquel elle est titulaire d'un permis de démolir depuis 2018, est devenu impropre à toute location du fait de son état dégradé et de son abandon depuis plusieurs années, elle en veut pour preuve le rapport de la Socotec faisant état de fragilités, de détériorations et de risques potentiels. Il résulte toutefois, de l'instruction que le gros œuvre de l'immeuble en cause n'ayant pas été atteint, la présence d'amiante ne constituant pas un indice suffisant pour caractériser la perte de la qualité d'immeuble bâti, la SCI Les Coplateaux ne peut soutenir que son bien était dans un état de délabrement tel qu'il ne permettait plus aucun usage et ne pouvait plus être regardé comme une propriété bâtie, au sens des dispositions de l'article 1380 du code général des impôts précité, la pollution des sols ne devant pas être comprise comme une exigence de démolition du bien en litige.
4. En second lieu, il résulte de l'instruction que la SCI requérante, n'étant pas elle-même l'exploitant des immeubles concernés par l'imposition contestée, ne saurait prétendre, à supposer qu'elle entende se prévaloir du bénéfice de ses dispositions, au dégrèvement prévu par les dispositions de l'article 1389 du code précité.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Les Coplateaux n'est pas fondée à demande la décharge de la taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 ainsi, par voie de conséquence, qu'au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins de décharge de l'imposition litigieuse présentée par la SCI Les Coplateaux n'appellent aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions tendant au remboursement des impositions déjà acquittées présentées par la société requérante doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les conclusions tendant à la restitution des sommes versées et au versement des intérêts moratoires :
7. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal (), les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts dont le taux est celui de l'intérêt légal () ". En vertu du troisième alinéa de l'article R. 208-1 du même livre, ces intérêts moratoires " sont payés d'office en même temps que les sommes remboursées par le comptable chargé du recouvrement des impôts ".
8. A la date à laquelle la contribuable a formulé ces conclusions, il n'existait aucun litige né et actuel sur ce point entre elle-même et le comptable responsable du remboursement. Dès lors, ces conclusions, qui sont prématurées, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Les Coplateaux est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les Coplateaux et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
Le magistrat désigné, La greffière,
Signé Signé
G. Truy F. Joly
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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