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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201924

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201924

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201924
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantKHODABACUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2022, la SAS Wec Mats Béton, représentée par Me Khodabacus, demande au tribunal :

1°) la restitution d'un solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2015 pour un montant de 91 875 euros';

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 4 avril 2022 par laquelle le service a rejeté sa demande est entachée d'incompétence et d'erreurs de droit';

- sa demande n'était pas tardive dès lors que seule la prescription quadriennale prévue par la loi du 31 décembre 1968 est applicable.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la demande de restitution d'un solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2015 est irrecevable comme tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales';

- la loi no 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de Me Khodabacus pour la SAS Wec Mats Béton.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Wec Mats Béton a sollicité, le 30 mars 2022, le remboursement d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre des années 2015, 2016, 2017 et 2018 pour des montants respectivement de 51 495 euros, 100 385 euros, 143 708 euros et

123 555 euros. Par une décision du 4 avril 2022, l'administration fiscale a rejeté cette demande au motif que celle-ci était tardive. Par la présente requête, la SAS Wec Mats Béton demande le remboursement de la somme de 91 875 euros au titre d'un solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2015.

2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 decies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. () / VI. - Un décret fixe les conditions d'application du présent article, notamment les obligations déclaratives incombant aux entreprises et aux organismes chargés du recouvrement des cotisations de sécurité sociale ". Aux termes de l'article 199 ter C du même code dont les dispositions sont rendues applicables aux sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés en application de l'article 220 C de ce code : " I.- Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été versées. L'excédent de crédit d'impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l'État d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée, puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire ". La demande de remboursement d'une créance de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi présentée sur le fondement des dispositions précitées constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales.

4. À cet égard, les irrégularités qui peuvent entacher la décision par laquelle l'administration rejette la réclamation contentieuse présentée par un contribuable sont sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition et sur le bien-fondé des impositions contestées. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de la décision du 4 avril 2022 aux motifs que l'administration n'était pas compétente pour qualifier la demande de la société requérante de réclamation pour l'application de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales ou qu'elle était entachée d'erreurs de droit doivent être écartés.

5. En second lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ".

6. Il résulte des termes mêmes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 que la prescription quadriennale instituée par cette loi n'est applicable que sous réserve des dispositions définissant un régime légal de prescription spécial à une catégorie déterminée de créances susceptibles d'être invoquées à l'encontre de l'une de ces personnes morales de droit public.

7. Tel est le cas pour les créances relatives aux impositions entrant dans le champ d'application du livre des procédures fiscales, dont les dispositions, prises dans leur ensemble, définissent de manière exhaustive les règles applicables aux actions relatives aux créances et aux dettes fiscales pour les impositions qui en relèvent et ont en particulier pour effet d'instituer, pour celles-ci, un régime légal de prescription propre aux créances fiscales dont les contribuables entendent se prévaloir envers l'État. Par suite, les dispositions de la loi du 31 décembre 1968 ne sont pas applicables aux réclamations qui sont présentées, instruites et jugées dans les formes prévues par le livre des procédures fiscales.

8. Enfin, aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / () c) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation ".

9. Si les dispositions de l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts prévoient que les entreprises déclarent les réductions et crédits d'impôt selon le format établi par l'administration, dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat, les dispositions qui prévoient que le bénéfice d'un avantage fiscal est demandé par voie déclarative n'ont, en principe, pas pour effet d'interdire au contribuable de régulariser sa situation dans le délai de réclamation prévu à l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, sauf si la loi a prévu que l'absence de demande dans le délai de déclaration entraîne la déchéance du droit à cet avantage, ou lorsqu'elle offre au contribuable une option entre différentes modalités d'imposition dont la mise en œuvre impose nécessairement qu'elle soit exercée dans un délai déterminé.

10. À cet égard, aux termes de l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts : " Pour l'application des dispositions des articles 199 ter C, 220 C et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises souscrivent une déclaration spéciale conforme au modèle établi par l'administration, qu'elles déposent auprès du service des impôts dont elles dépendent. / Les personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés déposent cette déclaration spéciale dans les mêmes délais que le relevé de solde mentionné à l'article 360 ". Aux termes de l'article 360 de cette annexe : " La liquidation de l'impôt sur les sociétés mentionnée au 2 de l'article 1668 du code général des impôts est réalisée par le redevable et détaillée sur un relevé de solde dont le modèle est fourni par l'administration, daté et signé de la partie versante et indiquant la nature du versement, son échéance, les éléments de liquidation, ainsi que la désignation et l'adresse du principal établissement de l'entreprise. / () / Les demandes de restitution de créances remboursables sont formulées sur ce relevé ". Aux termes de l'article 360 bis de cette annexe : " Le dépôt du relevé de solde est effectué au plus tard le 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l'exercice ou, si aucun exercice n'est clos en cours d'année, le 15 mai de l'année suivante ".

11. Il résulte des dispositions précitées que le délai de réclamation relatif au crédit d'impôt en litige, qui porte sur le droit au remboursement de la fraction non imputée de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, court à compter de la date limite de dépôt de relevé de solde d'impôt sur les sociétés, auquel doit être jointe la déclaration spéciale relative à ce crédit d'impôt. Cette date limite qui constitue, au sens du c) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, la réalisation de l'événement qui motive la réclamation, est fixée, par l'article 360 bis de l'annexe III au code général des impôts, au plus tard au 15 du quatrième mois qui suit la clôture de l'exercice ou, si aucun exercice n'est clos en cours d'année, au 15 mai de l'année suivante.

12. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la SAS Wec Mats Béton, dont la clôture d'exercice intervient au 31 décembre, a présenté sa demande de remboursement du solde de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2015, le 30 mars 2022. Le délai de réclamation mentionné au c) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales courait, pour une demande de remboursement de solde d'un crédit d'impôt se rapportant à l'année 2015, à compter du 15 avril 2019, date de réalisation de l'événement définie au point précédent et expirait le 31 décembre 2021. Par suite, et alors que la SAS Wec Mats Béton ne saurait, en tout état de cause, se prévaloir des dispositions de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics qui ne sont pas applicables à la créance sur l'État née de l'excédent de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, l'administration a, à bon droit, rejeté la demande de remboursement présentée par la société requérante comme tardive en application des dispositions de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par la SAS Wec Mats Béton doit être rejetée y compris les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 er : La requête de la SAS Wec Mats Béton est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Wec Mats Béton et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201924

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