jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203104 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CHIVOT-SOUFFLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 septembre 2022 et 4 septembre 2023, Mme B A, représentée par la SELARL Chivot-Soufflet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier de Soissons à lui verser la somme totale de 750 471 euros en réparation de ses préjudices.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier de Soissons a commis une faute en l'opérant d'un syndrome du canal carpien le 25 janvier 2012 alors que cette indication opératoire était erronée ;
- l'établissement a également manqué à son obligation d'information quant aux risques de cette intervention ;
- il en a résulté pour elle une perte de chance de 100 % d'éviter le syndrome régional douloureux complexe dont elle est depuis atteinte ;
- elle a subi des pertes de gains professionnels avant consolidation de son état de santé qui peuvent être évalués à la somme de 9 346 euros ;
- elle a subi un préjudice lié à la nécessité de recourir à l'assistance d'une tierce personne avant consolidation de son état de santé qui peut être évalué, sur la base de cinq heures hebdomadaires, à la somme de 3 465 euros ;
- elle a subi un préjudice lié à un déficit fonctionnel temporaire total lors de son hospitalisation puis de 25 % du lendemain de celle-ci jusqu'à la consolidation de son état de santé d'un montant total de 1 344 euros ;
- elle a subi un préjudice lié aux souffrances endurées d'un montant de
4 000 euros ;
- elle subit une perte de gains professionnels après consolidation de son état de santé qui peut être évaluée, s'agissant de la période depuis la consolidation de son état de santé sur la base de son salaire annuel moyen antérieur, déduction faite des revenus de remplacement perçus, à la somme de 151 164 euros, et s'agissant de la période future, à la somme de 257 056 euros ;
- elle subit un préjudice lié à la nécessité de recourir à l'assistance d'une tierce personne après consolidation de son état de santé qui peut être évalué, sur la base de cinq heures hebdomadaires à la somme de 59 290 euros, et s'agissant de la période future, à la somme de 194 698 euros ;
- elle subit un préjudice lié à un déficit fonctionnel permanent de 20 % d'un montant de 35 000 euros ;
- elle subit un préjudice esthétique permanent d'un montant de 7 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 juillet et 19 octobre 2023, le centre hospitalier de Soissons, représenté par la SCP Lebègue Derbise, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- aucune faute n'a été commise dans l'indication opératoire ; en tout état de cause, l'expert n'a reconnu aucun lien de causalité entre la faute alléguée et le dommage de
Mme A ;
- il n'a pas manqué à son devoir d'information ; en tout état de cause, aucun préjudice en lien avec un éventuel manquement en ce sens n'est établi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Welsch, conclut à sa mise hors de cause.
La requête, les mémoires et les pièces produites dans le cadre de la présente instance ont été communiqués à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Soufflet, représentant Mme A, et de Me Denys, représentant le centre hospitalier de Soissons.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été opérée d'un syndrome du canal carpien gauche le 25 juillet 2012 au sein du centre hospitalier de Soissons. Estimant sa prise en charge fautive, elle a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales qui a ordonné une expertise ayant conclu à l'absence d'indication opératoire. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation du centre hospitalier de Soissons à réparer ses préjudices.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte du rapport d'expertise que compte-tenu des résultats de l'électromyogramme réalisé en pré-opératoire à la demande du médecin généraliste de
Mme A, dont l'expert suppose que le chirurgien ayant opéré l'intéressée disposait, et qui n'indiquait aucune compression au niveau du canal carpien gauche, et du tableau atypique des douleurs, des examens complémentaires, dont il n'est pas précisé la nature, " aurait peut-être pu " faire l'objet d'une prolongation ou conduire à " envisager " une alternative thérapeutique sous forme d'une nouvelle infiltration. L'expert précise en outre que le syndrome régional douloureux complexe dont Mme A demeure atteinte et apparu postérieurement à l'intervention chirurgicale ne serait pas en lien avec l'" anomalie partielle de prise en charge dans le choix du traitement " alors même que ce syndrome est, par ailleurs, qualifié de risque connu et rare de l'intervention dont l'expert estime qu'elle n'était peut-être pas indiquée.
4. Dans ces conditions, compte-tenu du caractère hypothétique ou contradictoire des observations de l'expert diligenté par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une nouvelle expertise sur les conditions de prise en charge de
Mme A.
D É C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A procédé à une expertise médicale, en présence de Mme A, du centre hospitalier de Soissons, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne.
Article 2 : L'expert sera désigné par la présidente du tribunal. Il prendra connaissance des motifs du présent jugement et accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant la greffière en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 3 : L'expert aura pour mission de :
1°) prendre connaissance de l'ensemble des dossiers médicaux, chirurgicaux et hospitaliers de Mme A, et de tous documents ; entendre toute personne appartenant au service public hospitalier ayant donné des soins à l'intéressée ; procéder, s'il le juge utile, à l'examen clinique de Mme A ;
2°) indiquer si la prise en charge de Mme A par le centre hospitalier de Soissons à compter du 5 janvier 2012 a été conforme aux pratiques médicales et chirurgicales admises et aux données de la science acquises à l'époque des faits ou révèle des manquements, erreurs ou négligences dans les actes médicaux effectués ou dans l'organisation du service public hospitalier ; indiquer, notamment si l'intervention pratiquée le 25 juillet 2012 était indiquée ; indiquer si l'état de santé de Mme A est consolidé et à quelle date ; dans le cas où cet état ne serait pas consolidé, indiquer si des périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel peuvent être définies et, si dès à présent, un déficit fonctionnel permanent est prévisible et le quantifier ; indiquer quand un nouvel examen médical pourra fixer la consolidation ;
3°) indiquer si le syndrome régional douloureux complexe dont est atteinte Mme A est un risque connu de l'intervention pratiquée le 25 juillet 2012, s'il présente une fréquence statistique significative ou revêt le caractère d'un risque grave ; et de déterminer, le cas échéant, le taux de perte de chance résultant d'un défaut d'information quant à ce risque si
Mme A avait renoncé à l'intervention programmée. Pour déterminer ce taux, l'expert tiendra compte, d'une part, du taux de fréquence du risque, d'autre part, des risques inhérents aux alternatives qui auraient pu être proposées à la patiente, et, enfin, des risques encourus en cas de renonciation à l'intervention qui a été pratiquée ;
4°) déterminer dans les conditions fixées ci-dessous, les préjudices éventuels de Mme A imputables aux conditions de prise en charge au sein du centre hospitalier de Soissons à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes :
I°) préjudices patrimoniaux :
a) préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers notamment les frais d'assistance par tierce personne ;
b) préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, dépenses de santé futures éventuelles et frais divers notamment les frais d'assistance par tierce personne ;
II°) préjudices extra-patrimoniaux :
a) préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique, en les évaluant sur une échelle
de 1 à 7 ;
b) préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice esthétique et préjudice d'agrément, en les évaluant sur une échelle
de 1 à 7 ;
5°) de manière générale, fournir au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur le recours en responsabilité.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier de Soissons, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026