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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201830

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201830

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201830
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNAHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2022, la SARL Dalmau Montgriffon, représentée par Me Nahon, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la pénalité prévue par l'article 1737 du code général des impôts au titre de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- le service a méconnu les dispositions de l'article 1737 du code général des impôts en appliquant l'amende de 5 % à des factures manquantes sans la mettre en demeure de les produire auparavant ;

- l'amende ne pouvait assortir des opérations non soumises à la taxe sur la valeur ajoutée et la location de terrains nus ne peut être professionnelle ;

- elle n'a plus d'objet dès lors que les factures ont été produites à l'occasion de ses observations consécutives à la proposition de rectification du 14 avril 2021 ;

- elle est manifestement excessive dans son quantum ;

- elle est contraire à la Constitution selon une décision n° 2021-908 QPC du 26 mai 2021 ;

- elle méconnaît le principe du non-cumul des sanctions dès lors qu'elle sanctionne les mêmes faits que ceux réprimés par les articles 1729 et 1786 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la décision du Conseil constitutionnel n° 2021-908 QPC du 26 mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Dalmau Montgriffon, qui exerce une activité de locations de terrains et d'autres biens immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée du 1er janvier 2018 au 31 octobre 2020, à l'issue de laquelle l'administration fiscale l'a assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019 et à l'amende prévue par l'article 1737 du code général des impôts au titre des années 2018, 2019 et 2020. Par la présente requête, la SARL Dalmau Montgriffon demande au tribunal de la décharger de cette pénalité.

Sur les dispositions applicables :

2. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration et, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.

3. Aux termes de l'article 1737 du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur à la date de la commission des faits reprochés à la société requérante : " I. - Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : / () / 3. De la transaction, le fait de ne pas délivrer une facture. Le client est solidairement tenu au paiement de cette amende. Toutefois, lorsque le fournisseur apporte, dans les trente jours de la mise en demeure adressée par l'administration fiscale, la preuve que l'opération a été régulièrement comptabilisée, il encourt une amende réduite à 5 % du montant de la transaction ; / () / Les dispositions des 1 à 3 ne s'appliquent pas aux ventes au détail et aux prestations de services faites ou fournies à des particuliers. /Les dispositions des 1 à 4 s'appliquent aux opérations réalisées dans le cadre d'une activité professionnelle ". Par la décision no 2021-908 QPC du 26 mai 2021, le Conseil constitutionnel a décidé que ces dispositions étaient contraires à la Constitution et que les mesures prises avant le 31 décembre 2021 en application des dispositions déclarées contraires à la Constitution ne pouvaient être contestées sur le fondement de cette inconstitutionnalité.

4. Aux termes de l'article 1737 du code général des impôts dans sa rédaction désormais en vigueur : " I. - Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : /()/3. De la transaction, le fait de ne pas délivrer une facture ou la note prévue à l'article 290 quinquies et de ne pas comptabiliser la transaction. Le client professionnel est solidairement tenu au paiement de cette amende, qui ne peut excéder 375 000 € par exercice. Toutefois, lorsque la transaction a été comptabilisée, l'amende est réduite à 5 % et ne peut excéder 37 500 € par exercice ; /Les dispositions des 1 à 3 ne s'appliquent pas aux ventes au détail et aux prestations de services faites ou fournies à des particuliers, à l'exception des prestations de services mentionnées à l'article 290 quinquies soumises à la délivrance d'une note. /()/V. - Les amendes mentionnées au 3 du I () du présent article ne sont pas applicables en cas de première infraction commise au cours de l'année civile en cours et des trois années précédentes lorsque l'infraction a été réparée spontanément ou dans les trente jours suivant une première demande de l'administration ".

5. D'une part, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article 1737 du code général des impôts sont contraires à la Constitution pour obtenir la décharge de l'amende en litige dès lors que la créance de l'administration a été constatée dans la proposition de rectification du 14 avril 2021, soit avant le 31 décembre 2021, date à laquelle la déclaration d'inconstitutionnalité précitée a pris effet.

6. D'autre part, en raison du caractère plus doux de la sanction issue de la version de ces dispositions désormais en vigueur, il y a lieu d'appliquer ce régime aux faits de l'espèce.

Sur la régularité de la sanction :

7. Si la SARL Dalmau Montgriffon soutient que, à défaut de mise en demeure préalable d'avoir à produire les factures manquantes, l'amende ne pouvait lui être appliquée, ce moyen est inopérant dès lors que l'amende de 5 % à laquelle elle a été assujettie, sur le fondement des dispositions de l'article 1737 du code général des impôts en litige dans leur nouvelle rédaction, ne nécessite plus une telle mise en demeure.

Sur le bien-fondé de la sanction :

8. Le moyen tiré de l'inconstitutionnalité de l'amende prévue par l'article 1737 du code général des impôts, en tant qu'elle méconnaîtrait le principe de non-cumul des sanctions en ce qu'elle aurait le même objet que les sanctions prévues par les articles 1729 et 1786 du code général des impôts, lesquelles n'ont au demeurant pas été appliquées en l'espèce, est irrecevable faute d'avoir été soulevé dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité présentée par mémoire distinct conformément aux articles 23-5 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 et R. 771-13 du code de justice administrative. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

9. Il résulte de l'instruction que le service a infligé, sur le fondement de l'article 1737 du code général des impôts, une amende de 5 % à des transactions non facturées mais comptabilisées par la société requérante, à hauteur de 4 420 euros au titre de l'exercice clos en 2018, de 6 560 euros au titre de l'exercice clos en 2019 et de 4 002 euros au titre de l'exercice clos en 2020.

10. Le service a relevé que la société requérante avait vendu à la SELARL Chirurgiens dentistes Dalmau du mobilier pour dentistes à hauteur de la somme de 40 000 euros comptabilisée le 28 février 2019 et lui avait loué des locaux meublés puis nus moyennant un loyer comptabilisé à hauteur de 50 600 euros en 2018, de 53 400 euros en 2019 et de 44 200 euros en 2020. Il a également été constaté par le service que la société requérante avait loué à une dentiste des locaux moyennant un loyer comptabilisé à hauteur de 25 800 euros par an en 2018, 2019 et 2020 et qu'elle avait loué à un locataire indéterminé des locaux moyennant un loyer comptabilisé à hauteur de 12 000 euros en 2018, 12 000 euros en 2019 et 10 030 euros en 2020.

11. En premier lieu, la SARL Dalmau Montgriffon ne peut utilement soutenir que la vente de mobilier pour dentistes comptabilisée le 28 février 2019 à hauteur de 40 000 euros ne pouvait être sanctionnée de l'amende en litige au motif que cette opération n'était pas soumise à la taxe sur la valeur ajoutée dès lors que cette condition n'est pas au nombre de celles prévues par les dispositions de l'article 1737 du code général des impôts.

12. En deuxième lieu, la SARL Dalmau Montgriffon soutient que le service ne pouvait lui infliger l'amende de 5 % à raison d'un défaut de facturation concernant la location de terrains nus au motif que cette location n'avait pas de caractère professionnel. Toutefois, la société requérante, société commerciale, n'est pas fondée à contester le caractère professionnel de cette location dès lors que ces opérations constituent l'objet même de son activité sociale et ont par suite nécessairement un caractère professionnel. Ce moyen doit ainsi être écarté.

13. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'au titre des transactions en litige le service a réclamé, lors des opérations de vérification de comptabilité de la SARL Dalmau Montgriffon, les factures omises et que la société requérante les a établies a posteriori et produites à l'occasion de ses observations réceptionnées par le service le 14 juin 2021, à la suite de la notification de la proposition de rectification du 14 avril 2021. Dans ces circonstances, cette production est sans incidence sur la légalité de la sanction en litige.

14. En dernier lieu, l'amende de 5 % infligée à la SARL Dalmau Montgriffon qui est inférieure au plafond de 37 500 euros prévu par les dispositions précitées de l'article 1737 du code général des impôts. Dans ces conditions, elle ne saurait être regardée comme disproportionnée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Dalmau Montgriffon doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre des dépens et des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 er : La requête de la SARL Dalmau Montgriffon est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Dalmau Montgriffon et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Demurger, présidente,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 28 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

La présidente,

Signé

F. Demurger

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201830

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