lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202166 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CHIN-NIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2022, l'office public de l'habitat - OPAC de l'Oise et la société SMA SA, représentés par Me Chin-Nin, demandent au tribunal :
1°) de condamner la société Proxiserve à verser une somme de 23 892,43 euros à l'OPAC de l'Oise en réparation du préjudice subi ;
2°) de condamner la société Proxiserve à verser une somme de 2 046 euros à la société SMA SA en réparation du préjudice subi ;
3°) de condamner la société Proxiserve à verser à l'OPAC de l'Oise la somme de
1 000 euros au titre de la résistance abusive ;
4°) de mettre à la charge de la société Proxiserve la somme de de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à chacune des parties.
Ils soutiennent que :
- le tribunal administratif est compétent dès lors que le marché public conclu entre l'OPAC de l'Oise et la société Proxiserve est un contrat administratif et que les litiges nés de son inexécution relèvent de la juridiction administrative ;
- la responsabilité de la société Proxiserve est engagée au regard des manquements à ses obligations contractuelles eu égard au délai écoulé avant la réparation effective de la ventilation motorisée contrôlée ;
- ils ont subi un préjudice consistant en la détérioration de onze logements par l'apparition de moisissures et de condensation qui doit être évalué à la somme de 23 892,43 euros toutes taxes comprises.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, la société Proxiserve, représentée par Me Heckenroth, conclut au rejet de la requête ou, à défaut, de réduire le montant du préjudice invoqué par les requérants et, en tout état de cause, de mettre à leur charge une somme de
2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de démonstration d'un intérêt à agir de la société SMA SA et de l'OPAC de l'Oise ;
- le préjudice subi par les requérants ne peut lui être imputé en l'absence de tout justificatif d'une dépense effectivement engagée, le seul rapport d'expertise étant insuffisant à démontrer un tel lien de causalité ;
- elle peut se prévaloir d'une cause exonératoire ;
- le montant du préjudice tel qu'évalué n'a pas pris en considération l'état de vétusté des logements.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- l'ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Heckenroth, représentant la société Proxiserve.
Considérant ce qui suit :
1. L'office public de l'habitat de l'Oise (OPAC de l'Oise) a conclu avec la société Proxiserve un contrat d'entretien et de maintenance des installations de chauffage et de la ventilation mécanique contrôlée (VMC) de son parc immobilier pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2017. En juillet 2017, une panne de la VMC a justifié que l'OPAC de l'Oise mandate son cocontractant pour faire cesser ce dysfonctionnement et procéder aux réparations nécessaires. Ces travaux ont été achevés en janvier 2018. L'OPAC de l'Oise et son assureur, la société SMA SA, demandent au tribunal de condamner la société Proxiserve à leur verser respectivement une somme de 23 892,43 euros et de 2 046 euros, au titre de la réparation des préjudices subis du fait des retards d'exécution de ces prestations.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la société Proxiserve et tirées du défaut d'intérêt à agir des organismes requérants :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur () ". Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par ces dispositions législatives de justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré. En outre, l'assureur n'est fondé à se prévaloir de la subrogation légale dans les droits de son assuré que si l'indemnité a été versée en exécution d'un contrat d'assurance.
3. Il ne résulte pas de l'instruction que la société SMA SA, en sa qualité d'assureur de l'OPAC de l'Oise, aurait effectué un quelconque paiement à son assuré. Aucun justificatif tendant à démontrer qu'elle aurait payé une indemnité d'assurance à l'OPAC de l'Oise n'est ainsi versé au dossier. Dès lors, elle ne peut bénéficier de la subrogation prévue par les dispositions de l'article L. 121-12 du code des assurances. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par la société Proxiserve tirée du défaut de qualité pour agir de la société SMA SA.
4. D'autre part, à supposer même que les assureurs des locataires de l'OPAC de l'Oise auraient indemnisé ces derniers afin de procéder aux travaux de réfection de leurs logements, cette circonstance est seulement susceptible d'avoir une incidence sur l'ampleur du préjudice que continuerait ou non de subir l'OPAC mais n'a en revanche pas d'incidence sur son intérêt à agir.
Sur la responsabilité contractuelle :
S'agissant de la faute de la société Proxiserve :
5. Aux termes de l'article 2 du chapitre 1er du cahier des clauses techniques particulières du marché : " () Le titulaire devra assurer dans les délais et conditions d'exécution définis aux articles 5-3 et 5-4 du CCAP : / - tous dépannages nécessaires au bon fonctionnement de l'équipement concerné y compris la réparation ou le remplacement à l'identique () des pièces défectueuses au titre de la garantie totale () ". Selon l'article 10 du chapitre 2 relatif à l'entretien des ventilations mécaniques contrôlées collectives du même document : " () Cette garantie porte sur les éléments suivants et au minimum, ceux décrits ci-dessus : le remplacement du groupe moto-ventilateur y compris le caisson pour un appareil ayant les mêmes caractéristiques techniques ; () / les appareils de commande et de sécurité ainsi que le raccordement électrique jusqu'au disjoncteur E.D.F. Ce remplacement de matériel sera toujours exécuté de façon à assurer en permanence le renouvellement d'air des logements conformément à la réglementation en vigueur ".
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Proxiserve a été informée au plus tard le 25 septembre 2017 d'une panne de la ventilation motorisée contrôlée collective survenue dans le bâtiment situé à Montmorency appartenant à l'OPAC de l'Oise et dont elle avait en charge la maintenance. En dépit de nombreuses demandes, la société n'est intervenue pour procéder aux réparations adéquates qu'en décembre 2017 et janvier 2018, soit plus de trois mois après le signalement des dysfonctionnements, alors qu'il ne résulte ainsi pas de l'instruction que le cocontractant de l'OPAC de l'Oise aurait procédé aux réparations nécessaires antérieurement à cette date et dont il est constant qu'elle constitue une méconnaissance du délai d'intervention contractuellement prévu. Par suite, l'OPAC de l'Oise est fondé à soutenir que le retard avec lequel la société Proxiserve est intervenue afin de procéder à la remise en service de la ventilation motorisée contrôlée du bâtiment constitue une faute contractuelle de nature à engager sa responsabilité.
7. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'office public de l'habitat de l'Oise aurait été à l'origine du dysfonctionnement du système de ventilation ou aurait procédé à des branchements électriques susceptibles d'avoir causé la panne intervenue en juillet 2017 ou se serait encore opposé aux préconisations de la société Proxiserve lors du remplacement du caisson de la ventilation. Par ailleurs, si la société Proxiserve soutient avoir informé l'OPAC de l'Oise des difficultés rencontrées dans l'installation de ce nouveau caisson, cette allégation ne suffit pas à démontrer qu'elle aurait été empêchée d'intervenir durant plusieurs mois ni qu'elle n'aurait pu procéder aux nouveaux branchements sur le tableau électrique général. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que l'office public de l'habitat de l'Oise aurait commis une faute de nature à l'exonérer ou atténuer ses responsabilités.
8. En dernier lieu et d'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise assurantielle du 19 octobre 2018, que les travaux de remise en état des installations comprennent notamment la réfaction des logements touchés par le nettoyage des moisissures, l'application d'une couche de peinture et la remise du papier peint. Si la société Proxiserve se borne à indiquer que les travaux n'ont pas encore été effectués par l'OPAC de l'Oise, cette circonstance est sans incidence sur le chiffrage des dommages constatés. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction qu'il y ait lieu d'appliquer un coefficient de vétusté, ni que ces travaux seraient autres que ceux strictement nécessaires à la réparation du dommage, ni enfin que les procédés employés pour la remise en état ne seraient pas les moins onéreux possibles. Dans ces conditions, il y a lieu, ainsi que l'a fait l'auteur du rapport d'expertise assurantielle, d'évaluer le montant des réparations nécessaires à la somme de 23 892, 43 euros toutes taxes comprises, alors que cette évaluation n'est contredite par aucun autre élément.
9. D'autre part, si l'OPAC de l'Oise sollicite le versement d'une indemnité au titre d'une "résistance abusive" de la société Proxiserve, elle n'établit pas qu'elle aurait subi un préjudice distinct de celui décrit au point précédent.
10. Il résulte de ce qui précède que l'OPAC de l'Oise est fondé à demander la condamnation de la société Proxiserve à lui verser la somme de 23 892,43 euros toutes taxes comprises.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'office public de l'habitat de l'Oise, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société Proxiserve la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge la société Proxiserve le versement à l'OPAC de l'Oise d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La société Proxiserve est condamnée à verser à l'office public de l'habitat de l'Oise la somme de 23 892,43 euros toutes taxes comprises.
Article 2 : La société Proxiserve versera la somme de 1 500 euros à l'office public de l'habitat de l'Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la l'Office public de l'habitat de l'Oise, à la société MSA SA et à la société Proxiserve.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
S. Thérain
L'assesseur le plus ancien,
signé
A. Rondepierre
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026