jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203142 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 septembre 2022 et 31 mai 2023, la SARL Pais et Fils demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et des pénalités correspondantes';
2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le service ne pouvait rejeter sa comptabilité au titre de l'exercice clos en 2015, seules trois erreurs ayant été relevées';
- la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires au titre de l'exercice clos en 2015 est inadaptée dès lors que le service s'est fondé sur des ratios non significatifs et a indûment écarté une avance client';
- ses frais de déplacements étaient justifiés et pouvaient à tout le moins être retenus à hauteur de la moitié';
- les majorations de 80 % pour manœuvres frauduleuses doivent par voie de conséquence être annulées.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2023, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales';
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Pais et Fils qui exerce une activité de travaux de maçonnerie générale et gros œuvre de bâtiment, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale l'a assujettie, selon la procédure de rectification contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017. Par la présente requête, la SARL Pais et Fils demande au tribunal de la décharger de ces impositions supplémentaires et des pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la reconstitution des recettes omises au titre de l'exercice clos en 2015 :
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le service a rejeté la comptabilité de la société requérante aux motifs qu'une même facture avait été comptabilisée à deux reprises à des dates différentes et pour des montants différents (1 800 et 6 978 euros), qu'une facture comptabilisée le 2 février 2015 pour 32 727,27 euros comportait le libellé " bis ", qu'une rupture dans la chaîne de numérotation des factures avait été constatée, aucune facture ne comportait le numéro 32, qu'une facture du 1er octobre 2014 ne comportait pas de numéro, qu'une facture numéro 34 du 24 septembre 2014 comportait une date antérieure à la facture numéro 16 du 4 octobre 2014, que des achats de matériaux pour des chantiers concernant des propriétés appartenant au gérant avaient été comptabilisés sans refacturation, que le gérant avait encaissé sur son compte bancaire personnel deux chèques à hauteur de la somme globale de 18 487,80 euros dont la société requérante était la bénéficiaire. Au regard de ces graves irrégularités, répétées et pour des montants importants, le service était fondé à rejeter la comptabilité de la société requérante comme insincère et non probante.
3. En second lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ".
4. Dès lors que le service a justement écarté la comptabilité de la société en considération de ses graves irrégularités et qu'il résulte de l'instruction qu'il a imposé la société requérante au titre des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés de l'exercice clos en 2015 conformément à l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires du 16 décembre 2021, la charge de la preuve de l'exagération de cette imposition supplémentaire est supportée par la société requérante.
5. D'autre part, le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de ses recettes peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie, en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, non seulement apporter tous éléments de preuve comptables ou extracomptables, mais aussi se fonder sur des faits reconnus exacts par l'administration, ou dont le juge serait amené, en cas de contestation, à reconnaître l'exactitude.
6. En l'espèce, pour reconstituer les recettes omises par la société requérante au titre de l'exercice clos en 2015, le service a établi des ratios à l'aide de données propres à la société vérifiée au titre des exercices clos de 2009 à 2014 (chiffre d'affaires/salaires et charges sociales, chiffre d'affaires/matières premières et chiffre d'affaires/salaires et charges sociales et matières premières et sous-traitance). Au moyen de ces différents ratios, le service a reconstitué un chiffre d'affaires hors taxes de 1 132 256 euros, soit une rectification de
246 925 euros en matière d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée subséquents à hauteur de 49 385 euros.
7. La société requérante qui se borne à faire état sans apporter aucune pièce que la fédération française du bâtiment aurait retenu une baisse d'activité dans le secteur de 4,3 % en 2014 et 2015, que le chiffre d'affaires reconstitué par le service s'explique en réalité par une avance faite à un client en 2011 et qu'aucune charge n'avait été comptabilisée en 2012, ne saurait être regardée, au regard de ces simples allégations et alors qu'elle ne soumet au tribunal aucune méthode alternative comme apportant la preuve qui lui incombe de ce que la méthode de reconstitution du service rappelée au point précédent du présent jugement était radicalement viciée ou excessivement sommaire. Ce moyen ne peut ainsi qu'être écarté.
En ce qui concerne les frais kilométriques :
8. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature ".
9. Il résulte de l'instruction que la société requérante a déduit de son résultat des indemnités kilométriques versées à son gérant pour l'utilisation de son véhicule personnel à hauteur de 11 192,78 euros au titre de l'exercice clos en 2015, 13 588,69 euros au titre de l'exercice clos en 2016 et 14 034,20 euros au titre de l'exercice clos en 2017. Le service a réintégré ces sommes au résultat de la société en considérant que malgré ses demandes il n'avait pas été justifié que ces dépenses avaient été exposées dans l'intérêt direct de la société ni qu'elles correspondaient à une charge effective.
10. La société requérante qui se borne à soutenir que le service n'apporte pas la preuve du caractère excessif de ces frais de déplacement, n'apporte la preuve qui lui incombe ni du principe de la déductibilité de ces charges ni de leur montant et n'est pas fondée à soutenir que le service ne pouvait les écarter.
Sur les pénalités :
11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou de dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat ou en cas d'application de l'article 792 bis ".
12. Pour assortir les impositions supplémentaires contestées de la majoration de 80 % prévue par les dispositions précitées, l'administration a relevé en premier lieu que le gérant de la société vérifiée avait encaissé des produits destinés à la société sur son compte bancaire personnel et que ces factures n'avaient pas été comptabilisées par la société requérante pour dissimuler l'absence de refacturation de travaux réalisés au bénéfice du gérant. Cette situation n'a pu être démontrée que par des recherches de l'administration, à l'occasion du contrôle, pour permettre un rapprochement entre l'adresse des chantiers concernés et le patrimoine du gérant et en exerçant son droit de communication. En second lieu, l'administration relève que le gérant de la société requérante avait obtenu de celle-ci et d'une autre société qu'il gérait également, mais dont le comptable était différent, le remboursement de mêmes frais kilométriques injustifiés pour l'usage d'un même véhicule et que les cotisations d'assurance du véhicule personnel du gérant étaient réglées par la société requérante. Le service a relevé que ces manœuvres n'avaient pu être mises à jour que par la vérification de comptabilité de l'autre société gérée par le gérant de la société requérante et par un examen contradictoire de situation fiscale personnelle de l'intéressé. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'existence d'agissements de nature à égarer l'administration constitutifs de manœuvres frauduleuses de la SARL Pais et Fils pour se soustraire à l'impôt sur les deux chefs de redressement concernés, justifiant l'application de la majoration du c de l'article 1729 du code général des impôts.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL Pais et Fils doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 er : La requête de la SARL Pais et Fils est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pais et Fils et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2203142
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