lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201910 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | FUENTES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n°2201910 et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 juin 2022 et 15 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Fuentes, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 avril 2022 par laquelle le maire de Mouy a rejeté sa demande d'indemnisation de ces préjudices ;
2°) de condamner la commune de Mouy à lui verser une somme de 100 000 euros en réparation des préjudices moral et professionnel résultant du harcèlement moral et de la dégradation de ses conditions de travail dont elle soutient avoir été victime ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Mouy une somme de 4 000 euros sur le fondement de 1' article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle a été victime de harcèlement moral en ayant été affectée au service des archives dès lors qu'elle n'a été avertie de son affectation que la jour de sa réintégration, sans être formée sur ce poste ne relevant pas de sa filière de rattachement, elle a été soumise à des températures extrêmes, elle n'a pas disposé d'un équipement lui permettant de travailler dans des conditions normales, aucune réponse n'a été donnée à ses très nombreuses alertes, elle a travaillé seule et mise à l'écart, son nom n'apparaît pas sur l'organigramme des services, elle n'a pas été évaluée au titre de 2021, et la dégradation de ses conditions de travail a porté atteinte à sa santé, à sa dignité et a compromis son avenir professionnel ;
- elle a été victime de harcèlement moral dès lors que la commune de Mouy a refusé sa proposition de rupture conventionnelle, elle a été victime de propos dénigrants sur son lieu de travail, sa candidature au poste de responsable " Jeunesse, enfance, scolaire et culture " a été rejetée, du désordre a été mis dans son bureau pendant ses congés, il lui a été reproché à tort de s'être absentée le 9 février 2022, aucune excuse ne lui a été présentée suite aux erreurs de paie dont elle a été victime, elle a été contrainte d'attendre trois mois avant que ne lui soit accordé un plein traitement pendant son congé pour maladie ordinaire du 10 janvier au 31 mars 2021, elle a été contrainte d'évoluer au sein d'un contexte professionnel anxiogène au sein duquel il lui a été demandé de prendre parti dans un conflit opposant le maire et deux adjointes, la commune a tardé à lui communiquer des informations sur l'absence d'amiante dans son bureau, la commune n'a pas réaménagé l'escalier dans son bureau malgré sa dangerosité, la commune a omis de l'inscrire à un cycle de préparation pour un concours interne, la commune ne l'a pas inscrite, malgré son éligibilité, sur la liste des agents promouvables de catégorie B en A et que la commune a été réticente à la lui communiquer ;
- la commune de Mouy a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'elle a été victime d'un harcèlement moral dans le cadre de son service ;
- ces agissements constitutifs de harcèlement moral lui ont causé des préjudices moral et professionnel justifiant une indemnisation à hauteur de 100 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, la commune de Mouy, représentée par Me Laplante, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 3 000 euros sur le fondement de 1'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 avril 2024 à 12 heures.
II. Par une requête n°2201911 et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 juin 2022 et 15 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Fuentes, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 avril 2022 par laquelle le maire de Mouy a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au maire de Mouy de lui accorder la protection fonctionnelle dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de
100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Mouy une somme de 4 000 euros sur le fondement de 1'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle a été victime de harcèlement moral de la part de la commune de Mouy qui l'a placée et maintenue dans des conditions de travail indécentes ayant porté une atteinte à sa dignité humaine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, la commune de Mouy, représentée par Me Laplante, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 3 000 euros sur le fondement de 1'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 avril 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Gars, rapporteur,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- les observations de Me Fuentes, assistant Mme A,
- et celles de Me El Badrawi, représentant la commune de Mouy.
Considérant ce qui suit :
1. Après un détachement auprès de l'établissement public foncier de l'Oise,
Mme B A, rédactrice principale de première classe, a été réintégrée à compter du
10 janvier 2021, auprès de la commune de Mouy, en qualité d'archiviste. Par un courrier du
25 février 2022, Mme A a présenté une demande d'indemnisation des préjudices moral et professionnel qu'elle soutient avoir subis à raison de raison du harcèlement moral et de la dégradation de ses conditions de travail dont elle a été victime par son employeur, la commune de Mouy, qui l'a rejetée le 20 avril 2022. L'intéressée demande l'annulation de cette décision et la condamnation de la commune de Mouy à lui verser une indemnité d'un montant de
100 000 euros demandée aux termes de sa requête n° 2201910.
2. Par un courrier du 25 février 2022, Mme A a présenté à son employeur une demande de protection fonctionnelle, qui a été rejetée par une décision du 20 avril 2022 du maire de la commune de Mouy, dont l'intéressée demande l'annulation aux termes de la requête n° 2201911, qu'il y a lieu de joindre à la précédente pour qu'il y soit statué par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la situation de harcèlement moral invoquée par Mme A :
3. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. () ".
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
Sur les faits invoqués ne permettant pas de présumer un harcèlement moral :
5. En premier lieu, la demande de rupture conventionnelle de Mme A, alors placée en situation de détachement en tant qu'agent contractuel auprès de l'établissement public foncier de l'Oise, a été refusée alors que les dispositions du 3° de l'article 72 de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique excluaient la mise en œuvre du dispositif de rupture conventionnelle aux fonctionnaires détachés en qualité d'agent contractuel. En tout état de cause, à supposer même que Mme A n'eut pas été placée dans une situation faisant obstacle à l'application d'une rupture conventionnelle, son refus par l'autorité administrative ne serait, de même, pas de nature à faire présumer un harcèlement moral.
6. En deuxième lieu, si Mme A fait valoir qu'une de ses collègues aurait tenu des propos déplacés sur son poids, il résulte de l'instruction que la directrice générale des services a convoqué l'agent mis en cause. Dans ces conditions, cet incident isolé ne révèle ni que
Mme A était couramment victime de propos dénigrants, ni que sa direction ait toléré pareils agissements.
7. En troisième lieu, si Mme A fait valoir que la commune de Mouy a refusé sa candidature au poste de responsable " Jeunesse, enfance, scolaire et culture ", il résulte de l'instruction, que le poste était déjà pourvu lors du dépôt de sa candidature.
8. En quatrième lieu, Mme A soutient que sa hiérarchie a laissé des agents accéder au local des archives qu'ils ont laissé en désordre et duquel ils ont retiré du mobilier pendant ses congés estivaux de l'année 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction que seule une étagère a été retirée de ce local pour la mettre à disposition d'un autre service après autorisation de la responsable hiérarchique de Mme A et que si un carton et quelques documents ont été placés sur le bureau de l'intéressée pendant son absence, ces faits ne sont pas de nature à faire présumer une situation de harcèlement moral.
9. En cinquième lieu, Mme A fait valoir que la commune de Mouy lui a reproché à tort de ne pas l'avoir prévenue ni d'avoir posé de congé pour son absence le 9 février 2022 alors qu'elle s'était présentée à cette date à l'audience de référé devant le tribunal administratif d'Amiens. Toutefois, la commune de Mouy était fondée, d'une part, à lui rappeler qu'elle est tenue de prévenir et d'obtenir l'accord préalable sa hiérarchie en cas d'absence et, d'autre part, à l'inviter à régulariser sa situation.
10. En sixième lieu, si Mme A fait valoir, d'une part, que la commune de Mouy ne lui a pas présenté ses excuses pour avoir commis de menues erreurs en sa faveur dans le montant de sa paie ayant généré une récupération postérieure de l'indû et, d'autre part, a tardé à lui accorder le 17 mai 2021 un plein traitement pour sa période de congé pour maladie ordinaire du 10 janvier au 31 mars 2021, ces faits ne sont de même pas de nature à faire présumer une situation de harcèlement moral.
11. En septième lieu, si Mme A soutient que la commune de Mouy lui a demandé de prendre parti dans un litige opposant le maire à deux anciennes adjointes, elle n'apporte pas de précisions suffisantes pour apprécier le bien-fondé de ses allégations.
12. En huitième lieu, Mme A fait valoir qu'elle a été victime d'un accident professionnel en chutant, au cours du mois de septembre 2021, en bas de l'escalier rejoignant le local des archives à son bureau. Si par un arrêté du 21 octobre 2021, la commune de Mouy a reconnu l'imputabilité au service de l'accident de Mme A, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que l'escalier présente un défaut d'aménagement susceptible de constituer un danger anormal pour ses utilisateurs.
13. En neuvième lieu, si la requérante soutient que la commune de Mouy a sciemment tardé à lui transmettre des informations lui permettant de s'assurer de l'absence d'amiante dans les locaux des archives, cette allégation est contredite par un courriel du 3 août 2021 par lequel la directrice des services techniques de la commune de Mouy lui a communiqué un rapport établissant l'absence d'amiante dans ces locaux.
14. En dixième lieu, d'une part, si Mme A fait valoir que la commune de Mouy ne l'a pas inscrite sur la liste des agents promouvables de catégorie B en A au titre de l'année 2021, elle n'établit toutefois pas avoir sollicité une telle inscription et n'apporte, en tout état de cause, aucun élément permettant d'apprécier sa valeur professionnelle et ses mérites comparés à ceux des autres agents candidats à ce même grade. D'autre part, si Mme A soutient que la commune de Mouy a été réticente à lui transmettre la liste des agents promouvables de B en A, il résulte de l'instruction que la commune de Mouy l'a communiquée le 13 juillet 2022 suite à l'avis de la commission d'accès aux documents administratifs du 19 octobre 2021. Enfin, la circonstance que la commune de Mouy n'a pas donné suite à sa demande d'inscription à la préparation au concours d'attaché territorial dispensée par le centre national de la fonction publique, n'est pas davantage susceptible de faire présumer une situation de harcèlement moral.
15. Enfin et en onzième lieu, Mme A soutient que les agissements de la commune de Mouy ont compromis son avenir professionnel. Toutefois, il résulte de l'instruction que
Mme A a fait l'objet d'un changement d'affectation au service " enfance-jeunesse " à compter du mois de février 2022. Il ressort de son compte rendu d'évaluation professionnel portant sur l'année 2022 qu'elle a été en charge d'une étude sur la mise en place de la tarification sociale des cantines, de la remise à jour des différents supports de communication interne et du service d'accueil de la commune de Mouy au cours de l'année 2022. Dans ces conditions, et alors qu'il lui était loisible de s'inscrire au concours interne d'attaché territorial, l'atteinte à l'avenir professionnel de Mme A n'est pas établie.
16. Il résulte de ce qui précède que les faits relevés dans les points 5 à 15, dont se prévaut Mme A, ne sont pas de nature à faire présumer une situation de harcèlement moral.
Sur les faits invoqués susceptibles d'établir une situation de harcèlement moral :
17. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Mouy n'a averti
Mme A que le jour de sa réintégration de son affectation à un poste d'archiviste, rattaché à la filière culturelle alors qu'elle relève de la filière administrative, et pour l'exercice duquel elle n'a reçu aucune formation professionnelle.
18. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le bureau et le local des archives attenant, situés sous les combles de la médiathèque de la commune de Mouy, dans lesquels
Mme A a travaillé au cours de la période de mai 2021 à février 2022, sont mal isolés, peu éclairés et ne comportent pas de dispositif de chauffage ou de système de climatisation lui permettant d'exercer ses fonctions dans des conditions normales en périodes hivernale et estivale. Mme A fait ainsi valoir que ses conditions de travail ont été dégradées au cours de la période entre les mois de septembre 2021 et février 2022 en raison des températures particulièrement basses dans son bureau et produit notamment, à l'appui de ses allégations, une attestation circonstanciée d'un conseiller municipal faisant état, lors d'une visite le 21 janvier 2022, de la température insuffisante et du manque de puissance d'un radiateur dans ces locaux. Elle établit également avoir alerté la commune de Mouy en lui signalant, dans des registres de santé et de sécurité au travail des 29 septembre et 21 décembre 2021, que la température n'était que de 12 degrés à ces dates et, par un courriel du 25 janvier 2022, que la température n'était, depuis quelques jours, que de 4 degrés dans le local des archives et de 8 degrés, dans son bureau. D'autre part, Mme A soutient qu'elle a été soumise à des températures particulièrement élevées au sein du service des archives au cours de l'été 2021 l'ayant conduite à être placée, après un malaise, en congé de maladie du 21 au 23 juillet 2021. Elle produit, à l'appui de ses allégations, un courrier du 2 juin 2021 par lequel elle a averti sa hiérarchie que la température avait atteint 42 degrés dans le local des archives le 1er juin 2021, un courrier de la directrice des archives départementales constatant, lors de sa visite du 1er juin 2021, de très fortes températures et l'absence d'occultation des velux au sein de ce service, un courrier d'une organisation syndicale au sein de la commune de Mouy faisant état des températures particulièrement élevées au sein des archives au cours du mois de juin 2021, ainsi que deux registres de santé et de sécurité au travail signalant des températures dans son bureau ayant atteint 28 degrés et
44 degrés les 15 juin et 20 juillet 2021. La commune de Mouy se borne, quant à elle, à remettre en cause les températures avancées par Mme A en soutenant que l'intéressée se serait abstenue d'avertir le responsable des travaux afin qu'il mesure les températures avec un appareil homologué. Toutefois, elle n'apporte aucun élément probant de nature à démontrer que
Mme A n'a pas été exposée à des températures extrêmes en périodes estivale et hivernale, faisant obstacle à l'exercice normal de ses fonctions d'archiviste. Si la commune de Mouy soutient qu'un devis pour la pose de stores sur les fenêtres du toit a été réalisé et qu'elle s'est engagée en février 2022 à prévoir des travaux dans le vote du budget de mars 2022 afin d'améliorer l'isolation du bureau de Mme A, elle n'établit toutefois pas avoir à procédé à des travaux ni à un tel vote. Si la commune de Mouy soutient qu'un climatiseur a été mis à disposition de Mme A à compter du 17 juin 2021, il résulte toutefois de l'instruction que cette dotation a été insuffisante au regard des températures relevées dans le bureau de
Mme A au cours du mois de juillet 2021. Il résulte donc de ce qui précède que Mme A établit avoir été exposée à des conditions matérielles de travail particulièrement dégradées pendant les périodes estivale et hivernale entre les mois de mai 2021 et de février 2022.
19. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'au cours de la période de mai 2021 à février 2022, Mme A a travaillé seule, sans relation avec des collègues d'autres services ou des interlocuteurs extérieurs, dans le local des archives, inoccupé depuis l'année 2015 et situé dans la médiathèque de Mouy à l'extérieur de la mairie. Si la commune de Mouy fait valoir que quatre agents de la médiathèque ont travaillé à l'étage inférieur de son bureau et que Mme A s'est rendue régulièrement dans les locaux de la mairie au cours de sa période d'affectation au service des archives, ces circonstances ne remettent pas en cause l'isolement dans lequel elle a été contrainte d'exécuter ses tâches professionnelles.
20. En quatrième lieu, Mme A soutient que la commune de Mouy n'a pas mis à sa disposition de téléphone, de chaise de bureau adaptée, d'ordinateur et d'imprimante nécessaires à l'accomplissement de ses missions dans des conditions normales. La commune de Mouy fait valoir que Mme A a refusé une chaise de bureau adaptée, a disposé d'un ordinateur portable professionnel et qu'un devis pour l'installation d'un téléphone dans son bureau a été réalisé le
28 juillet 2021. Toutefois, il résulte du registre de santé et de sécurité pour le travail, adressé par Mme A à sa hiérarchie le 20 octobre 2021, qu'elle ne disposait pas encore à cette date d'un téléphone professionnel opérationnel ni d'une imprimante.
21. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A n'a pu échanger qu'à de très rares occasions avec sa supérieure hiérarchique directe au cours de son affectation en qualité d'archiviste, qu'aucun objectif professionnel ne lui a été assigné au titre de cette fonction qui n'avait pas été pourvue depuis plusieurs années, qu'un nombre considérable de cartons à trier avait été entassé à même le sol pendant ces années précédant sa prise de poste, que son identité a été occultée de l'organigramme des services à tout le moins au titre de l'année 2021 et qu'elle n'a pas été évaluée au titre de l'année 2021.
22. En sixième et dernier lieu, si la commune de Mouy soutient avoir pris les mesures nécessaires pour faire cesser les conditions dégradées de travail de Mme A en tant qu'archiviste en l'affectant, à compter du mois de février 2022, au service " enfance-jeunesse ", il résulte toutefois de l'instruction que cette décision n'est intervenue qu'après une période de dix mois au cours de laquelle l'intéressée a alerté à plusieurs reprises sa hiérarchie de ses conditions difficiles de travail et au terme de laquelle elle a introduit un référé liberté le 7 février 2022.
23. Il résulte de ce qui a été dit pour les faits relevés dans les points 17 à 22, que
Mme A est fondée à soutenir qu'elle a été victime, au cours des mois de mai 2021 à février 2022, d'une situation de harcèlement moral de nature à engager la responsabilité de la commune de Mouy.
En ce qui concerne les préjudices :
24. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de l'attestation d'un psychiatre datée du 7 février 2022, que Mme A a subi un préjudice moral en lien avec les faits de harcèlement dont elle a été victime. Compte tenu des répercussions sur la santé de Mme A du harcèlement moral dont elle a été la victime et de sa durée de dix mois, de mai 2021 à février 2022, il sera fait une juste appréciation du préjudice qu'elle a subi en condamnant la commune de Mouy à lui verser à ce titre une indemnité de 5 000 euros.
25. En second lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 14 et 15, les faits invoqués par
Mme A ne sont pas de nature à porter atteinte à son avenir professionnel. L'intéressée ne produit aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait subi un préjudice professionnel distinct. Il n'y a donc pas lieu de condamner la commune de Mouy à l'indemniser au titre de ce poste de préjudice.
Sur les conclusions en annulation du refus d'octroi de la protection fonctionnelle et en injonction sous astreinte :
26. Aux termes de l'article 11 de la loi précitée du 13 juillet 1983 : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis.
27. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment détaillés, Mme A est fondée à soutenir que la protection prévue par les dispositions précitées aurait dû lui être accordée au regard des faits en cause. Par suite, la décision du 20 avril 2022 par laquelle le maire de la commune de Mouy a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle doit être annulée.
28. L'annulation implique d'enjoindre au maire de la commune de Mouy de réexaminer la demande de Mme A de lui d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
29. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que la commune de Mouy présente sur leur fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme totale de 1 500 euros à verser à Mme A sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Mouy est condamnée à verser à Mme A une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral résultant du harcèlement moral dont elle a fait l'objet.
Article 2 : La décision du 20 avril 2022 par laquelle le maire de la commune de Mouy a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle au profit de Mme A est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Mouy de réexaminer la demande de de Mme A de lui d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La commune de Mouy est condamnée à verser à Mme A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes et les conclusions présentées par la commune de Mouy sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Mouy.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Le Gars
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2201910 et 2201911
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026