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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201342

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201342

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201342
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantWALTER & GARANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2022, M. A B et Mme D C, représentés par Me Berthelot, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des taxes foncières sur les propriétés bâties auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2020 et 2021 dans les rôles de la commune de Saint Quentin (Aisne) à raison des bâtiments 65-67, rue de Paris ;

2°) d'enjoindre le réexamen de leur situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

S'agissant d'un immeuble totalement délabré, dépourvu de toute installation électrique, n'ayant donné lieu à aucuns travaux depuis son acquisition en 2014 et sa cession, à perte, en 2021, M. B et Mme C soutiennent que ce bien, impropre à tout usage et en état de ruine, ne saurait être soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties. Ils prétendent au maintien du bénéfice de l'exonération jusqu'alors accordée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet des conclusions de la requête.

Elle soutient que les conclusions de la requête ne sont pas fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les conclusions de M. Beaujard.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B et Mme C sollicitent la décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle ils ont été assujettis au titre des années 2020 et 2021 relative aux locaux sis 65-67, rue de Paris à Saint Quentin (Aisne).

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties :

2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Selon le premier alinéa de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. / () ". Enfin, l'article 1415 du même code dispose que : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ".

3. Ne sortent du champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties que les locaux dont l'état de ruine exclut toute occupation de quelque nature que ce soit,

c'est-à-dire interdisant toute reconversion dans un autre usage que celui prévu initialement.

4. Si les requérants soutiennent que l'immeuble en litige est inutilisable depuis 2014, date à laquelle les locaux concernés par les impositions contestées ont été acquis par eux, du fait de son état de délabrement, en l'absence de tous travaux et d'absence de toute installation électrique, il ne résulte pour autant pas de l'instruction, au vu notamment des photos produites, que l'état d'abandon dans lequel il a été laissé aurait eu pour effet de détériorer irrémédiablement sa structure et de le rendre subséquemment impropre à toute utilisation. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il ne serait plus dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties doit être écarté.

En ce qui concerne l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties prévue par l'article 1389 du code général des impôts :

5. Aux termes du I de l'article 1389 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ".

6. Ces dispositions subordonnent le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties à la condition, notamment, que la vacance de l'immeuble normalement destiné à la location ou l'inexploitation de l'immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel soit indépendante de la volonté du propriétaire. Le caractère involontaire de la vacance s'apprécie eu égard aux circonstances dans lesquelles cette vacance est intervenue et aux démarches accomplies par le propriétaire, selon les possibilités qui lui étaient offertes, en fait comme en droit, pour la prévenir ou y mettre fin.

7. Si M. B et Mme C peuvent être regardés comme soutenant que l'immeuble en litige est inutilisable depuis 2014, il ne résulte pour autant pas de l'instruction, que l'état d'abandon dans lequel il a été laissé aurait eu pour effet de détériorer irrémédiablement sa structure et de le rendre subséquemment impropre à toute utilisation et pour le moins qu'ils aient pris toutes les dispositions nécessaires pour le mettre sur le marché locatif. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il ne serait plus dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties doit être écarté.

En ce qui concerne le bénéfice de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties précédemment accordée :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". L'article 1382 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les immeubles nationaux, les immeubles régionaux, les immeubles départementaux pour les taxes perçues par les communes et par le département auquel ils appartiennent et les immeubles communaux pour les taxes perçues par les départements et par la commune à laquelle ils appartiennent, lorsqu'ils sont affectés à un service public ou d'utilité générale et non productifs de revenus, notamment : / Les palais, châteaux et bâtiments nationaux () ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ".

9. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de l'exonération permanente de la taxe foncière sur les propriétés bâties prévue au 1° de l'article 1382 du code général des impôts, est soumis à la condition que les immeubles appartiennent à l'une des catégories de personnes publiques qui y sont énumérées, qu'ils soient affectés à l'exécution d'un service public ou d'utilité générale et, enfin, qu'ils ne soient pas productifs de revenus, fussent-ils symboliques, pour leur propriétaire. Si M. B et Mme C peuvent être regardés comme revendiquant le bénéfice de l'exonération précédemment accordée au conseil départemental de l'Aisne, il est constant que la cession opérée par lui, dès 2010, à un tiers ne relevant pas des catégories précisément listées, l'avait sorti du champ d'application des dispositions de l'article 1382-1°.

10. En second lieu, il résulte de l'article 1415 du code général des impôts que : " La taxe foncière sur les propriétés bâties () sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Aux termes du I de l'article 1517 du même code : " Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties. Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement quand ils entraînent une modification de plus d'un dixième de la valeur locative () ". Aux termes de l'article 1416 du même code : " Lorsqu'il n'y a pas lieu à l'établissement de rôles particuliers, les contribuables omis ou insuffisamment imposés au rôle primitif sont inscrits dans un rôle supplémentaire qui peut être mis en recouvrement au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle de l'imposition. ". Il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent, que la sortie, dès 2010, du dispositif d'exonération trouvant jusqu'alors à s'appliquer du fait de la qualité du propriétaire du bien et la destination de celui-ci, ne faisait pas obstacle à ce que l'administration répare les erreurs ou omissions commises par elle, dans la limite toutefois de son droit à répétition. En l'occurrence, il résulte de l'instruction que les impositions de taxes foncières contestées ont été mises en recouvrement le 31 octobre 2021, soit dans la limite de ce droit.

11. Il résulte de ce qui précède, sans que les requérants ne puissent utilement tirer argument du fait qu'ils ont revendu leur bien à un prix moindre que son prix d'achat, que les conclusions aux fins de décharge des impositions contestées ne peuvent qu'être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et

Mme D C et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

G.TruyLa greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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