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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201615

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201615

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201615
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantSELURL GARCIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mai et 12 juillet 2022, Mme C B, représentée par Me Garcia demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informée de la perte de validité de son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points ayant conduit à cette situation à la suite des infractions commises ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer le capital de points affecté à son titre de conduite, ainsi que ledit titre dans le délai d'un mois de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- elle est recevable dans son action ;

- elle n'a pas été destinataire de l'ensemble des décisions la concernant ;

- l'ensemble des infractions ne lui est pas imputable ;

- elle n'a pas reçu l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route alors que certaines des amendes payées peuvent l'avoir été dans le cadre d'un recouvrement forcé ;

- elle peut prétendre au bénéfice de l'effacement s'agissant des infractions commises les 20 mai 2017, 21 septembre 2019 et 26 juillet 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le ministre de l'intérieur considère que les conclusions de la requête sont sans objet en ce qui concerne les infractions commises les 20 mai 2017 et 21 septembre 2019 ayant donné lieu à restitution du point retiré et conclut au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Le ministre de l'intérieur soutient que l'information requise lors de la constatation des infractions donnant lieu à un retrait de points a bien été assurée et que la réalité des infractions imputées est établie. Il indique que le défaut de notifications des décisions successives de retrait de points demeure sans influence sur la légalité de la décision portant invalidation du permis de conduire dans une situation où le juge administratif n'a pas compétence à connaitre de la question de l'imputabilité d'une infraction. Il soutient que la requérante ne peut prétendre au bénéfice de l'effacement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Me Garcia.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'étendue du litige :

1. Il résulte des indications du relevé d'information intégral établi à la date du 15 juin 2022 que les infractions commises les 20 mai 2017 et 21 septembre 2019 ont donné lieu à restitution des points retirés les 20 janvier 2018 et 10 avril 2020, soit avant même l'introduction de la requête. Les conclusions afférentes sont donc sans objet.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne le défaut de notification des décisions de retrait de points :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. A supposer que Mme B puisse être regardée comme soutenant que l'ensemble des décisions de retrait de points suite aux infractions commises et mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des décisions de retrait de points à la suite des infractions commises est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne l'imputabilité des infractions commises :

4. Aux termes de l'article L.223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ".

5. Mme B fait valoir, sans autres précisions, que les faits reprochés concernant l'ensemble des infractions réputées commises par elle ne lui sont imputables. Néanmoins, les circonstances de fait ayant conduit au retrait contesté des points, ne sont critiquables que devant le seul juge pénal en vertu des articles 529-2, 530 et 530-1 du code de procédure pénale. Par suite, ce moyen est inopérant devant le juge administratif et doit dès lors être écarté dans une situation où les indications du relevé d'information intégral prévalent à défaut, pour le requérant, de justifier avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entrainé l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

6. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information sans qu'il ne puisse être toutefois tiré argument que les décisions contestées ne satisferaient pas à l'exigence de motivation dans une situation où le ministre est en situation de compétence liée.

S'agissant de l'infraction commise le 12 février 2019 (Amende F PV électronique) :

7. Il résulte des articles R. 49-1 et A. 37-15 à A. 37-18 du code de procédure pénale que, lorsqu'une infraction est verbalisée au moyen d'un appareil électronique sécurisé, sont adressés par voie postale au contrevenant : un formulaire de requête en exonération, une notice de paiement comprenant au bas de son recto une carte de paiement détachable et un avis de contravention comportant notamment les références relatives à l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende, le montant de l'amende encourue et une information suffisante au regard des exigences résultant des dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, reprises à l'article R. 223-3 du même code. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire de Mme B que l'infraction commise le 12 février 2019 a été verbalisée après interception du véhicule au moyen d'un procès-verbal dématérialisé, et que l'amende forfaitaire correspondante a été acquittée le 17 avril 2019. Ainsi, cette amende ayant été acquittée de façon différée, Mme B a nécessairement reçu la carte de paiement et l'avis de contravention lui permettant d'effectuer ledit paiement. Dans ces conditions, et eu égard aux mentions dont cet avis de contravention est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors que la requérante ne produit pas l'avis de contravention qu'elle a reçu afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant retrait de points consécutive à cette infraction serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

S'agissant des infractions commises le 14 mars 2017,27 janvier 2018, 10 août 2019 et 26 juillet 2021(AF CNT) :

9. En ce qui concerne ces infractions commises aux dates indiquées, il résulte de l'instruction, que Mme B a payé l'amende forfaitaire relative à ces infractions constatées par radar automatique, ainsi que le prouvent les mentions portées au relevé d'information intégral la concernant. Il découle de cette seule constatation que la requérante a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là, que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressée n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci serait inexact ou incomplet, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. La requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la décision de retrait de points contestée consécutive aux infractions susvisées, aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions dirigées contre ces infractions ayant donné lieu à restitution des points retirés.

S'agissant de l'infraction commise le 22 mai 2020 (AFM CNT-CSA) :

10. Il ressort des indications de relevé intégral d'information en date du 15 juin 2022 que l'infraction commise le 22 mai 2020 a été constatée par radar automatique et suivie d'un titre exécutoire en vue du recouvrement d'une amende forfaitaire majorée émis à son encontre, sans qu'il soit établi que la requérante s'en soit spontanément acquitté. Elle établit, au contraire, que cette amende a été recouvrée dans le cadre d'une procédure de recouvrement forcé. Toutefois, dès lors qu'il est constant que la requérante a déjà eu connaissance de l'ensemble de ces éléments à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes et notamment celles visées au paragraphe précédent, elle n'est pas fondée, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à ce qui vient d'être dit, à soutenir qu'elle n'a pas bénéficié d'une information globale sur l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, l'omission de l'information, s'agissant de ce retrait de points contesté, n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de la priver de la garantie instituée par la loi pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable, s'agissant de cette infraction, doit être écarté.

En ce qui concerne le bénéfice de l'effacement :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route : " () en cas de commission d'une infraction ayant entrainé le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points (). ".

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a commis un certain nombre d'infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des points de son permis de conduire, dont le solde était nul lorsqu'est intervenue la décision du 22 mars 2022 constatant sa perte de validité seulement présentée le 14 avril 2022 selon ses propres déclarations et retirée le 15 avril 2022 selon les mentions reprises au relevé d'information intégral la concernant. Toutefois, n'ayant pas reçu présentation de cette décision avant le 14 avril 2022 et n'ayant pas commis d'infraction ayant entraîné retrait de points pendant la période de 6 mois, à supposer même que ce délai maximum soit opposable, à compter du 4 octobre 2021, date à laquelle elle s'est acquittée de l'amende forfaitaire afférente à l'infraction commise le 26 juillet 2021, elle s'est trouvée remplir, avant la date de présentation régulière de la décision portant invalidation de son permis de conduire, les conditions requises pour bénéficier des dispositions précitées. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision 48 SI du

22 mars 2022 doit être annulée du fait de l'effacement de la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction commise le 22 mai 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'exécution de celui-ci implique nécessairement, la restitution du titre de conduite de la requérante affecté d'un capital de 1 point sous réserve de l'existence d'autres infractions entrainant retrait de points.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : la décision portant retrait de point à la suite de l'infraction commise le 22 mai 2020 ainsi que la décision portant invalidation du permis de conduire de Mme B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à Mme B le point lié à l'infraction précédemment visée, ainsi que le bénéfice de son permis de conduire sous réserve d'autres infractions entrainant retrait de points.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022

Le magistrat désigné,

signé

G.ALa greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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