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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203850

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203850

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203850
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la demande de M. A qui sollicitait la décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2019 et 2020, relatives à la déduction de pensions alimentaires versées à ses parents et beaux-parents. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve de la réalité des versements ni de l'état de besoin de ses ascendants, conditions requises par les articles 156 du code général des impôts et 205 du code civil pour bénéficier de la déduction. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant ainsi les rectifications fiscales opérées par l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er décembre 2022 et 17 février 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, résultant des rectifications relatives aux pensions alimentaires versées à ses parents et à ses beaux-parents, auxquelles son épouse et lui-même ont été assujettis au titre des années 2019 et 2020 ;

2°) de prononcer la décharge de la majoration appliquée aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2019.

Il soutient que :

- il a transféré des sommes d'argent à son frère et à son beau-frère afin qu'ils les rétrocèdent à ses parents et ses beaux-parents, qui sont en état de besoin au sens de l'article 205 du code civil au titre des années 2019 et 2020 ;

- par un précédent jugement, le tribunal avait prononcé la déduction de pensions alimentaires qu'il avait versées à ses parents au cours des années 2009 et 2010.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier et 2 mars 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- M. A ne justifie aucun versement à ses parents et à ses beaux-parents ni ne démontre qu'ils sont en état de besoin ;

- le tribunal n'est pas compétent pour statuer sur la demande de remise gracieuse de la majoration fondée sur l'article 1758 A du code général des impôts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, conseiller ;

-et les conclusions de M. Menet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces, à l'issue duquel, par une proposition de rectification du 16 mars 2022, l'administration fiscale leur a notifié des suppléments d'impôt sur le revenu au titre des années 2019 et 2020, résultant notamment de la remise en cause de la déduction du revenu global des pensions alimentaires versées à leurs parents respectifs à hauteur de 6 000 euros au titre de l'année 2019 et de 3 843 euros au titre de l'année 2020. Par réponse aux observations du contribuable du 5 mai 2022, l'administration fiscale a maintenu la totalité des rectifications portant sur les pensions alimentaires. La réclamation formée par M. A le 18 octobre 2022 a été rejetée le 26 octobre 2022. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge, d'une part, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, résultant des rectifications relatives aux pensions alimentaires versées à ses parents et à ses beaux-parents, auxquelles son épouse et lui-même ont été assujettis au titre des années 2019 et 2020, et, d'autre part, de la majoration appliquée sur le fondement de l'article 1758 A du code général des impôts au titre de l'année 2019.

En ce qui concerne le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige au titre des années 2019 et 2020 :

2. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé () sous déduction : () II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : () 2° () pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 205 à 211, 367 et 767 du code civil à l'exception de celles versées aux ascendants quand il est fait application des dispositions prévues aux 1 et 2 de l'article 199 sexdecies () ". Aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. ". Aux termes de l'article 208 du même code : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit () ".

3. Pour être déductible du revenu imposable en application des dispositions du 2° du II de l'article 156 du code général des impôts, une pension alimentaire doit répondre aux conditions fixées par les articles 205 à 211 et 367 du code civil, auxquels renvoient ces dispositions, y compris lorsque, étant versée à une personne résidant à l'étranger, elle est due en vertu d'une loi étrangère. Pour établir que ses parents, auxquels il verse une pension alimentaire, sont en état de besoin au sens de l'article 205 du code civil, un contribuable peut utilement faire valoir que leurs ressources ne leur permettent pas de faire face aux nécessités de la vie courante, dans leur pays de résidence, dans des conditions équivalentes à ce que permet le revenu de solidarité active en France. Il appartient au contribuable qui prétend obtenir la déduction de son revenu imposable de sommes versées au titre de cette obligation alimentaire de justifier de la réalité des versements et de l'état de besoin de ses ascendants.

4. Pour justifier la déduction des pensions alimentaires versées à ses parents et à ses beaux-parents en 2019 et 2020, M. A se prévaut de l'état de besoin des intéressés qui vivent en Guinée. Toutefois, alors qu'il s'est borné à produire auprès de l'administration fiscale des documents justifiant de transferts de sommes dont les bénéficiaires ne sont ni ses parents ni ses beaux-parents, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de versements effectués au profit de ces derniers ni de leur état de besoin allégué au cours des années en litige. Par ailleurs, le requérant fait valoir que, par un précédent jugement du 18 septembre 2014, le tribunal avait prononcé la déduction de pensions alimentaires qu'il avait versées à ses parents au cours des années 2009 et 2010. Toutefois, cette circonstance, alors qu'au demeurant l'actualité de l'état de besoin et la réalité des versements ne sont pas établies, est sans incidence sur l'issue du présent litige. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a réintégré les montants de 6 000 euros pour l'année 2019 et de 3 843 euros pour l'année 2020 qui avaient été déduits par les époux A de leurs revenus imposables sur le fondement du 2° du II de l'article 156 du code général des impôts, au titre de pensions alimentaires versées à leurs parents.

En ce qui concerne la majoration appliquée au titre de l'année 2019 :

5. Aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue. / II. - Cette majoration n'est pas applicable : / a) Lorsque le contribuable a corrigé sa déclaration spontanément ou dans un délai de trente jours à la suite d'une demande de l'administration () ".

6. Les conclusions à fin de décharge de la majoration de 10 % fondée sur l'article 1758 A du code général des impôts au titre de l'année 2019, qui contrairement à ce qu'oppose l'administration en défense ne sauraient être regardées comme une demande de remise gracieuse, ne sont assorties d'aucun moyen, de sorte qu'elles ne peuvent qu'être rejetées. En tout état de cause, il est constant que les époux A n'ont pas procédé à la régularisation spontanée de leur déclaration dans les conditions visées par les dispositions précitées. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander la décharge de cette majoration au titre de l'année 2019.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Gars

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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