jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201207 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GUEVENOUX-GLORIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 avril 2022, Mme B C et M. A C, représentés par Me Guevenoux-Glorian, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux à leur payer la somme de 70 000 euros, en réparation du préjudice qu'ils estiment avoir subi en raison de la prise en charge de Gérard C par cet établissement de santé ;
2°) de mettre à la charge du centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux est engagée à raison de la prise en charge fautive de leur père ;
- le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux devra être condamné à réparer le préjudice subi par Gérard C à hauteur de 50 000 euros au titre de la perte de chance de survie et 10 000 euros en réparation des souffrances endurées ;
- le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux devra être condamné à réparer à hauteur de 5 000 euros chacun leur préjudice moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2023, le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux, représenté par la SCP Lebègue Derbise, demande au tribunal à titre principal de rejeter la requête ou subsidiairement de retenir un taux de perte de chance d'éviter le décès à sa charge et de réduire à de plus justes proportions les demandes indemnitaires.
La requête a été transmise à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Denys pour le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux.
Considérant ce qui suit :
1. Gérard C, alors âgé de 70 ans, a subi une intervention chirurgicale le 17 mai 2019 à la clinique Saint-Christophe-Courlancy afin de procéder à un changement de prothèse de genou gauche. Les suites médicales ont été simples et Gérard C est sorti d'hospitalisation le 20 mai 2019 avec une prescription de douze séances de kinésithérapie.
2. Lors d'une séance de kinésithérapie du 30 mai 2019, Gérard C a ressenti une vive douleur à son genou gauche. En raison d'une impotence fonctionnelle de ce même genou et d'un suintement hématique de la plaie post-opératoire, Gérard C a été hospitalisé à la clinique du 4 au 20 juin 2019 et y a subi une intervention de reprise chirurgicale le 7 juin 2019 qui a mis en évidence une rupture partielle du tendon rotulien gauche. Des prélèvements revenaient positifs aux germes Staphylococcus Aureus méti-sensible et Candida Albicans. Le 20 juin 2019, Gérard C a été transféré au centre de rééducation réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux où il y décédera le 24 juin 2019.
3. Par ordonnance du 20 mars 2020, le juge des référés du tribunal judiciaire de Soissons saisi par les consorts C a ordonné une expertise médicale dont le rapport a été déposé le 29 juillet 2020. Par la présente requête, les consorts C demandent au tribunal la réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige.
5. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.
6. Toutefois, une expertise présentant les mêmes garanties qu'une expertise ordonnée par le juge administratif, quoique réalisée dans un litige présentant un caractère distinct comme ayant été ordonnée par un juge appartenant à l'autre ordre de juridiction, est pleinement opposable aux parties au contradictoire desquelles elle a été rendue dans le cadre du litige ayant le même objet porté devant le juge administratif.
7. En l'espèce, l'expertise judiciaire ayant été réalisée au contradictoire du centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux, représenté par son conseil et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne est opposable aux parties.
En ce qui concerne le principe de responsabilité :
8. Aux termes du I. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
9. Il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise judiciaire que la prise en charge à la clinique Saint-Christophe-Courlancy a été conforme et que secondairement à une séance de kinésithérapie, une rupture du tendon rotulien du patient a généré un hématome qui s'est infecté caractérisant une infection communautaire. Cette infection s'est aggravée et a conduit au décès du patient des suites probables d'un choc septique lors de sa prise en charge au centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux.
10. Il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise judiciaire que les 22 et 23 juin 2019, lors de sa prise en charge au centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux, Gérard C a souffert de deux épisodes hypotensifs qui n'ont pas fait l'objet d'une prise en charge médicale dès lors qu'aucun avis de médecin n'a été sollicité, ce qui n'a pas permis de prendre la mesure de l'aggravation de l'état du patient et de prendre les mesures nécessaires pour éviter le décès survenant le 24 juin 2019.
11. Le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux fait valoir qu'il n'est pas établi que l'infection en cause n'a pas été contractée à la clinique et n'était ainsi pas une infection nosocomiale à la charge de cet établissement privé de santé. Les doutes du centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux qui ne sont étayés par aucune pièce ne permettent pas de remettre en cause les conclusions univoques de l'expertise judiciaire.
12. L'établissement public de santé fait valoir que la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre la faute commise et le décès du patient n'est pas rapportée dès lors que les experts ne se sont déterminés qu'a posteriori sans tenir compte que les constantes médicales du patient s'étaient stabilisées après les épisodes hypotensifs et qu'ainsi sa carence fautive n'a pu avoir aucune incidence. Les conclusions expertales démontrent de manière certaine que Gérard C est décédé d'un probable choc septique dû à une aggravation d'une infection qui n'a pas été décelée malgré les signes constitués par les épisodes hypotensifs précités. Le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux n'est donc pas fondé à soutenir qu'il n'y aucun lien entre son absence de prise en charge médicale et le décès, l'amélioration toute relative de l'état du patient postérieure aux fautes commises étant sans incidence.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les consorts C sont fondés à rechercher la responsabilité pour faute du centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
En ce qui concerne la perte de chance :
14. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
15. Il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise judiciaire que compte tenu de l'âge de Gérard C et de ses antécédents de diabète déséquilibré, le patient était particulièrement vulnérable aux infections et à leur aggravation et qu'ainsi eu égard à la faute commise, une perte de chance d'éviter le décès de 15 % était caractérisée.
16. Compte tenu du manquement commis par l'établissement public de santé et par une exacte appréciation, il y a lieu de retenir une perte de chance d'éviter le décès du patient à cette hauteur.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
S'agissant des préjudices de Gérard C :
Quant à la perte de chance de survie :
17. Les consorts C sollicitent la réparation d'une perte de chance de survie de leur père à hauteur de la somme de 50 000 euros. Toutefois, le préjudice résultant de la perte de chance de survivre ne peut être transmis à ses héritiers dès lors que cette perte n'apparaît qu'au jour du décès de la victime et n'a pu donner naissance à aucun droit entré dans son patrimoine avant ce jour. À supposer que les consorts C aient entendu invoquer un préjudice d'angoisse né de la conscience de son décès à venir, l'existence d'un tel préjudice n'est nullement démontrée. Cette demande ne pourra ainsi qu'être écartée.
Quant aux souffrances endurées :
18. Il résulte de l'instruction que Gérard C, compte tenu de la faute commise, a subi des souffrances endurées qui ont été majorées de 3,5 à 5 sur une échelle de 7. Ce préjudice sera exactement réparé, compte tenu du taux de perte de chance précité, à hauteur de la somme de 1 200 euros.
S'agissant du préjudice moral des consorts C :
19. Il résulte de l'instruction que les consorts C, enfants majeurs du défunt, ont subi un préjudice moral du fait du décès de leur père, qui sera par une juste appréciation, compte tenu du taux de chance précité, réparé à hauteur de la somme de 750 euros chacun.
20. Il résulte de tout ce qui précède que le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux doit être condamné à verser la somme de 1 200 euros aux consorts C en réparation du préjudice subi par Gérard C et la somme de 750 euros chacun en réparation de leur préjudice moral.
Sur les dépens :
21. En l'absence de dépens, les conclusions de la requête tendant à ce qu'ils soient mis à la charge du centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les consorts C et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 er : Le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux est condamné à verser aux consorts C la somme de 1 200 euros en réparation du préjudice subi par Gérard C.
Article 2 : Le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux est condamné à verser aux consorts C la somme de 750 euros chacun en réparation de leur préjudice moral.
Article 3 : Le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux versera une somme globale de 1 500 euros aux consorts C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A C, au centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle Jacques Ficheux et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
M. Menet, premier conseiller,
Mme Parisi, conseillère.
Rendu public par mise à disposition le 22 février 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201207
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026