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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202376

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202376

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202376
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMONAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 juillet 2022 et 15 décembre 2023, dont le dernier n'a pas été communiqué, l'association départementale de sauvegarde de l'enfance à l'adulte de l'Oise (D), représentée par Me Monamy, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 décembre 2021 du département de l'Oise en tant qu'elle a retiré sa décision de prendre en charge les frais de séjour de M. B au sein de l'institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP) de Laversines durant les week-ends de la période courant du 23 mars 2021 au 16 avril 2022, ensemble le rejet de son recours gracieux du 24 mai 2022 ;

2°) de condamner le département de l'Oise à lui verser la somme de 125 049,57 euros correspondant à ces frais de séjour, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 mars 2022 et de la capitalisation de ces derniers ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Oise une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de retrait du 28 décembre 2021 est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le rejet du 24 mai 2022 de son recours gracieux a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision de retrait du 28 décembre 2021 est illégale dès lors que la décision de prise en charge des frais de séjour de M. B durant les week-ends était légale au regard des dispositions des articles L. 228-3 et L. 228-4 du code de l'action sociale et des familles et ne pouvait être retirée en application des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision est illégale dès lors que la décision de prise en charge des frais de séjour de M. B durant les week-ends était légale au regard des dispositions de l'article L. 242-10 du code de l'action sociale et des familles et ne pouvait être retirée en application des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision est illégale dès lors que l'attestation de fin de prise en charge de M. B du 1er décembre 2023 mentionne que les frais de séjour ne lui seront plus versés en raison de la fin de l'accueil de l'intéressé ;

- l'illégalité de la décision du 28 décembre 2021 lui a causé un préjudice matériel à hauteur de 125 049,57 euros constitué par les frais de séjour de M. B durant les week-ends de la période considérée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le département de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Lacoste, substituant Me Monamy, représentant l'association départementale de sauvegarde de l'enfance à l'adulte de l'Oise, ainsi que celles de Me Lesure, représentant le département de l'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 23 mars 2021, le tribunal pour enfants de A a renouvelé, pour une durée d'un an courant à compter du 16 avril 2021, le placement de M. C B, né le 2 mars 2005, auprès des services de l'aide sociale à l'enfance de l'Oise et ordonné que l'intéressé ait le statut d'interne du lundi au dimanche au sein de l'institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP) de Laversines. Le département de l'Oise a décidé de prendre en charge les frais de séjour de M. B le 24 septembre 2021 puis a retiré cette décision le 28 décembre 2021. Par un courrier du 24 mars 2022, l'association départementale de sauvegarde de l'enfance à l'adulte de l'Oise (D) qui assure la gestion de l'ITEP de Laversines, a présenté un recours gracieux contre cette décision en tant qu'elle refuse la prise en charge des frais liés à l'accueil de M. B durant les week-ends. Ce recours a été rejeté par une décision du département de l'Oise du 24 mai 2022. D doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de la décision de retrait du 28 décembre 2021, ensemble le rejet de son recours gracieux, ainsi que la condamnation du département de l'Oise à lui verser une somme de 125 049,27 euros au titre des frais de séjour de M. B au sein de l'ITEP de Laversines durant les week-ends de la période courant du 23 mars 2021 au 16 avril 2022.

2. En premier lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration détermine les droits d'une personne physique ou d'un établissement ou service public ou privé à la prise en charge de frais qu'elle a exposés au titre de l'entretien, de l'éducation et de la conduite d'un mineur qui lui est confié, au titre d'un placement à l'aide sociale à l'enfance, par l'autorité judiciaire, il appartient au juge administratif, eu égard à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressée sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision de retrait du 28 décembre 2021, de l'absence de procédure contradictoire préalablement à son adoption ainsi que de l'incompétence de l'autorité ayant pris la décision du 24 mai 2022 portant rejet du recours gracieux sont sans incidence sur le litige.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 228-3 du code de l'action sociale et des familles : " Le département prend en charge financièrement au titre de l'aide sociale à l'enfance, à l'exception des dépenses résultant de placements dans des établissements et services publics de la protection judiciaire de la jeunesse, les dépenses d'entretien, d'éducation et de conduite de chaque mineur : / 1° Confié par l'autorité judiciaire en application des articles 375-3,375-5 et 433 du code civil à des personnes physiques, établissements ou services publics ou privés ; () ". Aux termes de l'article L. 228-4 du même code : " () Les dépenses mentionnées à l'article L. 228-3 sont prises en charge par le département du siège de la juridiction qui a prononcé la mesure en première instance, nonobstant tout recours éventuel contre cette décision. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 242-10 du code de l'action sociale et des familles : " Les frais d'hébergement et de soins dans les établissements ou services mentionnés au 2° du I de l'article L. 312-1 ainsi que les frais de soins concourant à cette éducation dispensée en dehors de ces établissements, à l'exception des dépenses incombant à l'Etat en application de l'article L. 242-1, sont intégralement pris en charge par les régimes d'assurance maladie, dans la limite des tarifs servant de base au calcul des prestations. / A défaut de prise en charge par l'assurance maladie, ces frais sont couverts au titre de l'aide sociale sans qu'il soit tenu compte des ressources de la famille. Il n'est exercé aucun recours en récupération des prestations d'aide sociale à l'encontre de la succession du bénéficiaire décédé lorsque ses héritiers sont son conjoint, ses enfants ou la personne qui a assumé, de façon effective et constante, la charge du handicapé ". Aux termes de l'article L. 312-1 du même code : " I.-Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : / () 2° Les établissements ou services d'enseignement qui assurent, à titre principal, une éducation adaptée et un accompagnement social ou médico-social aux mineurs ou jeunes adultes handicapés ou présentant des difficultés d'adaptation ; () ". Aux termes de l'article D. 312-0-1 du même code : " Les établissements et services mentionnés au 2° du I de l'article L. 312-1 relèvent de l'une des catégories suivantes : () / 2° Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique ; () ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

6. Si M. B a été placé au sein de l'établissement de Laversines géré par D par un jugement du 23 mars 2021 du tribunal pour enfants de A en application de l'article 375-3 du code civil, il résulte de l'instruction que cet établissement a le statut d'institut thérapeutique, éducatif et pédagogique au sens des dispositions précitées de l'article D. 312-0-1 du code de l'action sociale et des familles. Dès lors, et alors qu'au demeurant les frais de séjour de M. B durant les jours de semaine ont été pris en charge par le régime d'assurance maladie, D n'est pas fondée à soutenir que le département de l'Oise devait prendre en charge les frais d'hébergement et de soin de M. B durant les week-ends au sein de l'établissement qu'elle gère. Par ailleurs, en se bornant à soutenir que les frais d'hébergement exposés durant les week-ends le sont en raison d'une décision de l'autorité judiciaire décidant le placement de l'intéressé à temps complet au sein de l'ITEP pour sa sécurité, alors que cet établissement n'est normalement pas ouvert en continu, D n'établit pas avoir exposé au bénéfice de M. B des frais d'entretien qui ne seraient pas relatifs à son hébergement et à ses soins et qui excéderaient les sommes que le département de l'Oise a accepté de prendre en charge aux termes de sa décision du 28 décembre 2021. Dans ces conditions, D n'est pas fondée à soutenir que la décision du département de l'Oise du 24 septembre 2021 de prendre en charge les frais de séjour de M. B au sein de l'ITEP de Laversines ne pouvait pas être retirée dans un délai de quatre mois en application des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En troisième lieu, en application des textes cités aux points 3 et 4 qui ne fixent pas de régimes distincts en fonction de ce que les frais sont exposés le week-end ou pendant les jours ouvrés, les frais d'hébergement et de soins de M. B au sein de l'ITEP de Laversines pour les week-ends de la période en litige ont vocation à être pris en charge par le régime d'assurance maladie. Dans ces conditions, D n'est pas fondée à soutenir que le département de l'Oise devait les prendre en charge en raison de leur défaut de prise en charge par le régime d'assurance maladie, en application de l'article L. 242-10 du code de l'action sociale et des familles. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit, D n'établit pas avoir exposé au bénéfice de M. B des frais d'entretien qui ne seraient pas relatifs à son hébergement et à ses soins et qui excéderaient les sommes que le département de l'Oise a accepté de prendre en charge aux termes de sa décision du 28 décembre 2021. Dans ces conditions, D n'est pas fondée à soutenir que la décision du département de l'Oise de prendre en charge les frais de séjour de M. B au sein de l'ITEP de Laversines du 24 septembre 2021 ne pouvait pas être retirée dans un délai de quatre mois en application des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

8. En quatrième lieu, la circonstance que l'attestation de fin de prise en charge de M. B du 1er décembre 2023 mentionne que les frais de séjour ne lui seront plus versés en raison de la fin de l'accueil de l'intéressé, qui résulte de toute évidence d'une erreur matérielle, est sans incidence sur les droits de D à obtenir la prise en charge des frais en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède que D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée, ensemble le rejet de son recours gracieux, ainsi que la condamnation du département de l'Oise à lui verser la somme qu'elle demande au titre des frais de séjour en litige. Par suite, les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association départementale de sauvegarde de l'enfance à l'adulte de l'Oise et au département de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2202376

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