jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201895 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | KHODABACUS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro 2201895, les
10 juin 2022, 14 août et 11 octobre 2023, la société Enercon service France Nord, représentée par Me Khodabacus, demande au tribunal :
1°) la restitution d'un crédit d'impôt compétitivité emploi au titre de l'exercice clos en 2013 d'un montant de 121 855 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 23 mars 2022 lui refusant la restitution d'un crédit d'impôt compétitivité emploi au titre de l'exercice clos en 2013 est entachée d'incompétence et comporte des erreurs ;
- elle est en droit d'obtenir la restitution d'un crédit d'impôt compétitivité emploi au titre de l'exercice clos en 2013 d'un montant de 121 855 euros alors que s'agissant d'une créance sur l'Etat, seule la prescription quadriennale prévue par la loi du 31 décembre 1968 est applicable.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 septembre 2022, 15 septembre et
26 octobre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Enercon service France Nord ne sont pas fondés.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro 2201925 les
14 juin 2022, 14 août et 6 octobre 2023, la société Enercon service France, représentée par
Me Khodabacus, demande au tribunal :
1°) la restitution d'un crédit d'impôt compétitivité emploi au titre de l'exercice clos en 2013 d'un montant de 72 208 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 4 avril 2022 lui refusant la restitution d'un crédit d'impôt compétitivité emploi au titre de l'exercice clos en 2013 est entachée d'incompétence et comporte des erreurs ;
- elle est en droit d'obtenir la restitution d'un crédit d'impôt compétitivité emploi au titre de l'exercice clos en 2013 d'un montant de 72 208 euros alors que s'agissant d'une créance sur l'Etat, seule la prescription quadriennale prévue par la loi du 31 décembre 1968 est applicable.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 septembre 2022, 8 septembre et
12 octobre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Enercon service France ne sont pas fondés.
Par ordonnances des 9 et 12 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
9 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Khodabacus, représentant les sociétés Enercon service France Nord et Enercon service France.
Considérant ce qui suit :
1. Les sociétés Enercon service France Nord et Enercon service France ont sollicité chacune, respectivement les 4 mars et 1er avril 2022, le remboursement d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) au titre de l'exercice clos en 2013. Par des décisions des 23 mars et 4 avril 2022, l'administration fiscale a rejeté ces demandes au motif que celles-ci étaient tardives.
2. Les requêtes nos 2201895 et 2201925 des sociétés Enercon service France Nord et Enercon service France présentent à juger des questions identiques. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur la demande de remboursement :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 decies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. () / VI. - Un décret fixe les conditions d'application du présent article, notamment les obligations déclaratives incombant aux entreprises et aux organismes chargés du recouvrement des cotisations de sécurité sociale ". Aux termes de l'article 199 ter C du même code dont les dispositions sont rendues applicables aux sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés en application de l'article 220 C de ce code : " I.- Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été versées. L'excédent de crédit d'impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée, puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ". La demande de remboursement d'une créance de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi présentée sur le fondement des dispositions précitées constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales.
5. A cet égard, les irrégularités qui peuvent entacher la décision par laquelle l'administration rejette la réclamation contentieuse présentée par un contribuable sont sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition et sur le bien-fondé des impositions contestées. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité des décisions des 23 mars et 4 avril 2022 aux motifs que l'administration n'était pas compétente pour qualifier les demandes des sociétés requérantes de réclamations pour l'application de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales ou qu'elles comporteraient des mentions erronées sont inopérants et doivent être écartés.
6. En second lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ".
7. Il résulte des termes mêmes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 que la prescription quadriennale instituée par cette loi n'est applicable que sous réserve des dispositions définissant un régime légal de prescription spécial à une catégorie déterminée de créances susceptibles d'être invoquées à l'encontre de l'une de ces personnes morales de droit public.
8. Tel est le cas pour les créances relatives aux impositions entrant dans le champ d'application du livre des procédures fiscales, dont les dispositions, prises dans leur ensemble, définissent de manière exhaustive les règles applicables aux actions relatives aux créances et aux dettes fiscales pour les impositions qui en relèvent et ont en particulier pour effet d'instituer, pour celles-ci, un régime légal de prescription propre aux créances fiscales dont les contribuables entendent se prévaloir envers l'Etat. Par suite, les dispositions de la loi du 31 décembre 1968 ne sont pas applicables aux réclamations qui sont présentées, instruites et jugées dans les formes prévues par le livre des procédures fiscales.
9. Enfin, aux termes de l'article R* 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / () c) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation () ".
10. Si les dispositions de l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts prévoient que les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat, les dispositions qui prévoient que le bénéfice d'un avantage fiscal est demandé par voie déclarative n'ont, en principe, pas pour effet d'interdire au contribuable de régulariser sa situation dans le délai de réclamation prévu à l'article R* 196-1 du livre des procédures fiscales, sauf si la loi a prévu que l'absence de demande dans le délai de déclaration entraîne la déchéance du droit à cet avantage, ou lorsqu'elle offre au contribuable une option entre différentes modalités d'imposition dont la mise en œuvre impose nécessairement qu'elle soit exercée dans un délai déterminé.
11. A cet égard, aux termes de l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts : " Pour l'application des dispositions des articles 199 ter C, 220 C et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises souscrivent une déclaration spéciale conforme au modèle établi par l'administration, qu'elles déposent auprès du service des impôts dont elles dépendent. / Les personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés déposent cette déclaration spéciale dans les mêmes délais que le relevé de solde mentionné à l'article 360 () ". Aux termes de l'article 360 de cette annexe : " La liquidation de l'impôt sur les sociétés mentionnée au 2 de l'article 1668 du code général des impôts est réalisée par le redevable et détaillée sur un relevé de solde dont le modèle est fourni par l'administration, daté et signé de la partie versante et indiquant la nature du versement, son échéance, les éléments de liquidation, ainsi que la désignation et l'adresse du principal établissement de l'entreprise. / (). / Les demandes de restitution de créances remboursables sont formulées sur ce relevé ". Aux termes de l'article 360 bis de cette annexe : " Le dépôt du relevé de solde est effectué au plus tard le 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l'exercice ou, si aucun exercice n'est clos en cours d'année, le 15 mai de l'année suivante ".
12. Il résulte des dispositions précitées que le délai de réclamation relatif au crédit d'impôt en litige, qui porte sur le droit au remboursement de la fraction non imputée de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, court à compter de la date limite de dépôt de relevé de solde d'impôt sur les sociétés, auquel doit être jointe la déclaration spéciale relative à ce crédit d'impôt. Cette date limite qui constitue, au sens du c) de l'article R* 196-1 du livre des procédures fiscales, la réalisation de l'événement qui motive la réclamation, est fixée, par l'article 360 bis de l'annexe III au code général des impôts, au plus tard au 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l'exercice ou, si aucun exercice n'est clos en cours d'année, au 15 mai de l'année suivante.
13. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les sociétés Enercon service France Nord et Enercon service France, dont la clôture d'exercice intervient au 31 décembre, ont présenté leurs demandes de remboursement du solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi afférent à l'année 2013, les 4 mars et 1er avril 2022. Le délai de réclamation mentionné au c) l'article R* 196-1 du livre des procédures fiscales courait, pour une demande de remboursement de solde d'un crédit d'impôt se rapportant à l'année 2013, à compter du 15 avril 2017, date de réalisation de l'événement définie au point précédent, et expirait le 31 décembre 2019. Par suite, et alors que les sociétés Enercon service France Nord et Enercon service France ne sauraient, en tout état de cause, se prévaloir des dispositions de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics qui ne sont pas applicables à la créance sur l'Etat née de l'excédent de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, l'administration a, à bon droit, rejeté les demandes de remboursement présentées par les sociétés requérantes comme tardives en application des dispositions de l'article R* 196-1 du livre des procédures fiscales.
14. Il résulte de ce qui précède que les requêtes présentées par les sociétés Enercon service France Nord et Enercon service France doivent être rejetées y compris les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2201895 et 2201925 des sociétés Enercon service France Nord et Enercon service France sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Enercon service France Nord, à la SAS Enercon service France et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
F. Joly
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2201895 et 2201925
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026