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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202845

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202845

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202845
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT
Avocat requérantPOIRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 29 août 2022 sous le n° 2202845, Mme B A, représentée par Me Poirier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 juin 2022 par lesquelles la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a refusé de lui accorder une remise de sa dette d'aide personnelle au logement d'un montant de 2 691 euros et de sa dette de prestations familiales d'un montant de 539,94 euros pour la période de juillet 2020 à septembre 2021 ;

2°) de lui accorder une remise totale de ces dettes.

Elle soutient que sa fille ne réside plus avec elle depuis le 1er juin 2022 et qu'elle est dans une situation de précarité financière ne lui permettant pas de rembourser ses dettes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur l'indu d'allocations familiales ;

- la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a accordé à Mme A, le 7 décembre 2022, une remise partielle de sa dette d'aide personnelle au logement ;

- le moyen soulevé par Mme A n'est pas fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions relatives aux prestations familiales.

II. Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2022 sous le n° 2203238, Mme B A, représentée par Me Poirier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juin 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a refusé de lui accorder une remise de sa dette de prime d'activité d'un montant de 661,52 euros pour la période de juillet 2020 à octobre 2021 ;

2°) de lui accorder une remise totale de cette dette.

Elle soutient que sa fille ne réside plus avec elle depuis le 1er juin 2022 et qu'elle est dans une situation de précarité financière ne lui permettant pas de rembourser sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne dit s'en rapporter à ses écritures présentées dans le cadre de la procédure n° 2202845.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dhiver, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 2202845 et 2203238 de Mme A présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par une décision du 19 octobre 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a notifié à Mme A un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 2 691 euros, un indu de prime d'activité d'un montant de 661,52 euros et un indu de prestations familiales d'un montant de 539,94 euros pour la période de juillet 2020 à octobre 2021. Mme A a sollicité une remise gracieuse de ces dettes et, par deux décisions du 27 juin 2022 et une décision du 28 juin 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a rejeté sa demande. Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions et de lui accorder la remise gracieuse de ses dettes.

Sur les prestations familiales :

3. Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ". Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1°) A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () / ". L'article L. 511-1 de ce code dispose également : " Les prestations familiales comprennent : () 2°) les allocations familiales ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 142-8 de ce même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1°) Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ".

4. Il résulte de ces dispositions que les litiges relatifs aux allocations familiales relèvent de la compétence du tribunal judiciaire. Par suite, les conclusions de Mme A dirigées contre la décision du 27 juin 2022 refusant de lui accorder une remise de sa dette d'allocations familiales doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur la dette d'aide personnelle au logement en tant qu'elle excède la somme de 403 euros :

5. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 7 décembre 2022 intervenue en cours d'instance, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a accordé à Mme A une remise partielle, d'un montant de 2 288 euros, de sa dette d'aide personnelle au logement, ne laissant ainsi à sa charge que la somme de 403 euros. Par suite, les conclusions de Mme A relatives à sa dette d'aide personnelle au logement sont devenues sans objet en tant qu'elles excèdent la somme de 403 euros. Il n'y a pas lieu, dans cette mesure, d'y statuer.

Sur la dette d'aide personnelle au logement restant en litige et la dette de prime d'activité :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable au recouvrement d'indu d'aide personnelle au logement en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. " Aux termes de l'article L. 845-3 du même code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".

8. Il résulte des dispositions citées aux points 6 et 7 ci-dessus qu'un allocataire de la prime d'activité et d'une aide personnelle au logement ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité ou d'un indu d'aide versée au titre du logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

10. Il résulte de l'instruction que Mme A n'a pas déclaré les indemnités de chômage que sa fille, rattachée à son foyer, a perçu à compter du mois de septembre 2020. Pourtant, eu égard aux mentions portées sur le formulaire de déclaration des ressources, Mme A ne pouvait ignorer qu'elle était tenue de déclarer les indemnités de chômage que sa fille percevait. Compte tenu de la nature de l'omission et de la durée durant laquelle elle a perduré, Mme A doit être regardée comme ayant fait de fausses déclarations. Cette circonstance fait obstacle à ce que Mme A puisse prétendre à une remise ou à une réduction de sa dette d'aide personnelle au logement restant en litige et de sa dette de prime d'activité, quelle que soit sa situation financière actuelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne des 27 et 28 juin 2022, ni la remise de ses dettes d'aide personnelle au logement et de prime d'activité.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de Mme A relatives à la dette d'allocations familiales sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A relatives à la dette d'avoir fiscal en tant qu'elles excèdent la somme de 403 euros.

Article 3 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023 .

La présidente,

Signé

M. Dhiver La greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2202845, 2203238

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