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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202624

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202624

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202624
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET COUBRIS & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 août 2022 et 25 septembre 2023,

M. G E, Mme K E, M. A E, Mme F E épouse B, M. H E, M. I E, M. C E et M. D E, représentés par Me Coubris, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à leur verser la somme globale de 224 976,03 euros, assortie des intérêts légaux, en réparation de leurs préjudices suite au décès de leur mère et grand-mère, J E ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie à leur verser la somme de 15 000 euros au titre du préjudice d'impréparation de J E ;

3°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- J E, leur mère et grand-mère, a été victime d'un accident médical non fautif dans les suites de l'intervention du 29 mai 2018 dont la réparation, à hauteur de 95 %, incombe à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ;

- J E a subi un déficit fonctionnel temporaire total lors de son hospitalisation du 1er au 22 juin 2018, date de son décès dont l'indemnisation peut être évaluée à la somme de 627 euros ;

- elle a subi un préjudice esthétique temporaire qui peut être évalué à la somme de

4 750 euros ;

- elle a enduré des souffrances dont l'indemnisation peut être évaluée à la somme de

47 500 euros ;

- elle a subi un préjudice d'angoisse de mort imminente qui peut être évalué à la somme de 47 500 euros ;

- le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie a manqué à son devoir d'information ce qui a entrainé un préjudice d'impréparation dont l'indemnisation peut être évaluée à la somme de 15 000 euros ;

- MM. G, A et I E, ses enfants, ont subi un préjudice d'affection d'un montant de 19 000 euros chacun ;

- Mmes F et K E et MM. H, C et D E, ses petits-enfants, ont subi un préjudice d'affection d'un montant de 11 400 euros chacun ;

- M. G E a supporté des frais d'obsèques à hauteur de 3 615,15 euros ;

- M. G E a exposé des frais de déplacement à raison de dix allers-retours de 344 kilomètres durant l'hospitalisation de sa mère qui peuvent être évalués à la somme de 2 336,85 euros ;

- M. A E a exposé des frais de déplacement à raison de dix allers-retours de 248 kilomètres durant l'hospitalisation de sa mère qui peuvent être évalués à la somme de 1 531,40 euros ;

- M. I E a exposé des frais de déplacement à raison de vingt allers-retours de 248 kilomètres durant l'hospitalisation de sa mère qui peuvent être évalués à la somme de 3 114,63 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, représenté par la SCP Lebègue Derbise, conclut au rejet des conclusions indemnitaires présentées contre lui par les consorts E.

Il fait valoir que :

- la complication dont a été victime J E n'était pas un risque connu de l'intervention chirurgicale pratiquée le 29 mai 2018 de sorte qu'il n'a pas manqué à son devoir d'information ;

- il n'en a résulté, en tout état de cause, aucune perte de chance de se soustraire à l'intervention, ni aucun préjudice d'impréparation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril et 28 septembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Ravaut, demande à ce que les prétentions indemnitaires des consorts E soient ramenées à de plus justes proportions.

Il fait valoir que :

- il ne conteste pas que le dommage relève de la solidarité nationale à hauteur de 80 % ainsi que l'a retenu l'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire total de J E ne saurait excéder 252 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire ne saurait excéder la somme de 400 euros ;

- l'indemnisation des souffrances endurées ne saurait excéder la somme de 4 000 euros ;

- l'existence d'un préjudice d'angoisse de mort imminente, distinct des souffrances endurées, n'est pas établi ;

- le préjudice d'affection des enfants de J E ne saurait excéder la somme de 5 200 euros chacun, celui de ses petits-enfants, la somme de 3 600 euros chacun ;

- le montant des frais d'obsèques n'est pas contesté ;

- la réalité et la fréquence des frais de déplacement des fils de J E ne sont pas établies, en tout état de cause, l'indemnisation allouée à ce titre ne saurait excéder la somme 318,27 euros chacun.

La requête, les mémoires et les pièces présentés dans la présente instance ont été communiqués à la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme qui n'a pas présenté d'observations.

Par ordonnance du 2 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,

- et les observations de Me Tiphaine, représentant les consorts E et de Me Ricard, représentant le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie.

Considérant ce qui suit :

1. Atteinte de coxarthrose, J E a fait l'objet d'une intervention chirurgicale pour la pose d'une prothèse de hanche droite au sein du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie le 29 mai 2018. Souffrant de douleurs abdominales dès son retour à domicile le 31 mai 2018, elle a été hospitalisée en réanimation hépato-gastroentérologique le 1er juin suivant puis en soins intensifs à compter du 19 juin où elle décèdera, le 22 juin 2018, d'une ischémie digestive avec syndrome occlusif. Les consorts E ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales qui a ordonné une expertise dont le rapport a été déposé le 21 avril 2019 et qui a conclu à la survenance d'un accident médical non fautif dont la réparation incombe à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, ONIAM. Estimant que l'offre d'indemnisation faite par l'ONIAM était insuffisante, les consorts E demandent, par la présente requête, sa condamnation à leur verser la somme globale de 224 976,03 euros. Ils demandent également la condamnation du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie au titre d'un manquement à son obligation d'information.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne l'engagement de la solidarité nationale :

2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement.

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise diligenté par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales que le décès de J E est en lien avec l'acte de soin constitué par l'intervention pour pose d'une prothèse de hanche effectuée le 29 mai 2018. En outre, aucune faute dans la prise en charge de cette intervention et de ses suites ou dans la prise en charge des complications ultérieures dont a été victime J E n'a été identifiée. L'expert a ainsi retenu que le décès de J E résultait d'ulcérations duodénales diffuses, de type ulcères de stress, responsables d'hémorragies digestives à répétition, sans possibilité d'hémostase à partir du 6 juin 2018, constitutif d'un accident médical non fautif, pour lequel le critère de gravité prévu par l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, s'agissant d'un décès, est caractérisé.

5. Il résulte, en outre, de l'instruction que le décès de J E présente un caractère notablement plus grave que l'évolution prévisible de sa pathologie initiale qui ne pouvait conduire qu'à la perte de la marche à terme, en l'absence d'intervention chirurgicale.

6. Il résulte de ce qui précède que les consorts E sont fondés à soutenir que la réparation du dommage subi par J E résultant d'ulcérations duodénales diffuses responsables d'hémorragies digestives à répétition relève de la solidarité nationale en application du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et incombe, par suite, à l'ONIAM.

En ce qui concerne la faute du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie :

7. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. () ".

8. Il résulte de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que la survenue d'ulcères de stress, tels que les ulcérations duodénales diffuses dont a été victime J E, constitue un risque connu de toute intervention chirurgicale. Par suite, compte-tenu de la gravité de ce risque, le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie était tenu d'en informer J E, bien que ce risque soit exceptionnel. Alors qu'il est constant que

Mme E n'a pas reçu d'information à ce titre, les consorts E sont fondés à soutenir que la responsabilité du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie est engagée à ce titre.

Sur la prise en compte de l'état antérieur de J E :

10. Dès lors que l'imputabilité directe à un acte médical est établie et que les conditions d'anormalité et de gravité prévues au II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique sont remplies, le préjudice indemnisable doit être réparé en totalité. En outre, il appartient au juge de déterminer l'indemnité due aux requérants, dans la limite des conclusions indemnitaires dont il est saisi, laquelle s'apprécie au regard du montant total de l'indemnisation demandée pour la réparation de l'entier dommage, et ce, quelle que soit l'argumentation des parties sur un éventuel partage de responsabilité.

11. Ainsi, et dès lors que les conditions d'anormalité et de gravité prévues au II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique sont en l'espèce remplies, il ne saurait être tenu compte de l'état de santé initial de J E, au motif de son âge de 84 ans à la date du dommage, pour limiter le droit à réparation à une fraction seulement du dommage. Par suite et sans qu'ait d'incidence la circonstance que l'expert a retenu un partage entre la survenance de l'accident médical non fautif et l'état antérieur lié à l'âge de J E ou que les requérants aient eux-mêmes proposé un autre partage aux termes de leurs écritures, l'ONIAM ne saurait demander que le droit à réparation des consorts E soit limité à une fraction de son dommage.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de J E :

12. En premier lieu, il résulte de l'instruction que J E a subi un déficit fonctionnel temporaire total lors de son hospitalisation du 1er au 22 juin 2018, date de son décès. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, sur la base de quinze euros par jour, en allouant la somme de 330 euros.

13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que J E a souffert de souffrances physiques et morales en lien avec l'accident médical non fautif subi que l'expert a évalué à 5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 15 000 euros.

14. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que J E a subi un préjudice esthétique temporaire que l'expert a évalué à 2 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

15. En quatrième lieu, le droit à réparation du préjudice résultant pour la victime de la douleur morale qu'elle a éprouvée du fait de la conscience d'une espérance de vie réduite constitue un droit entré dans son patrimoine avant son décès qui peut être transmis à ses héritiers.

16. En l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment des conclusions du rapport d'expertise, alors même que le rapport ne se serait pas prononcé sur ce chef de préjudice, que J E a vu son état se dégrader rapidement à compter du 1er juin 2018 et a été avertie par l'équipe médicale du peu de chance de réussite d'une intervention chirurgicale pourtant seule à même d'arrêter les saignements dont elle souffrait. Une procédure d'arrêt des thérapeutiques actives a été décidée avec elle par l'équipe médicale. Par suite, il résulte de l'instruction que J E a enduré une douleur morale, distincte des souffrances physiques et morales indemnisées par ailleurs, du fait de la conscience de la dégradation de son état de santé et de la réduction de son espérance de vie. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.

17. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser aux ayants droit de J E au titre de ses préjudices, la somme de 21 330 euros.

18. En outre, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité, notamment en prenant certaines dispositions personnelles. Il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident. En revanche, la souffrance morale que l'intéressé a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.

19. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 9 que le manquement du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie à son obligation d'information est établi. La souffrance morale, qui est présumée, endurée par J E à la découverte des complications de l'intervention, sans y avoir été préparée, sera justement réparée à hauteur de la somme de 2'000 euros, mise à la charge du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie au profit des ayants droit de J E.

En ce qui concerne les préjudices propres des requérants :

S'agissant des préjudices de M. G E :

20. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. G E justifie avoir exposé des frais d'obsèques d'un montant de 3 806,48 euros qui ne sont ni excessifs, ni somptuaires. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge de l'ONIAM.

21. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. G E en lui allouant la somme de 6 500 euros.

22. En troisième lieu, si leur fréquence n'est pas établie par la seule attestation non circonstanciée de l'intéressé qui en fait état, la réalité des visites de M. G E à sa mère au sein du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie est établie. Il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant des frais de transport exposés en allouant la somme de

500 euros

23. Il résulte de ce qui précède que l'ONIAM doit être condamné à verser à M. G E la somme de 10 806,48 euros en réparation de ses préjudices propres.

S'agissant des préjudices de M. A E :

24. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. A E en lui allouant la somme de 6 500 euros.

25. En second lieu, si leur fréquence n'est pas établie par la seule attestation non circonstanciée de l'intéressé qui en fait état, la réalité des visites de M. A E à sa mère au sein du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie est établie. Il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant des frais de transport exposés en allouant la somme de

500 euros.

26. Il résulte de ce qui précède que l'ONIAM doit être condamné à verser à M. A E la somme de 7 000 euros en réparation de ses préjudices propres.

S'agissant des préjudices de M. I E :

27. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. I E en lui allouant la somme de 6 500 euros.

28. En second lieu, si leur fréquence n'est pas établie par la seule attestation non circonstanciée de l'intéressé qui en fait état, la réalité des visites de M. I E à sa mère au sein du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie est établie. Il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant des frais de transport exposés en allouant la somme de 500 euros.

29. Il résulte de ce qui précède que l'ONIAM doit être condamné à verser à M. I E la somme de 7 000 euros en réparation de ses préjudices propres.

S'agissant des préjudices de Mmes F et K E et MM. H, C et D E :

30. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mmes F et K E et MM. H, C et D E, petits-enfants de la défunte, en leur allouant la somme de 3 500 euros chacun.

Sur les intérêts :

31. Les consorts E ont droit à ce que les sommes mentionnées aux points 17, 23, 26, 29 et 30 soient majorées de l'intérêt au taux légal à compter du 4 août 2022, date de réception de leur demande préalable par l'ONIAM et la somme mentionnée au point 19, à compter du 5 août 2022, date de réception de leur demande préalable par le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie.

Sur les frais d'instance :

32. Il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM et du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les consorts E et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'ONIAM est condamné à verser la somme globale de 21 330 euros aux ayants droit de J E en réparation des préjudices subis avant son décès.

Article 2 : L'ONIAM est condamné à verser la somme de 10 806,48 euros à M. G E en réparation de ses préjudices propres.

Article 3 : L'ONIAM est condamné à verser la somme de 7 000 euros à M. A E en réparation de ses préjudices propres.

Article 4 : L'ONIAM est condamné à verser la somme de 7 000 euros à M. I E en réparation de ses préjudices propres.

Article 5 : L'ONIAM est condamné à verser la somme de 3 500 euros chacun à Mmes F et K E et MM. H, C et D E en réparation de leurs préjudices propres.

Article 6 : Les sommes mentionnées aux articles 1er à 5 porteront intérêt légal à compter du 4 août 2022.

Article 7 : Le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie est condamné à verser la somme globale de 2 000 euros aux ayants droit de J E en réparation du préjudice subi avant son décès.

Article 8 : La somme mentionnée à l'article 7 portera intérêt légal à compter du 5 août 2022.

Article 9 : L'ONIAM et le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie verseront la somme globale de 1 500 euros à M. G E, Mme K E, M. A E, Mme F E épouse B, M. H E, M. I E, M. C E et M. D E en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 10 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, Mme K E, M. A E, Mme F E épouse B, M. H E, M. I E, M. C E et M. D E, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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