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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203404

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203404

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203404
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELLIER-SUTY & MEURICE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 25 octobre 2022 et 14 février 2024, Mme A E, représentée par Me Chalon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 août 2022 par laquelle la ministre du travail a, d'une part, annulé la décision du 4 février 2022 par laquelle l'inspection du travail a rejeté la demande de l'association Temps de vie de la licencier et, d'autre part, autorisé cette sanction ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'ensemble des éléments produits par l'association Temps de vie ne lui ont pas été communiqués alors notamment que certains éléments du rapport d'enquête ont été anonymisés ;

- cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'ensemble des éléments réunis par l'inspection du travail, et notamment des témoignages restés oraux, ne lui ont pas été communiqués ;

- cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les dispositions de l'article R. 2421-4 du code du travail qu'elle a appliquées ne prévoit pas que le salarié soit informé du droit dont il dispose de se taire en méconnaissance des articles 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 14 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- cette décision est illégale dès lors que l'ensemble des éléments produits par l'association Temps de vie n'ont pas été communiqués lors de l'entretien préalable à son licenciement et n'ont pas été soumis au comité social et économique en méconnaissance notamment des dispositions de l'article L. 1232-3 du code du travail ;

- cette décision est illégale car l'enquête interne n'a pas été menée de manière contradictoire et loyale et qu'il ne lui a pas été donné l'occasion de se défendre notamment avec l'assistance d'un conseil ;

- cette décision est illégale dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'une demande signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est illégale dès lors que la procédure disciplinaire n'a pas été conduite par le directeur d'établissement mais par la directrice de l'association, en méconnaissance de l'article 35 du règlement intérieur ;

- cette décision est illégale dès lors que le comité social et économique a été convoqué avant la tenue de l'entretien préalable ;

- cette décision est illégale dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un délai suffisant pour préparer sa défense entre son entretien préalable et son audition par le comité social et économique ;

- cette décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur des motifs différents de ceux invoqués par l'association Temps de vie dans sa demande ;

- cette décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur des circonstances de fait postérieures à la date à laquelle la décision de l'inspection du travail a été prise ;

- cette décision est illégale car elle se fonde sur des fautes prescrites ;

- cette décision est illégale car elle se fonde sur une faute qui n'est pas suffisamment précise ;

- cette décision est illégale car elle se fonde sur des faits matériellement inexacts ;

- cette décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la circonstance qu'elle a reçu un avertissement en juin 2017 alors que cette sanction aurait dû être effacée de son dossier en juin 2017 en application de l'article 33 de la convention collective ;

- cette décision méconnaît les dispositions des articles 33 du règlement intérieur et de la convention collective en l'absence de sanction antérieure pouvant légalement être prise en compte ;

- cette décision est illégale dès lors que son licenciement est fondé sur sa dénonciation d'une situation de harcèlement moral, dont il n'est pas contesté qu'elle a été effectuée de bonne foi, et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 1152-2 du code du travail.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 novembre 2023 et 28 mars 2024, l'association Temps de vie, représentée par Me Sellier-Suty, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme E une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Sellier-Suty, représentant l'association Temps de vie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a été recrutée le 22 janvier 2015 par l'association Temps de vie, sous couvert d'un contrat à durée indéterminée pour exercer en tant qu'aide médico-psychologique. Elle a été investie d'un mandat de membre titulaire du comité social et économique, du syndicat CGT à compter du 12 décembre 2019 et de membre du comité social et économique central de l'association depuis le 2 juin 2020. Par un courrier du 26 novembre 2021, l'association Temps de vie a convoquée Mme E à un entretien du 3 décembre 2021 préalable à un éventuel licenciement. Le comité social et économique a rendu un avis favorable à son licenciement le 6 décembre 2021. Par un courrier du 7 décembre 2021, l'association Temps de vie a demandé l'autorisation de licencier Mme E à l'inspection du travail qui a refusé par une décision du 4 février 2022. Saisie d'un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision par un courrier du 14 février 2022, la ministre du travail a annulé la décision de l'inspectrice du travail et autorisé le licenciement de Mme E par une décision du 26 août 2022. Par sa requête, Mme E demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2421-11 du code du travail : " L'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat () ".

3. Le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément aux articles R. 2421-4 et R. 2421-11 du code du travail impose à l'autorité administrative, saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, d'informer le salarié concerné des agissements qui lui sont reprochés et de l'identité des personnes qui en ont témoigné. Il implique, en outre, que le salarié protégé soit mis à même de prendre connaissance de l'ensemble des pièces produites par l'employeur à l'appui de sa demande, dans des conditions et des délais lui permettant de présenter utilement sa défense, sans que la circonstance que le salarié est susceptible de connaître le contenu de certaines de ces pièces puisse exonérer l'inspecteur du travail de cette obligation. C'est seulement lorsque l'accès à certains de ces éléments serait de nature à porter gravement préjudice à leurs auteurs que l'inspecteur du travail doit se limiter à informer le salarié protégé, de façon suffisamment circonstanciée, de leur teneur.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'inspection du travail a communiqué à Mme E, par un courriel du 10 décembre 2021, la demande d'autorisation de licenciement de l'association Temps de vie ainsi que l'ensemble de ses pièces jointes, notamment le rapport d'enquête du 23 novembre 2021 réalisé par le cabinet Her dans une version dans laquelle certains témoignages ont été anonymisés afin d'éviter qu'ils ne portent gravement préjudice à leurs auteurs. Par ailleurs, le 28 janvier 2022, l'inspection du travail a adressé un courrier à la salariée dans lequel elle faisait état de constats effectués lors de son enquête et sollicitait des observations en réponse pour le 2 février 2022. Dans ces conditions et alors qu'au surplus l'anonymat des témoignages a été levé lors de l'examen du recours hiérarchique puisque la retranscription des témoignages ainsi que des pièces complémentaires ont été communiquées les 10 mars et 23 mai 2022 et ont donné lieu à réponse de l'intéressée le 30 mai 2022, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions précitées de l'article R. 2421-11 du code du travail doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la procédure suivie par l'inspection et le ministre du travail dans le cadre de l'examen d'une demande de licenciement ne revêt pas un caractère juridictionnel, dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 14 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ne sauraient être utilement invoqués.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1232-3 du code du travail : " Au cours de l'entretien préalable, l'employeur indique les motifs de la décision envisagée et recueille les explications du salarié ".

7. Alors que Mme E n'allègue pas que les griefs sur lesquels l'association Temps de vie entendait fonder son licenciement ne lui auraient pas été indiqués, l'intéressée ne peut utilement soutenir que l'ensemble des éléments que l'association Temps de vie a produit au cours de la procédure ne lui ont pas été communiqués.

8. En quatrième lieu, il ne résulte d'aucun texte ou d'aucun principe que la réalisation de l'enquête interne sur les agissements de Mme E ait été soumise au respect du principe du contradictoire, qu'elle a au demeurant respecté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments recueillis durant cette enquête et notamment les témoignages l'aient été de manière déloyale. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de l'enquête interne doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que la lettre de demande d'autorisation de licenciement de Mme E a été signée de Mme D, directrice de la clinique Sainte-Monique qui disposait pour ce faire d'une délégation de pouvoir du 1er avril 2020 du directeur général de l'association afin de gérer cette clinique et notamment de prononcer les licenciements disciplinaires. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise sur le fondement d'une demande signée par une autorité incompétente, doit être écarté, à le supposer même opérant alors que la volonté de l'association Temps de vie de licencier Mme E n'est pas sérieusement remise en cause.

10. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que la procédure disciplinaire à l'encontre de Mme E a été conduite par Mme D, directrice de la clinique Sainte-Monique conformément aux dispositions de l'article 35 du règlement intérieur de l'association Temps de vie. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait illégale au motif que la procédure disciplinaire aurait été conduite par une personne incompétente doit être écarté, à le supposer même opérant.

11. En septième lieu, aux termes de l'article R. 2421-8 du code du travail : " L'entretien préalable au licenciement a lieu avant la consultation du comité social et économique faite en application de l'article L. 2421-3. () ".

12. Si les dispositions de l'article R. 2421-8 du code du travail imposent que la réunion du comité d'entreprise appelé à se prononcer sur le projet de licenciement d'un salarié protégé ait lieu après l'entretien préalable, elles n'interdisent pas que la convocation des membres du comité social et économique soit envoyée antérieurement à l'entretien préalable. Par ailleurs, cette dernière circonstance n'est pas de nature à établir à elle seule que la décision concernant le licenciement de Mme E avait déjà été prise à la date de cette convocation et qu'il n'a été tenu compte ni des échanges ayant eu lieu à l'occasion de son entretien préalable, ni de l'avis du comité social et économique.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement dans les conditions prévues à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III () ".

14. Saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, il appartient à l'administration de s'assurer que la procédure de consultation du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité social et économique a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation.

15. Aux termes du procès-verbal de la réunion du 6 décembre 2021 du comité social et économique et de la note d'information qui a été adressée à ses membres, ces derniers ont été destinataires des griefs et du rapport d'enquête du cabinet Her. Il ressort des pièces du dossier que la circonstance que les témoignages présentés dans ce rapport aient été anonymisés, à la supposer même établie, et que les fac-similés des témoignages, éléments à charge pour Mme E, n'aient pas été fournis n'ont pas empêché le comité d'entreprise d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation au terme de laquelle un avis en faveur du licenciement à quatre voix pour et une contre a été émis.

16. En neuvième lieu, aux termes de l'article R. 2421-8 du code du travail : " L'entretien préalable au licenciement a lieu avant la consultation du comité social et économique faite en application de l'article L. 2421-3 () ". Aux termes de l'article L. 1232-2 du même code : " L'employeur qui envisage de licencier un salarié le convoque, avant toute décision, à un entretien préalable. La convocation est effectuée par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation ". Aux termes de l'article L. 1232-3 du même code : " Au cours de l'entretien préalable, l'employeur indique les motifs de la décision envisagée et recueille les explications du salarié ".

17. Il est constant que l'entretien préalable au licenciement de Mme E a eu lieu le 3 décembre 2021 et que la réunion du comité social et économique devant statuer sur sa situation s'est tenue le 6 décembre 2021. Par ailleurs, Mme E a été destinataire, comme les autres membres du comité social et économique du rapport d'enquête interne du cabinet Her le 25 novembre 2021. Enfin, les faits qui lui sont reprochés par l'association Temps de vie ont été discutés lors d'une première réunion du comité social et économique du même jour à laquelle l'intéressée assistait et qui portait sur sa suspension. Dans ces conditions, la requérante a disposé du temps nécessaire pour préparer des observations devant le comité social et économique sur les fautes qui lui étaient imputées.

18. En dixième lieu, lorsque l'autorité administrative estime que le motif pour lequel un employeur lui demande l'autorisation de rompre le contrat de travail d'un salarié protégé n'est pas fondé, elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée en lui substituant un autre motif de rupture de ce contrat de travail, alors même que cet autre motif aurait été de nature, s'il avait été présenté par l'employeur, à justifier une telle rupture.

19. Il ressort des pièces du dossier que la ministre s'est bien fondée sur un motif disciplinaire et sur les circonstances de faits invoquées par l'association Temps de vie pour prendre la décision attaquée. Dans ces conditions, et sans qu'y fasse obstacle la qualification juridique données aux fautes dont il est fait reproche à Mme E, la décision attaquée n'est pas illégale au motif qu'elle serait fondée sur des motifs différents de ceux invoqués par l'association Temps de vie dans sa demande.

20. En onzième lieu, pour prendre la décision attaquée, la ministre pouvait légalement prendre en considération des circonstances de fait postérieures à la date à laquelle la décision de l'inspection du travail a été prise, telles que la réaction des collègues au retour de Mme E à son poste suite à la fin de sa suspension, dès lors, pour ce qui concerne l'annulation de la décision de l'inspection du travail, que ces circonstances révèlent ou éclairent des faits antérieurs à cette décision et notamment la souffrance morale que le comportement de l'intéressée avait généré pour les autres salariés.

21. En douzième lieu, aux termes de l'article L. 1332-4 du code du travail : " Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà d'un délai de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance, à moins que ce fait ait donné lieu dans le même délai à l'exercice de poursuites pénales ". Il résulte de ces dispositions que ce délai commence à courir lorsque l'employeur a une pleine connaissance de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits reprochés au salarié protégé.

22. En outre, en vertu de ces dispositions, l'employeur ne peut pas fonder une demande d'autorisation de licenciement sur des faits prescrits en application de cette disposition, sauf si ces faits procèdent d'un comportement fautif de même nature que celui dont relèvent les faits non prescrits donnant lieu à l'engagement des poursuites disciplinaires.

23. Il ressort des pièces du dossier que l'association Temps de vie n'a eu connaissance de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits reprochés à Mme E qu'à compter de la restitution du rapport le 23 novembre 2021 du cabinet Her, désigné suite à l'exercice par la salariée de son droit de retrait le 28 juin 2021 en raison du comportement à son égard de certains de ses collègues. Dans ces conditions, en convoquant l'intéressée à un entretien préalable à sa sanction le 26 novembre 2021, l'association Temps de vie n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 1332-4 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dernières doit être écarté.

24. En treizième lieu, aux termes de la décision attaquée, il est reproché à Mme E, au titre du troisième grief retenu, son comportement dénigrant, ses empiètements sur les compétences des autres salariés et sa remise en cause de l'autorité de sa hiérarchie, sources de souffrance morale au sein de l'équipe dans laquelle elle travaille. Si ces faits ne sont pas datés, le comportement reproché à Mme E est continu et ne se prêtait ainsi pas à une présentation chronologique précise. Par ailleurs, la décision attaquée renvoie aux témoignages fournis lors de la procédure disciplinaire pour établir ce comportement ainsi qu'à des circonstances postérieures qui les confirment. Dans ces conditions, la décision attaquée n'est pas illégale au motif qu'elle se fonderait sur une faute qui n'est pas suffisamment précise.

25. En quatorzième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme E a signalé le 1er janvier 2021 à sa hiérarchie que M. C, aide-soignant, s'est endormi à son poste de travail et a mis en place une feuille de surveillance sur laquelle elle invitait ses collègues à signaler les manquements de ce salarié. Ce comportement n'est pas justifié par le rôle de représentant du personnel de l'intéressée, ainsi qu'elle le soutient. Par ailleurs, des témoignages concordants permettent d'établir que Mme E a adopté de manière récurrente un comportement irrespectueux envers ce salarié qui a exprimé son mal-être devant le cabinet Her. Dans ces conditions, le grief tiré du comportement irrespectueux et inadapté de l'intéressée envers M. C est établi.

26. D'autre part, plusieurs témoignages concordent pour établir un comportement inadapté de Mme E envers Mme B F, infirmière, en lien notamment avec l'homosexualité de cette dernière. Dans ces conditions, le grief tiré du comportement irrespectueux et inadapté de l'intéressée envers cette salariée est établi.

27. Enfin, les témoignages de Mme G, supérieurs hiérarchique de Mme E, ainsi que de plusieurs de ses collègues établissent que l'intéressée a remis publiquement en cause de manière récurrente les choix et orientations pris par sa direction, a adopté de manière permanente une attitude autoritaire critique envers le travail de ses collègues et empiété sur leurs compétences, y compris dans le domaine médical dans lequel elle n'est pas formée. Ce comportement a généré d'une souffrance au travail importante pour les autres salariés si bien que huit de ses collègues ont demandé une intervention du médecin de prévention afin de ne pas travailler avec elle lors de son retour de suspension. Dès lors, ce dernier grief est également établi.

28. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de matérialité des faits qui fondent la décision attaquée doit être écarté.

29. En quinzième lieu, aux termes de l'article L. 1332-5 du code du travail prévoit : " Aucune sanction antérieure de plus de trois ans à l'engagement des poursuites disciplinaires ne peut être invoquée à l'appui d'une nouvelle sanction ".

30. Si Mme E ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la convention collective nationale de travail des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées du 15 mars 1966 qui n'est pas applicable à sa situation, il résulte des dispositions citées au point précédent que la ministre ne pouvait légalement prendre en considération l'avertissement que l'intéressée avait reçu le 17 octobre 2017 pour prendre la décision attaquée. Toutefois, eu égard à la gravité des fautes cumulées telles que décrites aux points 25 à 27, il ressort des pièces du dossier que la ministre aurait pris la même décision, sans l'entacher de disproportion, si elle ne s'était pas fondée sur cette circonstance. Dès lors, le moyen tiré de cette erreur de droit doit être écarté.

31. En seizième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 25 à 27 que les griefs faits à Mme E, cumulés, constituent des fautes graves. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions des articles 33 du règlement intérieur qui interdisent le licenciement en l'absence de sanction antérieure sauf en cas de faute grave.

32. En dix-septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 1152-2 du code du travail : " Aucun salarié, aucune personne en formation ou en stage ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, notamment en matière de rémunération, de formation, de reclassement, d'affectation, de qualification, de classification, de promotion professionnelle, de mutation ou de renouvellement de contrat pour avoir subi ou refusé de subir des agissements répétés de harcèlement moral ou pour avoir témoigné de tels agissements ou les avoir relatés ".

33. Si l'enquête interne ayant donné lieu à la rédaction du rapport du cabinet Her a été mise en place comme suite à la dénonciation de Mme E du harcèlement moral dont elle s'estimait victime, cette dénonciation ne constitue pas le fondement de son licenciement ainsi qu'il a été dit aux points 25 à 27. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions citées au point précédent.

34. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

35. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme E au titre des frais engagés par lui et non compris dans les dépens.

36. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme E la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'association Temps de vie et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Mme E versera à l'association Temps de vie une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à l'association Temps de vie.

Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

Le président,

Signé

S. Lebdiri

La greffière,

Signé

M.-A. Boignard

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2203404

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