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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202608

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202608

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202608
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP NORMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 août 2022 et 4 septembre 2023, M. C B, représenté par Me Arheix, demande au tribunal :

1°) d'ordonner avant dire droit une expertise afin de déterminer l'étendue de la perte de chance associée au retard fautif de prise en charge commis par le centre hospitalier de Chauny et d'évaluer les préjudices en ayant résulté ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Chauny à lui verser une provision de

1 500 euros ;

3°) à défaut, de condamner le centre hospitalier de Chauny à lui verser la somme de 150 000 euros en réparation de son préjudice corporel.

Il soutient que :

- le centre hospitalier de Chauny a commis une faute en ne procédant pas à l'exploration de la plaie présentée à l'index de la main gauche lors de sa prise en charge le 17 décembre 2019 ;

- il en a résulté un retard de diagnostic de la lésion tendineuse initiale partielle dont il était atteint, qui a conduit à une rupture totale du tendon, prise en charge ultérieurement au centre hospitalier de Saint-Quentin ;

- en l'état, il n'est pas possible d'évaluer les préjudices en lien avec cette faute, à défaut d'une expertise ordonnée avant dire droit, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Chauny la somme de 150 000 euros au titre de son préjudice corporel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le centre hospitalier de Chauny, représenté par Me Cariou, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- une nouvelle expertise ne présenterait pas d'utilité ;

- il n'existe pas de lien de causalité entre la prise en charge de l'établissement et le syndrome d'exclusion fonctionnelle dont demeure atteint M. B ;

- l'indemnisation allouée au titre du déficit fonctionnel temporaire ne saurait excéder la somme de 39,60 euros ;

- il n'est pas possible en l'état d'indemniser une perte de gains professionnels actuels en l'absence d'éléments de comparaison ;

- l'indemnisation au titre des souffrances endurées ne saurait excéder la somme de

500 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire ne saurait excéder la somme de 100 euros.

La requête, les mémoires et les pièces produites dans la présente instance ont été communiquées à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne qui n'a pas présenté d'observation.

Par ordonnance du 8 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une blessure par bris de verre au niveau de l'index et de l'annulaire de la main gauche, M. B a été pris en charge le 17 décembre 2019 par le service des urgences du centre hospitalier de Chauny qui a procédé à la suture simple des plaies. A la suite d'un claquement douloureux avec sensation d'élastique, M. B a été pris en charge, le 20 janvier 2020, par le centre hospitalier de Saint-Quentin qui a procédé à des examens complémentaires ayant mis en évidence une rupture secondaire des fléchisseurs conduisant à une intervention chirurgicale le 27 janvier 2020. Le compte-rendu opératoire décrivait alors une plaie complète du fléchisseur profond de l'index. En dépit des soins ultérieurs qui lui ont été prodigués, M. B a conservé des séquelles de cette rupture tendineuse en présentant un syndrome d'exclusion fonctionnelle de l'index gauche.

2. Estimant sa prise en charge non conforme, M. B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales qui a ordonné une expertise ayant conclu à une faute du centre hospitalier de Chauny mais à l'absence de perte de chance associée à celle-ci par rapport aux séquelles conservées par l'intéressé.

3. Par la présente requête, M. B demande la condamnation du centre hospitalier de Chauny à réparer les préjudices qui ont résulté pour lui du dommage subi en ordonnant une expertise avant dire droit.

Sur la responsabilité :

4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise diligenté par la commission conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, qui présente les mêmes garanties procédurales qu'une expertise juridictionnelle et a été établi par un médecin expert chirurgien orthopédiste, que le centre hospitalier de Chauny a commis une faute en ne procédant pas à l'exploration de la plaie présentée par M. B située au niveau du trajet tendineux et en se bornant à effectuer une suture simple, ce qui n'a pas permis de diagnostiquer la rupture partielle du fléchisseur profond dont l'intéressé était atteint. Cette faute a conduit à un retard de prise en charge adéquate par une intervention chirurgicale qui n'a pu être conduite que le 27 janvier 2020 à la suite de la rupture totale du fléchisseur profond.

6. Toutefois, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

7. En l'espèce, il résulte également du rapport d'expertise, qui n'est pas utilement contesté sur ce point par l'avis non contradictoire du Dr A, anesthésiste réanimateur, établi le 5 février 2021, qui, au demeurant, se borne à émettre des hypothèses en vue d'une future expertise, que le retard de prise en charge adéquate résultant de la faute du centre hospitalier de Chauny, pour regrettable qu'il soit, n'a pas engendré de perte de chance d'éviter les complications ultérieures connues par M. B et particulièrement le syndrome d'exclusion fonctionnelle dont il reste atteint, qui résulte des suites possibles de l'intervention rendue nécessaire par sa blessure initiale et qui auraient été identiques en cas d'intervention immédiate, dès la survenance de la blessure.

8. A cet égard, si l'expert a émis l'hypothèse que la sensation d'une mauvaise prise en charge initiale, telle que ressentie par M. B a pu constituer un facteur psychologique participant à la survenance du syndrome d'exclusion, il a écarté par la suite un tel lien de causalité et n'a pas retenu l'existence d'une perte de chance.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, que la demande indemnitaire présentée par M. B doit être rejetée.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Chauny, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le centre hospitalier de Chauny au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Chauny en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au centre hospitalier de Chauny et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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