jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201429 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LE FAOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 avril et 25 novembre 2022, la SAS La maison du web, représentée par Me Le Faou, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 ;
2°) de prononcer le rétablissement des déficits reportables qu'elle avait initialement déclarés au titre des exercices clos en 2016, 2017, 2018 et 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- les rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée sont insuffisamment motivées ;
- les rectifications concernant une comptabilisation de 2 801 euros au compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible en 2018 ne sont pas motivées ;
- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée sont injustifiés dès lors que le service a pris en compte des opérations non soumises à la taxe sur la valeur ajoutée d'une part et que le service n'apporte pas la preuve du caractère insuffisant de ses déclarations d'autre part ;
- elle a justifié, par la production de factures, de la déductibilité de charges indûment écartées par le service ;
- le service ne démontre pas que son crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 18 917 euros au titre de l'année 2019 a été reporté au titre de l'année 2020 et ne pouvait être imputé sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige ;
- les rehaussements au titre d'un profit sur le trésor sont par voie de conséquence injustifiés ;
- elle justifie de la comptabilisation régulière des amortissements et de la déductibilité de ses suramortissements écartés par le service ;
- l'inscription des sommes, réintégrées par le service, au crédit du compte courant d'associé de son président, résulte d'une erreur comptable qui ne pouvaient ainsi être réintégrées à ses bases imposables.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 juillet 2022 et 5 janvier 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements prononcés et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Gubler, substituant Me Le Faou, pour la SAS La maison du web.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS La maison du web qui exerce une activité de commercialisation de sites Internet depuis le 1er avril 2015, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale d'une part l'a assujettie, selon la procédure de rectification contradictoire à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019 et d'autre part lui a notifié des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2017, 2018 et 2019, selon la procédure de rectification contradictoire s'agissant de l'exercice clos en 2017 et selon la procédure de taxation d'office s'agissant des exercices clos en 2018 et 2019. Ces rectifications ont entraîné une diminution du déficit reportable de la société au titre des exercices clos en 2017, 2018 et 2019. Par la présente requête, la SAS La maison du web demande au tribunal de la décharger de ces impositions supplémentaires et des pénalités correspondantes, ainsi que le rétablissement de ses déficits reportables.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision en date du 4 janvier 2023, postérieure à l'enregistrement de la requête, la directrice départementale des finances publiques de la Somme a prononcé le dégrèvement de rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels la SAS La maison du web avait été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, ainsi que des pénalités correspondantes à hauteur de la somme de 2 705 euros. Ainsi, les conclusions de la requête tendant à la réduction de cette imposition sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 de ce livre, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 25 février 2021 adressée à la SAS La maison du web fait état de la désignation des impôts concernés, des périodes d'imposition et des bases d'imposition, détaille les conséquences financières et énonce les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées en indiquant notamment que des insuffisances déclaratives ont été constatées au titre de la taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de la période vérifiée et qu'une comptabilisation de taxe sur la valeur ajoutée déductible à hauteur de 2 801 euros avait été réalisée sans aucun justificatif. Ainsi, par la proposition de rectification du 25 février 2021 qui est motivée au sens des dispositions précitées, la société requérante a été informée des motifs de droit et de fait fondant les rectifications proposées de manière suffisante pour lui permettre de présenter utilement ses observations. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance et du défaut de motivation doivent être écartés.
Sur le bien-fondé du surplus des impositions en litige :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure ". Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
6. Il résulte de l'instruction que la société requérante n'a pas déposé de déclaration de résultat pour les exercices clos en 2018 et 2019 dans les trente jours de la notification de la mise en demeure qui lui a été adressé le 7 septembre 2020 et retourné au service avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dès lors, l'administration fiscale pouvait, en application des articles L. 66 et L. 68 du livre des procédures fiscales, la taxer d'office à l'impôt sur les sociétés et la charge de la preuve de l'exagération de l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2018 et 2019 pèse sur la société requérante.
7. En second lieu, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ". À défaut d'avoir présenté des observations à la suite de la proposition de rectification du 25 février 2021, régulièrement notifiée à la SAS La maison du web, la charge de la preuve de l'exagération des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et du supplément d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017 pèse sur la société requérante.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée :
8. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Aux termes du 2 de l'article 269 du même code : " La taxe est exigible : / () Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits ".
9. Lorsque le contribuable n'est pas en situation d'imposition d'office et qu'il peut se prévaloir d'une comptabilité régulière, sincère et probante, la charge de la preuve du caractère insuffisant de ses déclarations pèse normalement sur l'administration, sauf lorsque l'intéressé a donné son accord à la rectification ou s'est abstenu d'y répondre dans le délai légal.
10. En premier lieu, le service a procédé à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée à hauteur de 1 495 euros au titre de l'exercice clos en 2017, de 774 euros au titre de l'exercice clos en 2018 et de 6 982 euros au titre de l'exercice clos en 2019 après avoir rapproché le chiffre d'affaires déclaré à l'impôt sur les sociétés des déclarations CA3 de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période vérifiée. La société requérante qui se borne à soutenir que ce faisant, le service a pu imposer des opérations non soumises à la taxe sur la valeur ajoutée n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère exagéré des impositions en litige.
11. En second lieu, le service a procédé à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée à hauteur de 3 555 euros après avoir fait usage de son droit de communication auprès de la banque dans les livres desquels la société requérante avait un compte, permettant de caractériser des encaissements à hauteur de 21 332 euros au titre de l'exercice clos en 2017. Le service, après des demandes d'éclaircissements restées vaines auprès de la société requérante, a regardé ces encaissements comme des paiements de clients soumis à la taxe sur la valeur ajoutée. La SAS La maison du web se borne à soutenir que par cette méthode, le service qui n'a pas contesté le caractère probant et sincère de sa comptabilité, n'apporte pas la preuve de l'insuffisance déclarative alléguée. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 7 du présent jugement que la charge de la preuve du caractère infondé des impositions en litige pèse non sur le service mais sur la société requérante. La SAS La maison du web qui n'apporte aucun élément permettant de caractériser l'exagération des impositions en litige n'est pas fondée à en demander la décharge.
S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible :
12. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () ".
13. Il résulte de l'instruction que le service, à défaut de pièces justificatives, remet en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à cinq charges comptabilisées en 2018 et une charge comptabilisée en 2019.
14. La société requérante n'a fourni aucun justificatif concernant deux des cinq charges comptabilisées au titre de l'exercice clos en 2018 restant en litige et a produit s'agissant des autres charges comptabilisées, des factures qui ne correspondent pas aux opérations comptabilisées.
15. La SAS La maison du web a produit une facture concernant la charge comptabilisée au titre de l'exercice clos en 2019 restant en litige qui ne correspond pas à l'opération comptabilisée. Il s'ensuit que la société requérante n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère exagéré de l'imposition en litige.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée précités doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
S'agissant du profit sur le trésor :
17. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que c'est à bon droit que l'administration fiscale a mis à la charge de la SAS La maison du web les rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que le service ne pouvait constater l'existence, à hauteur du montant de ces rappels, d'un profit sur le trésor et réintégrer ce dernier à son résultat imposable.
S'agissant des amortissements :
18. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 2° () les amortissements réellement effectués par l'entreprise ". En vertu de ces dispositions, seuls peuvent être regardés comme réellement effectués au titre d'un exercice les amortissements qui ont été effectivement portés dans les écritures comptables de l'entreprise avant l'expiration du délai de déclaration des résultats de cet exercice.
19. Il résulte de l'instruction que le service a réintégré aux bases imposables de la société des amortissements après avoir relevé que la SAS La maison du web avait déclaré tardivement ses résultats au titre des exercices clos en litige. La société requérante qui produit un " récapitulatif comptable des amortissements " édité le 19 juillet 2021, postérieurement au demeurant aux opérations de vérification, n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce que les amortissements en litige ont bien été comptabilisés avant l'expiration du délai de déclaration des résultats des exercices en litige.
S'agissant des suramortissements :
20. Aux termes de l'article 39 decies du code général des impôts : " I.-Les entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés ou à l'impôt sur le revenu selon un régime réel d'imposition peuvent déduire de leur résultat imposable une somme égale à 40 % de la valeur d'origine des biens hors frais financiers, affectés à leur activité et qu'elles acquièrent ou fabriquent à compter du 15 avril 2015 et jusqu'au 14 avril 2017 lorsque ces biens peuvent faire l'objet d'un amortissement selon le système prévu à l'article 39 A et qu'ils relèvent de l'une des catégories suivantes : / 1° Matériels et outillages utilisés pour des opérations industrielles de fabrication ou de transformation ; / 2° Matériels de manutention ; / 3° Installations destinées à l'épuration des eaux et à l'assainissement de l'atmosphère ; / 4° Installations productrices de vapeur, de chaleur ou d'énergie à l'exception des installations utilisées dans le cadre d'une activité de production d'énergie électrique bénéficiant de l'application d'un tarif réglementé d'achat de la production ; / 5° Matériels et outillages utilisés à des opérations de recherche scientifique ou technique ; / 6° Éléments de structure, matériels et outillages utilisés à des opérations de transport par câbles et notamment au moyen de remontées mécaniques au sens de l'article L. 342-7 du code du tourisme et ce quelles que soient les modalités d'amortissement desdits éléments de structure, matériels et outillages. La déduction visée par le premier paragraphe ci-dessus s'applique également aux biens acquis ou fabriqués jusqu'au 14 avril 2017. Lorsque la remontée mécanique est acquise ou fabriquée dans le cadre d'un contrat d'affermage, la déduction est pratiquée par le fermier ; / 7° Les installations, les équipements, les lignes et câblages des réseaux de communications électroniques en fibre optique ne faisant pas l'objet d'une aide versée par une personne publique. Ces biens peuvent bénéficier de la déduction quelles que soient leurs modalités d'amortissement. En cas de cession de droits d'usage portant sur les biens mentionnés à la première phrase du présent 7°, le montant des investissements éligibles est égal à la différence entre le montant total des investissements effectués, hors frais financiers, et le montant ouvrant droit à la déduction des droits d'usage cédés à une entreprise tierce. Par dérogation au premier alinéa du présent I, les entreprises titulaires d'un droit d'usage portant sur ces biens peuvent déduire une somme égale à 40 % du montant facturé au titre de ce droit d'usage pour sa fraction afférente au prix d'acquisition ou de fabrication des biens, y compris par dérogation à la première phrase du présent 7°, lorsque ces biens font partie de réseaux ayant fait l'objet d'une aide versée par une personne publique. Par dérogation au même premier alinéa, la déduction s'applique aux biens mentionnés au présent 7° qui sont acquis ou fabriqués par l'entreprise à compter du 1er janvier 2016 et jusqu'au 14 avril 2017 et aux droits d'usage des biens acquis ou fabriqués au cours de la même période qui font l'objet d'une cession avant le 15 avril 2017 ; / 8° Les logiciels qui contribuent à des opérations industrielles de fabrication et de transformation. Par dérogation au premier alinéa du présent I, la déduction s'applique aux biens mentionnés au présent 8°, quelles que soient leurs modalités d'amortissement ; / 9° Les appareils informatiques prévus pour une utilisation au sein d'une baie informatique acquis ou fabriqués par l'entreprise et les machines destinées au calcul intensif acquises de façon intégrée, à compter du 12 avril 2016 et jusqu'au 14 avril 2017. Par dérogation au premier alinéa du présent I, la déduction s'applique aux biens mentionnés au présent 9°, quelles que soient leurs modalités d'amortissement ".
21. Il résulte de l'instruction que la société requérante a déduit extra-comptablement des dépenses d'investissement sur le fondement des dispositions de l'article 39 decies du code général des impôts. La SAS La maison du web qui ne justifie pas de la nature des investissements, la date de réalisation de ceux-ci ou leur montant, n'apporte pas la preuve qui lui incombe de leur déductibilité du bénéfice imposable.
S'agissant des charges injustifiées :
22. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".
23. Pour contester la réintégration par le service à ses bases imposables de charges comptabilisées au titre des exercices clos en litige, la société requérante se borne à soutenir que si les factures produites ne correspondaient pas aux opérations comptabilisées, elles justifiaient de charges d'un montant supérieur à ce qui était écarté par le service, de sorte que la déductibilité des charges comptabilisées ne saurait être remise en cause. Les pièces ainsi produites par la société requérante ne permettent pas de la regarder comme apportant la preuve qui lui incombe de la déductibilité des charges comptabilisées remises en cause par le service. La SAS La maison du web n'est donc pas fondée à soutenir que le service ne pouvait réintégrer à ses bases imposables ces charges.
S'agissant des crédits figurant au compte courant d'associé du président de la société requérante :
24. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ".
25. Sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 39 du code général des impôts précitées, le service a regardé comme un passif injustifié des sommes créditées au compte courant d'associé du président de la société requérante au titre des exercices clos en litige. La SAS La maison du web se borne à soutenir que ces sommes ont été inscrites au crédit du compte courant d'associé de son président par suite d'une erreur comptable. Par suite, dès lors que la société requérante ne conteste pas le caractère injustifié de ce passif comptabilisé, le service était fondé à réintégrer les sommes ainsi créditées au compte courant d'associé du président de la société requérante comme un passif injustifié et à les réintégrer au bénéfice imposable des exercices en litige.
26. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander le rétablissement des déficits reportables qu'elle avait initialement déclarés au titre des exercices clos en litige.
Sur la demande de compensation :
27. Aux termes de l'article L. 205 du livre des procédures fiscales : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition ".
28. La SAS La maison du web demande l'imputation sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée précitées d'un solde débiteur de taxe sur la valeur ajoutée déductible à hauteur de 18 917 euros au titre de l'année 2019. La société requérante qui ne justifie aucunement d'un droit à restitution en la matière n'apporte pas la preuve qui lui incombe d'une surtaxe commise à son préjudice ou d'une double imposition par suite des rectifications précitées. Cette demande doit ainsi être rejetée.
Sur les dépens :
29. En l'absence de dépens, les conclusions de la requête tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'État ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
30. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SAS La maison du web doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge de la requête de la SAS La maison du web à concurrence du dégrèvement partiel accordé en cours d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS La maison du web est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS La maison du web et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 11 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201429
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026