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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202515

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202515

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202515
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJU2
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet 2022 et 3 mai 2024, la SAS " société aéroportuaire de gestion et d'exploitation de Beauvais " (SAGEB), représentée par Mes Chatel, Pronier et Romanik, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties, taxe spéciale d'équipement, taxe GEMAPI et taxe d'enlèvement des ordures ménagères ainsi que les suppléments de ces taxes auxquels elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 dans les rôles de la commune de Tillé (Oise);

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la convention de délégation de service public pour la gestion de l'aéroport de Beauvais-Tillé conclue avec le syndicat mixte de l'aéroport de Beauvais-Tillé (SMABT) doit être regardée comme constituant un contrat d'" affermage concessif " ;

- compte tenu de la dualité de ce contrat, les biens mis à disposition par le syndicat mixte qui font l'objet d'un affermage n'avaient pas à être inscrits au bilan de la société SAGEB tandis que les biens construits dans le cadre de la partie concession du contrat devaient y figurer en application de l'article 621-8 du plan comptable général ;

- c'est donc à tort que le service a réintégré dans la base des impositions à la taxe foncière des années en litige la valeur locative des biens passibles de taxe foncière mis à disposition par le syndicat en la déterminant par l'application des articles 1499 et 1500 du code général des impôts ; c'est en application des articles 1498 et 1500 de ce code que cette valeur locative devait être déterminée selon la méthode d'appréciation directe du III de l'article 1498 ;

- compte tenu des résultats du recours hiérarchique exercé à la suite d'un contrôle ultérieur, il y a lieu de retenir une valeur de 2 034 526 euros comme valeur vénale 1970 des terrains, constructions et agencements appartenant au SMABT pour l'application de la méthode par voie d'appréciation directe du III de l'article 1498 ;

- dans le cas où le tribunal ne retiendrait pas cette méthode, mais la méthode comptable de l'article 1499 du code général des impôts, selon les mêmes résultats du recours hiérarchique, il y aura lieu de retenir un prix de revient des biens passibles de la taxe foncière de 5 325 689 euros auxquels seront appliqués le plancher de 80% prévu par l'article 1518 B du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conclusions concernant la taxe foncière primitive de l'année 2017 sont irrecevables, la réclamation ayant été présentée au-delà du délai prévu par l'article R* 196-3 du livre des procédures fiscales ; que pour le surplus les moyens soulevés par la SAS SAGEB ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les conclusions de M. Menet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par contrat de délégation de service public du 19 mars 2008, le groupement constitué par la chambre de commerce et d'industrie de l'Oise et la société Véolia Transport, devenu la SAS " société aéroportuaire de gestion et d'exploitation de Beauvais " (SAGEB) s'est vu confier, par le syndicat mixte de l'aéroport de Beauvais-Tillé (SMABT) qui en est le propriétaire, la gestion et l'exploitation de cet aéroport. La SAS SAGEB n'a valorisé à son bilan que les biens qu'elle a apportés ou construits en exécution de ce contrat, à l'exclusion des biens de retour appartenant au SMABT et que ce dernier lui a confiés dans le cadre de cette délégation. A la suite du contrôle effectué par les services fiscaux, ces biens de retour ont été réintégrés dans les biens passibles de la taxe foncière dont la valeur locative est prise en compte pour déterminer la base d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties et ont été évalués selon la méthode prévue à l'article 1499 du code général des impôts, applicable aux établissements industriels. La SAS SAGEB, qui considère que ces biens de retour font l'objet d'un affermage et n'avaient pas à être inscrits à son bilan, demande que ces biens soient évalués selon la méthode par comparaison prévue à l'article 1498 du code général des impôts. Elle doit par suite être regardée comme demandant la réduction des suppléments de taxe foncière sur les propriétés bâties et taxes annexes auxquels elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018.

Sur la base imposable à la taxe foncière des années en litige :

2. Aux termes de l'article 1388 du code général des impôts : " La taxe foncière sur les propriétés bâties est établie d'après la valeur locative cadastrale de ces propriétés déterminée conformément aux principes définis par les articles 1494 à 1508 et 1516 à 1518 B et sous déduction de 50 % de son montant en considération des frais de gestion, d'assurances, d'amortissement, d'entretien et de réparation ". Aux termes de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 modifiée dans sa version applicable au 1er janvier 2017 pour la détermination de la valeur locative des biens passibles de la taxe foncière : " I.-Les conditions de la révision des valeurs locatives des propriétés bâties mentionnées à l'article 1498 du code général des impôts , de celles affectées à une activité professionnelle non commerciale au sens de l'article 92 du même code et de celles affectées à un usage professionnel spécialement aménagées pour l'exercice d'une activité particulière mentionnées à l'article 1497 dudit code retenues pour l'assiette des impositions directes locales et de leurs taxes additionnelles sont fixées par le présent article./ La valeur locative des propriétés bâties mentionnées au premier alinéa est déterminée à la date de référence du 1er janvier 2013./ Modalités d'évaluation des locaux professionnels II.-La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif ou, à défaut, par référence aux autres critères prévus par le présent article. Elle tient compte de la nature, de la destination, de l'utilisation, des caractéristiques physiques, de la situation et de la consistance de la propriété ou fraction de propriété considérée./ Les propriétés mentionnées au I sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, les propriétés sont, le cas échéant, classées par catégories, en fonction de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. III.-La valeur locative des propriétés bâties mentionnées au I est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au B du IV à la surface pondérée du local définie au V ou, à défaut de tarif, par la voie d'appréciation directe mentionnée au VI./ () VI.-Lorsque le IV n'est pas applicable, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe en appliquant un taux de 8 % à la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété au sens du I, telle qu'elle serait constatée à la date de référence définie au B du IV si cette propriété ou fraction de propriété était libre de toute location ou occupation. A défaut, la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété au sens du I est déterminée en ajoutant à la valeur vénale du terrain, estimée à la date de référence par comparaison avec celle qui ressort de transactions relatives à des terrains à bâtir situés dans une zone comparable, la valeur de reconstruction à la date de référence de la propriété. La valeur locative mentionnée au premier alinéa du présent VI est réduite de moitié pour tenir compte de l'impact de l'affectation de la propriété ou fraction de propriété au sens du I, partielle ou totale, à un service public ou d'utilité générale. () XVI.-A.-Les résultats de la révision des valeurs locatives des locaux mentionnée au I sont pris en compte à compter :1° De l'établissement des bases au titre de 2017, dans les conditions prévues aux B et C () ". Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts dans sa version applicable en 2018 : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. () III. - A. - La valeur locative des propriétés ou des fractions de propriété qui présentent des caractéristiques exceptionnelles est déterminée en appliquant un taux de 8 % à la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété, telle qu'elle serait constatée si elle était libre de toute location ou occupation à la date de référence définie au B du présent III. A défaut, la valeur vénale de la propriété ou fraction de propriété est déterminée en ajoutant à la valeur vénale du terrain, estimée à la date de référence par comparaison avec celle qui ressort de transactions relatives à des terrains à bâtir situés dans une zone comparable, la valeur de reconstruction de la propriété à la date de référence. La valeur locative mentionnée au premier alinéa du présent A est réduite de moitié pour tenir compte de l'impact de l'affectation de la propriété ou fraction de propriété, partielle ou totale, à un service public ou d'utilité générale. B. - La valeur locative des propriétés et fractions de propriétés mentionnées au A du présent III est déterminée au 1er janvier 2013 ou, pour celles créées après le 1er janvier 2017, au 1er janvier de l'année de leur création ". Aux termes de l'article 1499 du même code : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt () ". Aux termes de l'article 1500 du même code : " Les bâtiments et terrains industriels sont évalués : 1° selon les règles fixées à l'article 1499 lorsqu'ils figurent à l'actif du bilan de leur propriétaire ou de leur exploitant, et que celui-ci est soumis aux obligations définies à l'article 53 A ; 2° Selon les règles prévues à l'article 1499, lorsqu'ils figurent à l'actif du bilan d'une entreprise qui a pour principale activité la location de ces biens industriels ; 3° Selon les règles fixées à l'article 1498, lorsque les conditions prévues aux 1° et 2° du présent article ne sont pas satisfaites ". Enfin, l'article 621-8 du plan comptable général applicable aux années en litige prévoit que : " Les biens mis dans la concession par le concédant ou par le concessionnaire sont inscrits à l'actif du bilan de l'entité concessionnaire. L'inscription à l'actif du bilan du concessionnaire de la valeur des biens mis gratuitement dans la concession par le concédant comporte une contrepartie au passif du bilan, classée dans les autres fonds propre ".

3. Il résulte de ces dispositions que le délégataire de service public titulaire d'un contrat de concession doit inscrire à son bilan non seulement les biens propres qu'il apporte et les biens de reprise qu'il construira au cours du contrat, mais également les biens de retour qui lui sont confiés par le concédant pour la gestion et l'exploitation du service qui lui sont confiées. Ces biens, qui relèvent, s'agissant d'un aéroport, d'un établissement industriel, doivent être évalués selon la méthode prévue à l'article 1499 du code général des impôts, dite méthode comptable, lorsque, comme en l'espèce, le concessionnaire est une personne soumise aux obligations prévues par l'article 53A du code général des impôts.

4. La SAS SAGEB soutient que son contrat présente un caractère dual et constitue un " affermage concessif ". Elle en déduit que si les biens de reprise et ses biens propres, qui sont exploités sous forme de concession, doivent en effet être évalués selon la méthode comptable, les biens de retour mis à disposition par le SMABT doivent être regardés comme faisant l'objet d'un contrat d'affermage, ne doivent pas être inscrits à son bilan et doivent, par conséquent, être évalués selon la méthode prévue par le III de l'article 1498 du code général des impôts, en application de l'article 1500 de ce code.

5. Le contrat de concession se définit comme celui qui charge un particulier ou une société d'exécuter un ouvrage public ou d'assurer un service public, à ses frais, et que l'on rémunère en lui confiant l'exploitation de l'ouvrage public ou l'extension du service public avec le droit de percevoir des redevances sur les usagers de l'ouvrage ou sur ceux qui bénéficient du service public. Il porte non seulement sur la gestion du service public mais également sur la réalisation des travaux de premier établissement ou d'extension des ouvrages nécessaires à la gestion du service public. En revanche, le contrat d'affermage est celui par lequel une personne publique confie à un tiers la gestion d'un service public à ses risques et périls en mettant à sa disposition, contre le versement d'une redevance, les ouvrages nécessaires au service. Il en découle que le fermier ne fait que gérer le service et n'a pas, en principe, de travaux publics à réaliser. Il peut cependant être mis à sa charge des travaux d'entretien ou d'extension du réseau sans dénaturation du contrat.

6. En l'espèce, il résulte des termes du contrat de délégation de service public conclu entre la SAS SAGEB et le SMABT, qu'il ne présente aucun caractère " dual " ainsi que le soutient la société requérante. A nul endroit, le terme d'affermage n'apparaît et les parties ne font aucune distinction entre les modalités de gestion et d'exploitation des biens de retour, des biens propres ou des biens de reprise. Au contraire, seul le terme de " concessionnaire " est utilisé pour désigner la SAS SAGEB, lorsqu'il n'est pas recouru à celui de délégataire. Surtout, le montant des immobilisations mises à disposition par le SMABT est valorisé à environ 30 millions d'euros alors qu'après actualisation, le concessionnaire est tenu d'exécuter un programme pluriannuel de travaux dépassant 70 millions d'euros, qui comprennent en particulier la construction d'une nouvelle aérogare et d'un système de sécurité aérienne sur les pistes dit ILS3 qui ne peuvent certainement pas être qualifiés de travaux accessoires d'entretien ou de réhabilitation compte tenu de leur ampleur. Si ces travaux ne sont pas des travaux de premier établissement, ils constituent néanmoins des travaux d'extension de l'ouvrage public dont la réalisation est l'un des objets déterminants du contrat. Il en résulte que la délégation de service public en litige a les caractéristiques exclusives d'un contrat de concession.

7. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la SAS SAGEB devait inscrire à son bilan la valeur des biens de retour qui lui ont été confiés par le SMABT et que c'est à bon droit que le service a évalué ces biens selon la méthode d'évaluation comptable prévue par l'article 1499 du code général des impôts, comme il a été dit au point 3.

Sur l'évaluation de la valeur locative des biens passibles de taxe foncière :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la globalité des biens inscrits au bilan de la SAS SAGEB et passibles de la taxe foncière devait être évaluée selon la méthode comptable de l'article 1499 du code général des impôts. Le moyen tiré de l'application du III de l'article 1498 est inopérant et doit être écarté.

9. En second lieu, la SAS SAGEB se prévaut des termes d'un courrier du

30 juin 2023 rédigé par l'inspecteur principal des finances publiques ayant examiné son recours hiérarchique, qui concerne les conséquences d'un contrôle en matière de taxe foncière sur les années d'imposition 2019 à 2021. Elle n'indique toutefois pas sur quelle base légale elle entend opposer à l'administration cette prise de position qui est postérieure à celle des années en litige. En tout état de cause, au vu des éléments produits, les écritures de la requérante ne permettent pas de déterminer ce que seraient les conséquences de cette prise de position sur la consistance des biens passibles de taxe foncière en ce qui concerne la détermination des bases imposables au cours des années en litige.

10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de

non-recevoir opposée en défense, la requête de la SAS SAGEB doit être rejetée.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la SAS SAGEB demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS SAGEB est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS " société aéroportuaire de gestion et d'exploitation de Beauvais " et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction des vérifications nationales et internationales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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