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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201867

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201867

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201867
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOTE JOUBERT PRADO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 juin 2022 et 19 mars 2024, la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne, représentée par Me Gorand, demande au tribunal :

1°) de condamner les sociétés Tercol et Axa France Iard, son assureur, à lui verser une somme de 24 855, 32 euros toutes taxes comprises, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 août 2016 ou, à défaut, du 28 septembre 2016 ou, à tout le moins, du 2 juin 2022, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, en réparation des désordres affectant les conteneurs d'ordures ménagères installés dans le quartier du Petit Val à Charly-sur-Marne ;

2°) de mettre à la charge des sociétés Tercol et Axa France Iard une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice.

Elle soutient que :

- les désordres constatés compromettent la solidité des ouvrages et les rendent impropres à leur destination ;

- ces désordres sont imputables à la société Tercol, qui s'est abstenue de s'assurer que ces ouvrages soient résistants à la poussée d'Archimède ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à exonérer totalement ou partiellement la société Tercol de sa responsabilité ;

- les désordres constatés n'ont pas pour origine un cas de force majeure ;

- ces désordres lui ont causé un préjudice à hauteur de 24 855,32 euros constitué par les frais engendrés par les travaux de reprise pour un montant de 19 545,08 euros, par les honoraires de l'huissier de justice chargé de la constatation des désordres pour un montant de 310,24 euros et par son préjudice moral pour un montant de 5 000 euros.

Par un mémoire, enregistré le 12 juillet 2023, la société Axa France Iard, représentée par Me Hounieu, conclut, en tant qu'elle est dirigée à son encontre, au rejet de la requête comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les juridictions administratives ne sont pas compétentes pour connaître d'un litige tendant au paiement d'une sommes due par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et à raison du fait dommageable commis par son assuré.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet 2023 et 7 mai 2024, ce dernier n'ayant pas donné lieu à communication, la société Tercol, représentée par Me Coté, conclut au rejet de la requête, à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce que le jugement à intervenir soit déclaré opposable à la société Axa France Iard.

Elle soutient que :

- le rapport d'expertise réalisé par le cabinet Eurexo n'a pas été établi de manière contradictoire ;

- il n'est pas établi que les désordres constatés sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ;

- la prescription quinquennale de droit commun, nécessairement applicable à l'action introduite par la communauté de communes de Charly-sur-Marne, est désormais acquise ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- le préjudice subi par la requérante n'est pas établi.

Par une ordonnance en date du 15 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 7 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Harang, rapporteur,

- les conclusions de Mme Rondepierre, rapporteure publique,

- les observations de Me Akli, représentant la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne,

- et celles de Me Coté, représentant la société Tercol.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er avril 2014, la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne a conclu un marché public de travaux avec la société Tercol ayant pour objet la fourniture, le transport, les travaux, la pose et l'entretien de conteneurs semi-enterrés pour la collecte des déchets ménagers. La réception des travaux a eu lieu le 5 décembre 2014 avec réserves. Le 31 mai 2016, cinq de ces conteneurs, installés dans le quartier du Petit Val à Charly-sur-Marne, ont été éjectés hors de leur fosse d'accueil. La communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne demande au tribunal de condamner les sociétés Tercol et Axa France Iard, son assureur, à lui verser une somme de 24 855,32 euros, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, en réparation des désordres affectant ces ouvrages.

Sur l'exception d'incompétence opposée par la société Axa France Iard :

2. Il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et à raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif. En conséquence, la juridiction judiciaire est seule compétente pour connaître des conclusions de la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne dirigées contre la société Axa France Iard, en sa qualité d'assureur de la société Tercol. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur la responsabilité décennale des constructeurs :

3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

4. D'une part, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du constat d'huissier de justice réalisé contradictoirement le 2 juin 2016, que cinq conteneurs à ordures ménagères installés dans le quartier du Petit Val à Charly-sur-Marne ont été éjectés hors de leur fosse d'accueil et n'étaient dès lors plus utilisables. Il résulte également de l'instruction, et plus particulièrement de l'expertise non contradictoire diligentée par l'assureur de la collectivité requérante et réalisée par le cabinet Eurexo, qui peut néanmoins être retenue comme élément d'appréciation dès lors que les éléments de fait qu'elle relève ne sont pas sérieusement contredits et sont, au contraire, corroborés par les relevés météorologiques produits à l'instance, que ces désordres ont été causés par l'effet de la poussée d'Archimède suite aux fortes précipitations ayant eu lieu le 31 mai 2016 sur le territoire de la commune. Ces désordres, qui ont, à l'évidence, compromis la solidité de ces ouvrages et les ont rendus impropres à leur destination, sont imputables à la société Tercol, qui était chargée de leur réalisation.

5. D'autre part, si la société Tercol soutient qu'elle aurait mis en œuvre un procédé de fixation des conteneurs différent si elle avait été informée par la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne du risque d'inondation affectant leur zone d'implantation, cette circonstance n'est pas de nature à l'exonérer totalement ou partiellement de sa responsabilité dès lors qu'elle s'est abstenue, contrairement aux obligations qui lui incombaient en application du point 5.6.1. du cahier des clauses techniques particulières, de s'assurer que la cuve des conteneurs soit résistante à la poussée d'Archimède. Il en va de même du caractère prétendument exceptionnel des inondations ayant eu lieu le 31 mai 2016, compte tenu notamment du classement de la zone d'implantation des conteneurs en secteur inondable par le plan de prévention des risques inondations et coulées de boue.

6. Dans ces conditions, la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne est fondée à soutenir que la responsabilité de la société Tercol est engagée au titre de la garantie décennale des constructeurs, sans que cette société ne puisse utilement, compte tenu de ce qui vient d'être dit, opposer une exception de prescription quinquennale.

Sur les préjudices :

7. Lorsque la responsabilité décennale d'un constructeur est retenue, la réparation du dommage n'est pas limitée au seul remboursement du montant des travaux nécessaires à la remise en ordre des vices de construction constatés, mais s'étend à l'indemnisation des préjudices de toute nature que la victime du dommage a effectivement subis, à la condition toutefois que ces préjudices soient en liaison directe avec les désordres de l'ouvrage.

8. En premier lieu, la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne produit une facture libellée à son nom d'un montant de 19 545,08 euros correspondant aux travaux de reprise des désordres constatés sur les conteneurs du quartier du Petit Val. Il ne résulte pas de l'instruction que ce montant serait surévalué ni que les travaux exécutés excéderaient ceux strictement nécessaires à la reprise des désordres imputables à la société Tercol. Dans ces conditions, la collectivité requérante est fondée à demander la condamnation de cette société à lui verser la somme de 19 545, 08 euros.

9. En deuxième lieu, la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne produit une facture libellée à son nom d'un montant de 310, 24 euros correspondant aux honoraires de l'huissier de justice ayant réalisé le constat des désordres imputables à la société Tercol, lequel a été utile à la résolution du litige. Dans ces conditions, la collectivité requérante est fondée à demander la condamnation de cette société à lui verser la somme correspondant aux honoraires de son établissement.

10. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la collectivité requérante ait elle-même subi un préjudice à raison de l'impossibilité d'utiliser les conteneurs litigieux distinct de celui qui a été directement subi par les usagers du service, ni de préjudice supplémentaire lié à l'obligation de saisir la juridiction pour faire valoir ses droits qui ne serait pas déjà réparé par le présent jugement. Par suite, elle n'est pas fondée à demander à être indemnisée du préjudice moral qu'elle allègue à ces différents titres.

11. Il résulte de ce qui précède que la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne est seulement fondée à solliciter la condamnation de la société Tercol à lui verser une somme de 19 855,32 euros.

Sur les intérêts moratoires :

12. Les intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

13. Dès lors que la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne ne justifie pas de la réception, par la société Tercol, d'une demande de paiement du principal préalablement à la saisine du tribunal, elle est seulement fondée à solliciter la condamnation de cette société à lui verser les intérêts au taux légal afférents à la somme de 19 855,32 euros à compter du 2 juin 2022, date d'introduction de sa requête.

Sur les conclusions à fins de déclaration de jugement commun :

14. Seuls peuvent faire l'objet d'une déclaration de jugement commun, devant une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie aurait été compétente pour connaître et auxquels, d'autre part, pourrait préjudicier ledit jugement, dans des conditions leur ouvrant le droit de former tierce opposition à ce jugement.

15. La requête de la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne a été communiquée à la société Axa France Iard, laquelle a présenté des conclusions. Dès lors, les conclusions tendant à ce que le présent jugement soit déclaré commun à cette société, partie à l'instance, sont superfétatoires et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. D'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne à l'encontre de la société Axa France Iard doivent dès lors être rejetées, tout comme celles présentées par la société Tercol à l'encontre de ladite collectivité.

17. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Tercol une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne et non compris dans les dépens. En revanche, il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de la société Axa France Iard les frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne tendant à la condamnation de la société Axa France Iard sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : La société Tercol est condamnée à verser à la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne une somme de 19 855,32 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2022.

Article 3 : La société Tercol versera à la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la communauté de communes du canton de Charly-sur-Marne, à la société Tercol et à la société Axa France Iard.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Lapaquette, premier conseiller,

- M. Harang, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HarangLe président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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