jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203032 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, M. A C B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 10 août 2022 par laquelle l'Agence de services et de paiement a rejeté sa demande d'octroi de l'aide à l'achat ou à la location de véhicules peu polluants dite bonus écologique.
Il soutient que :
- la décision attaquée ne pouvait être fondée sur la circonstance qu'il n'a pas fourni de certificat d'immatriculation du véhicule à son nom dès lors qu'il l'utilise sous couvert d'un contrat de location de longue durée ;
- il remplit l'ensemble des critères pour bénéficier de la prime qu'il a sollicitée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée aurait pu être fondée sur la circonstance que la durée de location n'était pas supérieure ou égale à deux ans.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- l'arrêté du 29 décembre 2017 relatif aux modalités de gestion des aides à l'acquisition et à la location des véhicules peu polluants ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- et les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a souscrit le 16 juin 2022 un contrat de location de longue durée de 36 mois pour un véhicule électrique neuf puis a demandé à bénéficier de l'aide à l'achat ou à la location de véhicules peu polluants dite bonus écologique. L'Agence de services et de paiement a rejeté cette demande par une décision du 10 août 2022. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article D. 251-1 du code de l'énergie, dans sa rédaction applicable à la demande de M. B : " Une aide, dite bonus écologique, est attribuée à toute personne physique majeure justifiant d'un domicile en France ou à toute personne morale justifiant d'un établissement en France et à toute administration de l'Etat qui acquiert ou qui prend en location, dans le cadre d'un contrat d'une durée supérieure ou égale à deux ans, un véhicule automobile terrestre à moteur () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 29 décembre 2017 relatif aux modalités de gestion des aides à l'acquisition et à la location des véhicules peu polluants : " () La demande de versement transmise à l'Agence de services et de paiement est accompagnée des données suivantes : / 1° Dans le cas d'une demande de bonus écologique prévu à l'article D. 251-1 du code de l'énergie pour les véhicules cités au a du 1° de l'article D. 251-1 du code de l'énergie : / () b) Véhicule acquis ou loué : / - une preuve de propriété ; / - une preuve d'acquisition et la date d'acquisition (dans le cas d'un véhicule loué, date de versement du 1er loyer) ; / - la date de commande si elle est différente de la date d'acquisition, ou dans le cadre d'une location, la date du contrat de location ; / - une preuve d'immatriculation, la date d'immatriculation et la date de première immatriculation ; () - l'engagement sur l'honneur : / () - pour un véhicule loué, à ne pas modifier la durée du contrat et à fournir la preuve, à toute demande de l'Agence de services et paiement, de la possession du véhicule pour une durée de deux ans suivant la conclusion du contrat ; () ".
4. Il ressort des dispositions citées aux deux points précédents que l'Agence de services et de paiement ne pouvait légalement opposer à M. B la circonstance qu'il n'avait pas fourni de certificat d'immatriculation du véhicule à son nom alors qu'il en dispose sous couvert d'un contrat de location de longue durée et qu'aucune obligation ne pesait sur lui de faire figurer son identité sur ce certificat.
5. En second lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, alors que M. B soutient remplir les conditions pour pouvoir bénéficier du bonus écologique, que l'entreprise avec qui l'intéressé a conclu le contrat de location de longue durée du véhicule lui ait octroyé cette aide ainsi que le précise la décision attaquée.
6. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Si l'article 2 du contrat de location auquel a souscrit M. B précise que la durée du contrat est comprise entre douze et trente-six mois, il est constant que sa durée normale est de trente-six mois, de sorte que la résiliation anticipée du contrat entraîne le paiement d'une pénalité. Par ailleurs, il résulte des dispositions précitées de l'article 1er de l'arrêté du 29 décembre 2017 qu'en cas de location de longue durée du véhicule, le bonus écologique est accordé sur production d'un engagement sur l'honneur à ne pas modifier la durée du contrat dont la production par M. B n'est pas contestée. Dans ces conditions, la décision attaquée n'aurait pas pu être fondée sur la circonstance que la durée du contrat de location souscrit par M. B n'était pas supérieure ou égale à deux ans.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de l'Agence de services et de paiement du 10 août 2022 est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à l'Agence de services et de paiement.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lebdiri, président,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
Le président,
Signé
S. Lebdiri
La greffière,
Signé
M.-A. Boignard
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 220303
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