jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202998 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 6 septembre 2022, le président du tribunal administratif de Limoges a transmis au tribunal administratif d'Amiens le dossier de la requête de Mme A B.
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 30 décembre 2020 et 8 mars 2021, Mme B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 septembre 2020 par laquelle l'Agence de services et de paiement a rejeté sa demande d'octroi de l'aide à l'achat ou à la location de véhicules peu polluants dite prime à la conversion ;
2°) d'enjoindre à l'Agence de services et de paiement de lui accorder cette prime à hauteur de 6 000 euros ;
3°) de condamner l'Agence de services et de paiement à lui verser une somme de 1 000 euros en réparation des préjudices matériel et moral qu'elle a subis en raison de l'illégalité de cette décision.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est fondée sur la circonstance, qui ne constitue pas une condition d'octroi de la prime, qu'elle ne dispose pas d'un profil France Connect précisant son nom d'épouse alors même que l'Agence de services et de paiement l'a identifiée comme l'auteur de la demande ;
- elle remplit l'ensemble des conditions pour bénéficier de la prime qu'elle a sollicitée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 février 2021 et 11 octobre 2022, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive et dès lors irrecevable ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée aurait pu être fondée sur la circonstance qu'elle était tenue de rejeter la demande dès lors que Mme B n'a pas établi son identité, que la facture du concessionnaire ne comporte pas le même nom que celui qui apparaît sur le profil électronique de la demandeuse et que la facture et le bon de commande du véhicule acheté ne portent ni la signature, ni le cachet du concessionnaire.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- l'arrêté du 29 décembre 2017 relatif aux modalités de gestion des aides à l'acquisition et à la location des véhicules peu polluants ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- et les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 juillet 2020, Mme B a demandé à bénéficier de l'aide à l'achat ou à la location de véhicules peu polluants dite prime à la conversion. L'Agence de services et de paiement a rejeté cette demande le 11 septembre 2020. Mme B demande l'annulation de cette décision ainsi que l'indemnisation à hauteur de 1 000 euros des préjudices matériel et moral qui en ont découlé.
Sur la recevabilité de la requête :
2. En premier lieu, Mme B établit avoir envoyé un recours gracieux à l'Agence de services et de paiement le 23 septembre 2020 qui ne conteste pas l'avoir reçu. Dans ces conditions, la requête de l'intéressée ne pouvait être tardive à la date de son enregistrement et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
3. En second lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
4. Malgré l'invitation qui lui a été faite, Mme B n'a pas établi que l'Agence de services et de paiement avait rejeté une demande préalable de l'indemniser des préjudices dont elle se prévaut. Dans ces conditions, ses conclusions indemnitaires sont, en application des dispositions citées au point précédent, irrecevables et doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision attaquée :
5. D'une part, aux termes de l'article D. 521-3 du code de l'énergie, dans sa rédaction applicable à la demande de Mme B : " I.-Une aide dite prime à la conversion est attribuée () à toute personne physique () qui acquiert () un véhicule automobile terrestre à moteur () II.-Cette aide est attribuée lorsque cette acquisition ou cette location s'accompagne du retrait de la circulation, à des fins de destruction, d'un véhicule () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 29 décembre 2017 relatif aux modalités de gestion des aides à l'acquisition et à la location des véhicules peu polluants : " () La demande de versement transmise à l'Agence de services et de paiement est accompagnée des données suivantes : / () 3° Dans le cas d'une demande de prime à la conversion prévue à l'article D. 251-3 du code de l'énergie : a) Identité du demandeur : / - une preuve de l'identité du demandeur ; / () ; b) Véhicule acquis ou loué : / - une preuve de propriété ; / - une preuve d'acquisition et la date d'acquisition () ".
7. Enfin, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 29 décembre 2017 relatif aux modalités de gestion des aides à l'acquisition et à la location des véhicules peu polluants : " L'Agence de services et de paiement instruit les demandes d'aide mentionnées à l'article 1er du présent arrêté. En cas de dossier incomplet, elle en informe par lettre simple ou courriel le demandeur et l'invite à compléter son dossier dans un délai de trente jours. A défaut de régularisation, la demande d'aide est refusée par l'Agence de services et de paiement. () ".
8. Aux termes de la décision attaquée, l'octroi de la prime demandée par Mme B a été refusée par l'Agence de services et de paiement en raison de l'absence de mention de son nom d'épouse sur son profil " France Connect ". Alors que l'identité de l'intéressée n'est pas contestée dans cette décision, la décision attaquée est par suite entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions citées aux points 2 et 3 et méconnaît les dispositions précitées de l'article 3 de l'arrêté du 29 décembre 2017 relatif aux modalités de gestion des aides à l'acquisition et à la location des véhicules peu polluants.
9. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
10. D'une part, si l'Agence de services et de paiement soutient que Mme B n'a pas établi son identité, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette agence ait remis en cause l'identité de l'intéressée durant l'instruction de son dossier et lui aurait demandé de la prouver par une pièce complémentaire à la demande. Dans ces conditions, cette agence n'établit pas qu'elle aurait pris la même décision au motif de l'absence de preuve de l'identité de Mme B.
11. D'autre part, la circonstance que la facture du véhicule achetée par Mme B et qui lui est adressée ne comporte pas le même nom que son profil " France Connect ", qui mentionne son nom de jeune fille, n'est pas de nature, en elle-même, à fonder la décision attaquée.
12. Enfin, si la facture et le bon de commande du véhicule acheté par Mme B ne portent ni la signature, ni le cachet du concessionnaire, cette circonstance ne peut légalement fonder la décision attaquée alors qu'il n'est pas contesté que cette facture est authentique et que, par ailleurs, Mme B a fourni un contrat d'achat signé portant sur le même véhicule ainsi qu'un certificat d'immatriculation d'un véhicule neuf du même modèle, pièces de nature à établir notamment la propriété du véhicule et sa date d'acquisition.
13. Dans ces conditions, la décision attaquée n'aurait pas pu être fondée sur ces motifs et l'Agence de services et de paiement ne peut demander à ce que ces derniers soient substitués à ceux qui fondent son refus.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. L'exécution du présent jugement implique uniquement que l'Agence de services et de paiement réexamine la demande de Mme B. Il y a lieu de l'y enjoindre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de l'Agence de services et de paiement du 11 septembre 2020 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'Agence de services et de paiement de réexaminer la demande de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Agence de services et de paiement.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lebdiri, président,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
Le président,
Signé
S. Lebdiri
La greffière,
Signé
M.-A. Boignard
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2202998
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