jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201491 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BONTE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 4 mai 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la SCI d'Auneuil.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Lille le 21 avril 2022, et un mémoire, enregistré au greffe du tribunal, le 23 mai 2023, la SCI d'Auneuil, représentée par
Me Bonte, demande au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'alors que les prestations de la société SABEL permettent l'amélioration de son patrimoine immobilier, le caractère excessif du prix acquitté par elle n'est pas établi par l'administration qui, en outre, ne justifie pas du taux de marge de 10 % qu'elle a appliqué.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 novembre 2022 et 16 juin 2023, l'administratrice générale de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SCI d'Auneuil ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 juin 2023
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Bonte, représentant le SCI d'Auneuil.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI d'Auneuil, qui a pour objet social l'achat, la construction et la gestion de biens immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2017, 2018 et 2019 après que l'administration a réintégré à son bénéfice imposable une partie des charges déduites par elle au titre des prestations facturées par sa société mère, la société SABEL, au motif que la rémunération ainsi consentie était excessive au regard des prestations fournies.
2. A la suite de la réclamation préalable de la SCI d'Auneuil, l'administration a procédé à un dégrèvement partiel de ces impositions supplémentaires en admettant, au-delà des montants refacturés par la société SABEL, un taux de marge au bénéfice de celle-ci de 10 %, et maintenu pour le surplus l'imposition mise en recouvrement. La SCI d'Auneuil en demande la décharge.
3. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
4. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.
5. Enfin, en vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal.
6. Il résulte de l'instruction que, suivant une convention conclue le 5 janvier 2006 entre la SCI d'Auneuil et la société SABEL, il a été convenu entre les parties qu'" à la fin de chaque année, SABEL refacture à la SCI d'Auneuil une participation à ses frais de fonctionnement qui permet de développer l'ensemble des sociétés. / En effet, ce développement entraine un accroissement de la valorisation patrimoniale de la SCI d'Auneuil ". Sur cette base contractuelle, la société SABEL a émis en 2015, 2016 et 2017 une facture dont l'objet était " frais de participation N-1 accroissement de la valorisation patrimoniale de la SCI d'Auneuil par le développement de l'activité économique de SABEL SAS, sociétés et filiales " d'un montant de 444 000 euros en 2015, 588 000 euros en 2016 et 480 000 euros en 2017.
7. Interrogée au cours des opérations de vérification sur la nature des prestations ainsi facturées et les modalités de détermination de leur contrepartie, la SCI d'Auneuil a exposé que la société SABEL assure l'entretien et la valorisation des biens immobiliers dont elle est propriétaire et que les factures annuelles correspondent aux frais supportés par elle à ce titre auprès de prestataires tiers, aux dépenses salariales exposées pour le suivi de ces prestations, majorées d'une marge correspondant, selon la SCI d'Auneuil, à 30 et 35 % des loyers perçus au titre des immeubles concernés, selon les années en question.
8. L'administration après avoir admis l'intérêt pour la SCI d'Auneuil de la prestation d'intermédiaire effectuée par la société SABEL pour la réalisation des travaux d'entretien et d'amélioration des biens immobiliers de la SCI requérante ainsi que la réalité de cette prestation, a toutefois estimé que le prix facturé était excessif.
9. Pour ce faire, l'administration se prévaut de ce que l'ensemble des travaux et autres prestations d'entretien ont été effectués par des entreprises tierces et non par la société SABEL elle-même, celle-ci s'étant bornée à servir d'intermédiaire. L'administration fait, par suite, valoir que les frais de gestion en résultant pour la société filiale, pour une prestation à faible valeur ajoutée, sont généralement admis entre 8 à 12 % et même à hauteur de 5 % selon les statistiques de l'OCDE. L'administration a en conséquence estimé qu'une marge de 10 % serait appliquée. La SCI d'Auneuil n'apporte aucun élément de nature à établir que la société SABEL aurait fourni d'autres prestations que celle d'intermédiaire en se bornant à faire valoir que son action participait à la mise en valeur des biens immobiliers en cause. Elle se prévaut des taux de marge moyens des entreprises en France, mais l'absence de précision sur la nature réelle de son intervention ne permet pas de relier les faits de l'espèce aux exemples généraux ainsi proposés et de contredire le caractère excessif de la rémunération des prestations réalisées par la société SABEL. Le taux de marge de 10 % appliqué par l'administration, correspond à la fourchette haute des taux de rémunération des " managements fees " (frais de gestion) habituellement pratiqués dans l'OCDE pour des prestations de faible valeur et doit être retenu en l'absence de toute précision sur la nature exacte de ces dernières en l'espèce. Par suite, la SCI d'Auneuil n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a partiellement réintégré à son bénéfice imposable les charges déduites au titre des prestations facturées par la société SABEL en 2017, 2018 et 2019.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par la SCI d'Auneuil doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI d'Auneuil est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI d'Auneuil et à l'administratrice générale de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026