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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201653

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201653

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201653
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL VAUBAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 mai 2022, la SAS Formula II Participations demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) la restitution d'un solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2014 d'un montant de 164 359 euros, subsidiairement, la restitution d'un solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2018 d'un montant de 184 060 euros';

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'article 244 quater C du code général des impôts n'enferme dans aucun délai la demande de restitution d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi ;

- une demande de restitution d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi ne peut s'assimiler à une réclamation ;

- sa demande de restitution a été faite dans le prétendu délai de réclamation, dès lors qu'une demande de remboursement du solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2014 avait été faite le 30 juillet 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les demandes de restitution d'un solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre des années 2014 et 2018 sont irrecevables comme tardive pour la première et dépourvue d'une réclamation préalable pour la seconde.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales';

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Formula II Participations a sollicité, le 30 juillet 2021, le remboursement d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2014, d'un montant de 164 359 euros. Par une décision du 11 mars 2022, l'administration fiscale a rejeté cette demande au motif que celle-ci était tardive. Par la présente requête, la SAS Formula II Participations demande le remboursement de la somme rejetée par l'administration ou subsidiairement le remboursement d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2018, d'un montant de 184 060 euros.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la demande de restitution du solde d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2014 :

2. Aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 decies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. () / VI. - Un décret fixe les conditions d'application du présent article, notamment les obligations déclaratives incombant aux entreprises et aux organismes chargés du recouvrement des cotisations de sécurité sociale ". Aux termes de l'article 199 ter C du même code dont les dispositions sont rendues applicables aux sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés en application de l'article 220 C de ce code : " I.- Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été versées. L'excédent de crédit d'impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l'État d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée, puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période () ". Aux termes de l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts : " Pour l'application des dispositions des articles 199 ter C, 220 C et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises souscrivent une déclaration spéciale conforme au modèle établi par l'administration, qu'elles déposent auprès du service des impôts dont elles dépendent. / Les personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés déposent cette déclaration spéciale dans les mêmes délais que le relevé de solde mentionné à l'article 360 ". Aux termes de l'article 360 de cette annexe : " La liquidation de l'impôt sur les sociétés mentionnée au 2 de l'article 1668 du code général des impôts est réalisée par le redevable et détaillée sur un relevé de solde dont le modèle est fourni par l'administration, daté et signé de la partie versante et indiquant la nature du versement, son échéance, les éléments de liquidation, ainsi que la désignation et l'adresse du principal établissement de l'entreprise. / () / Les demandes de restitution de créances remboursables sont formulées sur ce relevé ". Aux termes de l'article 360 bis de cette annexe : " Le dépôt du relevé de solde est effectué au plus tard le 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l'exercice ou, si aucun exercice n'est clos en cours d'année, le 15 mai de l'année suivante ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / () c) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation ".

4. La demande de remboursement d'une créance de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi présentée sur le fondement des dispositions précitées constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales. La décision par laquelle l'administration fiscale rejette tout ou partie d'une telle réclamation n'a pas le caractère d'une procédure de reprise ou de redressement.

5. Si les dispositions de l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts prévoient que les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat, les dispositions qui prévoient que le bénéfice d'un avantage fiscal est demandé par voie déclarative n'ont, en principe, pas pour effet d'interdire au contribuable de régulariser sa situation dans le délai de réclamation prévu à l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, sauf si la loi a prévu que l'absence de demande dans le délai de déclaration entraîne la déchéance du droit à cet avantage, ou lorsqu'elle offre au contribuable une option entre différentes modalités d'imposition dont la mise en œuvre impose nécessairement qu'elle soit exercée dans un délai déterminé.

6. Il résulte des dispositions précitées que le délai de réclamation relatif au crédit d'impôt en litige, qui porte sur le droit au remboursement de la fraction non imputée de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, court à compter de la date limite de dépôt de relevé de solde d'impôt sur les sociétés, auquel doit être jointe la déclaration spéciale relative à ce crédit d'impôt. Cette date limite qui constitue, au sens du c) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, la réalisation de l'événement qui motive la réclamation, est fixée, par l'article 360 bis de l'annexe III au code général des impôts, au plus tard au 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l'exercice ou, si aucun exercice n'est clos en cours d'année, au 15 mai de l'année suivante.

7. La SAS Formula II Participations a présenté le 30 juillet 2021 une demande de remboursement du solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2014. Or, le délai de réclamation mentionné au c) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales courait, pour une demande de remboursement de solde d'un crédit d'impôt se rapportant à l'année 2014, à compter du 15 avril 2018, date de réalisation de l'événement définie au point précédent, compte tenu de la clôture le 31 décembre 2017, de l'exercice à l'issue duquel la créance restituable a été constatée et expirait le 31 décembre 2020. Par suite, le service était fondé à rejeter la demande de remboursement présentée par la société requérante comme tardive.

En ce qui concerne la demande de restitution du solde d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2018 :

8. Aux termes de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur ne peut ni contester devant le tribunal administratif des impôts autres que ceux qu'il a contestés dans sa réclamation préalable, ni solliciter une décharge ou une réduction d'impôt d'un montant supérieur à celui qui a été sollicité par cette réclamation.

9. Il résulte de l'instruction que la société requérante n'a pas présenté au service une réclamation au titre de cette demande de restitution préalablement à la saisine de la présente juridiction. La fin de non-recevoir opposée en ce sens par l'administration doit ainsi être accueillie.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SAS Formula II Participations doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 er : La requête de la SAS Formula II Participations est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Formula II Participations et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201653

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