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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202439

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202439

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202439
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, Mme E B, représentée par Me David, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la suspension provisoire du permis de visite, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au paiement de cette somme dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 3 600 euros TTC au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable au regard de la prescription quadriennale dès lors qu'elle a été formée dans un délai de quatre ans à compter du 1er janvier 2021, année suivant le jugement du tribunal administratif d'Amiens du 7 février 2020 ayant annulé la décision du 11 septembre 2017 suspendant son droit de visite au centre pénitentiaire de Liancourt pour une durée de six mois ;

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison de l'illégalité du 11 septembre 2017 suspendant son permis de visite à son compagnon M. D pendant une durée de six mois ;

- la décision lui a causé un préjudice moral en portant atteinte de manière disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a porté un préjudice moral à deux de ses enfants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le ministre de la justice, garde des sceaux, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est la compagne de M. D, qui était incarcéré au centre de détention de Liancourt. Par une décision du 11 septembre 2017, la directrice de cet établissement a suspendu son permis de visite pour une durée de six mois. Par un jugement 7 février 2020 n°1702783, le tribunal administratif d'Amiens a annulé cette décision pour excès de pouvoir. Le 11 janvier 2022, Mme B a formé une réclamation préalable auprès du ministre de la justice, garde des sceaux demandant la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'illégalité de la décision annulée par le tribunal. L'administration ayant implicitement rejeté sa réclamation, Mme B demande, par la présente requête, au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros.

Sur la responsabilité :

2. Par une décision du 11 septembre 2017, Mme B a vu son permis de visite suspendu pour une durée de six mois pour avoir été surprise en train d'avoir un rapport sexuel avec M. D au parloir. Par le jugement du tribunal administratif d'Amiens cité au point 1 et devenu définitif, cette décision a été annulée au motif que sa durée était disproportionnée. Cette illégalité est fautive et engage la responsabilité de l'Etat.

Sur le préjudice :

3. Il résulte de l'instruction que l'atteinte à la vie personnelle et familiale invoquée par la requérante résulte directement de l'illégalité fautive de l'administration, qui a eu pour conséquence directe de priver Mme B de voir M. D au parloir pendant six mois. Toutefois, la décision n'a pas eu pour effet de priver la requérante de toute communication avec ce dernier, alors qu'il résulte des pièces produites en défense que les échanges téléphoniques ont continué après le 11 septembre 2017. De plus, il n'est pas établi que les enfants du couple, la jeune A et le jeune C, ont été dans l'impossibilité de rendre visite à leur père, alors que la décision de suspension ne concernait que leur mère et qu'un déplacement au parloir pouvait être organisé en lien avec l'administration. Dans ces conditions, eu égard à la durée la suspension du permis de visite, il sera fait une juste appréciation des circonstances de l'espèce en condamnant l'Etat à verser à Mme B, au titre de son préjudice moral, la somme de 200 euros, tous intérêts compris.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

4. Le présent jugement statuant sur des conclusions indemnitaires présentées dans le cadre d'un recours de plein contentieux ne nécessite aucune mesure d'exécution autre que le versement de l'indemnité accordée. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 200 euros, tous intérêts compris.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, au ministre de la justice, garde des sceaux et à Me David.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le président,

signé

S. Lebdiri

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au ministre de la justice, garde des sceaux en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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