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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203242

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203242

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203242
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRDB ASSOCIES COMPIEGNE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée, sous le numéro 2203242, le 10 octobre 2022,

Mme A B, représentée par Me Briche, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la rémunération du président du conseil de surveillance de la société Pafic correspond aux fonctions de surveillance exercées par celui-ci et a été validé par les organes de la société de sorte qu'elle n'avait pas à être réintégrée au bénéfice de la société Pafic, ni ne pouvait être qualifiée de revenu distribué et se voir appliquer l'article 158-2 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023, l'administratrice générale chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2023.

II. Par une ordonnance du 13 octobre 2022, enregistrée sous le numéro 2203717, le 10 novembre 2022 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la SA Pafic.

Par cette requête, enregistrée, le 10 octobre 2022, la SA Pafic, représentée par

Me Briche, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la rémunération du président de son conseil de surveillance correspond aux fonctions de surveillance exercées par celui-ci et a été validée par ses organes compétents de sorte qu'elle n'avait pas à être réintégrée à son bénéfice.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 avril et 27 juin 2023, l'administratrice générale chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SA Pafic ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une vérification de comptabilité, la société Pafic a vu son bénéfice imposable rehaussé après que l'administration a refusé la déductibilité en tant que charges des rémunérations versées au président de son conseil de surveillance, M. B. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ont été mises en recouvrement en ce sens le 18 août 2021. M. et Mme B ont également été rendus destinataires d'une proposition de rectifications en tirant les conséquences sur la nature desdites rémunérations, par ailleurs déclarées par les intéressés. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en ce sens ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2021.

2. Les requêtes n° 2203242 et n° 2203717 de Mme B et de la société Pafic présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

3. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre () ". Par ailleurs, aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes du 7. de l'article 158 de ce code : " Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par un coefficient de 1,25. Ces dispositions s'appliquent : / () /2° Aux revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111, aux bénéfices ou revenus mentionnés à l'article 123 bis et aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice () ".

4. En outre, aux termes de l'article L. 225-81 du code de commerce : " Le conseil de surveillance élit en son sein un président et un vice-président qui sont chargés de convoquer le conseil et d'en diriger les débats. Il détermine, s'il l'entend, leur rémunération. () "

5. Enfin, aux termes de l'article 1328 du code civil dans sa rédaction en vigueur à la date du litige, dont la substance est aujourd'hui reprise à l'article 1377 du même code : " Les actes sous seing privé n'ont de date contre les tiers que du jour où ils ont été enregistrés, du jour de la mort de celui ou de l'un de ceux qui les ont souscrits, ou du jour où leur substance est constatée dans les actes dressés par des officiers publics, tels que procès-verbaux de scellé ou d'inventaire ". L'administration fiscale, dans l'exercice de ses missions, n'est pas un tiers au sens de ces dispositions qui ne peuvent dès lors faire obstacle à ce que le contribuable prouve par tous moyens l'existence et la date des actes d'une société.

6. Il résulte de l'instruction que selon procès-verbal de la réunion du conseil de surveillance de la société Pafic du 28 juin 2014, il a été décidé de la reconduction aux fonctions de président du conseil de surveillance de M. B pour un mandat de six ans et de ce qu'il ne serait reçu aucune rémunération au titre desdites fonctions.

7. Si Mme B et la société Pafic se prévalent du procès-verbal daté du 6 septembre 2014 dont il ressort que les membres du conseil de surveillance auraient décidé de revenir sur la décision prise le 28 juin précédent et d'allouer une rémunération à M. B au titre de ses fonctions de président du conseil de surveillance, la date de cet acte n'est pas établie alors qu'il n'a fait l'objet d'aucun enregistrement, n'avait pas été communiqué en 2015 avec l'ensemble des autres procès-verbaux du conseil de surveillance à l'administration fiscale, ne figurait pas au registre des procès-verbaux du conseil de surveillance lors des opérations de contrôle et n'a pu être consulté par l'administration que postérieurement à ces opérations, lors d'une visite au sein de l'entreprise, où il est apparu qu'il figurait seul sur un registre particulier, distinct du registre des procès-verbaux de l'année 2014 au sein duquel il ne s'insère pas, en tout état de cause, de par sa numérotation. La date de cet acte n'est pas plus établie par les seules attestations rédigées postérieurement à la mise en recouvrement des impositions en litige de la part des trois autres membres du conseil de surveillance par lesquelles ils affirment dans des termes identiques avoir " bien signé le conseil de surveillance du 6 septembre 2014 à 10 h " ou au motif que les comptes de la société ont été approuvés au titre des années en litige.

8. Dans ces conditions, alors que le conseil de surveillance avait décidé le 28 juin 2014 de ne pas verser de rémunération à M. B au titre de ses fonctions de président du conseil de surveillance, la société Pafic n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a refusé la déduction à titre de charge des sommes versées à M. B et a rehaussé en conséquence son bénéfice imposable. Pour les mêmes motifs, Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que les sommes en cause ont été qualifiées de revenus distribués en application du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts et se sont vu, par suite, appliquer le coefficient prévu au 7. de l'article 158 du code général des impôts.

9. Il résulte de ce qui précède que les requêtes présentées par Mme B et la société Pafic doivent être rejetées y compris les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2203242 et n° 2203717 de Mme B et de la société Pafic sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la SA Pafic et à l'administratrice générale chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2203242 et 2203717

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