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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202344

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202344

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202344
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU1
Avocat requérantPATERNOTTE ANNE-LAURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 juillet et 5 août 2022, M. C B, représenté par Me Paternotte demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points ayant conduit à cette situation à la suite de l'infraction commise le 22 décembre 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer le capital de points affecté à son titre de conduite, ainsi que ledit titre ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- le décompte de ses points est erroné par suite d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer soutient que les informations requises lors de la constatation des infractions donnant lieu à un retrait de points a bien été assurée et que l'infraction commise le 26 juin 2019 au même titre que celle commise le 22 décembre 2019 font obstacle au bénéfice des dispositions revendiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

1. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information sans qu'il ne puisse être toutefois tiré argument que les décisions contestées ne satisferaient pas à l'exigence de motivation dans une situation où le ministre est en situation de compétence liée.

S'agissant de l'infraction commise le 22 décembre 2019 (condamnation pénale) :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B, que la réalité de l'infraction commise le 22 décembre 2019 est établie par la condamnation pénale, devenue définitive le 30 novembre 2021, prononcée le 22 janvier 2021 par le tribunal de grande instance de Beauvais. Lors de l'instance pénale ayant donné lieu à ces jugements, M. B n'a eu à exercer aucun choix qui aurait pu le conduire à ne pas reconnaître la matérialité des faits qui lui étaient imputés, celle-ci ayant été acquise après que la condamnation fut devenue définitive, indépendamment de sa volonté. Dès lors, l'absence de délivrance de l'information générale prévue par le premier alinéa de l'article L. 223-3 précité du code, à la suite de l'infraction commise le 26 juin 2019 n'a pas eu pour effet de vicier substantiellement la procédure préalable au retrait de points. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur dans le calcul du décompte des points :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () A la date d'obtention du permis de conduire, celui-ci est affecté de la moitié du nombre maximal de points. Il est fixé un délai probatoire de trois ans. Au terme de chaque année de ce délai probatoire, le permis est majoré d'un sixième du nombre maximal de points si aucune infraction ayant donné lieu à un retrait de points n'a été commise depuis le début de la période probatoire () " et aux termes de l'article R. 223-1 du même code : " I. - Le permis de conduire est affecté d'un nombre maximal de douze points. II. - A la date d'obtention du permis de conduire, celui-ci est affecté d'un nombre initial de six points. / Au terme de chaque année du délai probatoire défini à l'article L. 223-1, si aucune infraction ayant donné lieu à retrait de points n'a été commise depuis le début de la période probatoire, ce permis de conduire est majoré de deux points. Cette majoration est portée à trois points si le titulaire du permis a suivi un apprentissage anticipé de la conduite. III. - Pendant le délai probatoire, le permis de conduire ne peut être affecté d'un nombre de points supérieur à six. Ce nombre est augmenté de la majoration résultant de l'application du II du présent article. IV. - A l'issue de ce délai probatoire, si aucune infraction ayant donné lieu à retrait de points n'a été commise, le permis de conduire est affecté du nombre maximal de douze points. / En cas de commission d'infraction ayant donné lieu à retrait de points au cours du délai probatoire, l'affectation du nombre maximal de points intervient dans les conditions définies à l'article L. 223-6. V. - Le délai probatoire de trois ans court à compter de la date d'obtention du permis de conduire, quelle qu'en soit la catégorie. Ce délai est réduit à deux ans ou, s'il n'est pas achevé alors que la durée de deux ans est dépassée, prend fin lors de l'obtention de la catégorie B du permis de conduire dans le cadre de l'apprentissage anticipé de la conduite ". Il résulte de ces dispositions que le nombre maximal de points dont un permis de conduire est susceptible d'être affecté est de six au cours du délai probatoire et de douze une fois ce délai expiré et que ce n'est que dans le cas où, pendant le délai probatoire, le titulaire n'a commis aucune infraction ayant donné lieu à retrait de points que le capital de son permis se trouve effectivement porté à douze à l'expiration du délai.

4. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire du requérant, édité le 20 juillet 2022 et produit par le ministre de l'intérieur, que M. B a obtenu un permis probatoire doté d'un capital de six points le 22 novembre 2018. Il a toutefois commis, au cours du délai probatoire de deux ans, une infraction au code de la route le 26 juin 2019, outre celle précédemment visée, ayant entraîné un retrait d'un point du capital de points affecté à son permis de conduire, sachant que le point retiré à la suite de l'infraction du 26 juin 2019 lui a été réattribué le 8 janvier 2020 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, faisant obstacle à l'application du bénéfice des dispositions précitées avant le 22 novembre 2020 selon les indications mêmes du relevé d'information intégral le concernant. La réalité de l'infraction commise le 22 décembre 2019 n'étant cependant établie qu'à la date à laquelle la condamnation y afférente est devenue définitive, soit le 30 novembre 2021, il bénéficiait à cette date d'un solde de 12 points ramené à 6 du fait de cette même infraction. Il suit de là que le requérant est fondé à soutenir que la décision 48SI du 9 avril 2022 doit être annulée du fait du solde positif du capital de point attaché au permis de conduire de M. B.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur portant retrait de points du solde de points du permis de conduire de M. B ainsi que celle portant invalidation de son permis de conduire doivent être rejetée ainsi que des conclusions à fin d'injonction et bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à celles tendant au bénéfice de ces mêmes dispositions présentées par le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'exécution de celui-ci implique nécessairement, la restitution du titre de conduite du requérant affecté d'un capital de 6 points sous réserve de l'existence d'autres infractions entrainant retrait de points.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Celles présentées par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur ce même terrain seront par contre rejetées

D E C I D E :

Article 1er : la décision portant invalidation du permis de conduire de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. B le bénéfice de son permis de conduire affecté d'un capital de six points sous réserve d'autres infractions entrainant retrait de points.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le ministre de l'intérieur et des outre-mer tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre2022

Le magistrat désigné,

signé

G. A

La greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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