jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202909 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 2 septembre, 16 novembre 2022 et 13 avril 2023, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 11 juillet 2022 par laquelle la section disciplinaire du conseil académique de l'université de Picardie Jules Verne a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion définitive.
Il soutient que :
- la sanction a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la section disciplinaire n'a pas examiné les éléments de preuve qu'il a fournis lors de son audition du 11 juillet 2022 et n'a pas procédé à l'audition de témoins ;
- cette sanction est fondée sur des faits matériellement inexacts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, l'université de Picardie Jules Verne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- et les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été étudiant en première année de licence de lettres et d'humanités au sein de l'antenne de Beauvais de l'université de Picardie Jules Verne au cours de l'année universitaire 2021-2022. Par une décision du 11 juillet 2022, la section disciplinaire du conseil académique de cette université lui a infligé une sanction d'exclusion définitive. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de la décision attaquée, la sanction prise à l'encontre de M. B est fondée sur des faits d'agression sexuelle à l'encontre de deux étudiantes et de tentative de viol sur une autre camarade de l'intéressé, antérieure à leur entrée respective dans l'enseignement supérieur.
3. D'une part, si l'université de Picardie Jules Verne fournit un témoignage de l'étudiante qui aurait été victime d'une agression sexuelle en novembre 2019, celui-ci ne porte pas sur des faits de nature à recevoir cette qualification mais se borne à relater le caractère possessif ou manipulateur de M. B ainsi qu'une soirée durant laquelle les deux étudiants se seraient physiquement rapprochés après avoir consommé plus d'alcool que de coutume. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les deux intéressés sont restés en contacts amicaux après cet épisode et que la plainte déposée le 16 octobre 2020 par cette étudiante en raison de ces faits a été classée sans suite le 12 novembre 2020 par le procureur de la République. D'autre part, si une autre étudiante, liée d'amitié avec la première, s'est plainte d'un comportement similaire de la part de M. B le 2 décembre 2019, aucun élément relatif à ces faits n'est produit par l'université de Picardie Jules Verne alors qu'il ressort des pièces du dossier que les deux intéressés sont restés en liens amicaux après cet épisode et que la plainte déposée le 16 octobre 2020 par cette étudiante en raison de ces faits a également été classée sans suite le 12 novembre 2020 par le procureur de la République. En outre, la tentative de viol sur une camarade qui fréquentait la même université que lui dont M. B se serait rendu coupable en 2016, antérieurement à leur entrée respective dans l'enseignement supérieur, n'est corroboré que par le témoignage d'une amie de la victime à qui cette dernière se serait confiée. Enfin, si l'université de Picardie Jules Verne pouvait prendre une décision de suspension aux motifs que deux étudiantes avaient déposé une plainte pour les faits exposés et que la présence de M. B au sein du campus risquait de perturber l'équilibre psychologique de ses potentielles victimes, elle ne pouvait légalement fonder une sanction sur ces circonstances, à supposer qu'elle ait entendu le faire, en l'absence de faute établie.
4. Dans ces conditions, la décision attaquée est fondée sur des faits qui ne sont pas matériellement établis et M. B est fondé à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen qu'il présente à l'appui de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 11 juillet 2022 est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'université de Picardie Jules Verne.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lebdiri, président,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
J. Richard
Le président,
signé
S. Lebdiri
La greffière,
signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2202909
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