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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2204033

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2204033

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2204033
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationCHAMBRE PRESIDENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 21 décembre 2022 et 30 janvier 2023, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aisne a refusé de lui accorder une remise de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant initial de 2 113,77 euros pour la période de novembre 2020 à mai 2022, dont le solde a été ramené à 1 856,10 euros, et de lui accorder cette remise de dette.

Elle soutient que :

- elle est de bonne foi, en ayant déclaré ses ressources tous les trois mois et le départ de son fils depuis le 15 juin 2020 ;

- elle est dans une situation de précarité financière ne lui permettant pas de rembourser sa dette.

Par lettre enregistrée le 5 avril 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a présenté des observations par lesquelles elle indique avoir suspendu le recouvrement de la créance litigieuse.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2023, le président du conseil départemental de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. Wavelet a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 31 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a notifié à Mme A un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 113,77 euros pour la période de novembre 2020 à mai 2022. Mme A a sollicité une remise gracieuse de cette dette et, par une décision du 25 novembre 2022, le président du conseil départemental de l'Aisne a rejeté sa demande. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision et de lui accorder la remise gracieuse de sa dette.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

5. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

6. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active notifié à Mme A le 31 mai 2022 résulte de la prise en compte du départ de son fils du foyer familial à compter du 15 juin 2020. Si Mme A soutient qu'elle a toujours fait preuve de diligence dans ses rapports avec les services de la caisse d'allocations familiales en ayant déclaré ses ressources tous les trois mois et le départ de son fils depuis le 15 juin 2020, il résulte toutefois de l'instruction que cette dernière, lors des déclarations trimestrielles de ses ressources les 7 août 2020, 9 novembre 2020, 3 février 2021, 6 mai 2021 et 3 novembre 2021, a indiqué que son fils composait toujours le foyer, alors même qu'il l'avait quitté le 15 juin 2020. La requérante n'aura informé la caisse de son changement de situation familiale que le 30 mars 2022. Eu égard à sa nature et à sa réitération, et alors que la requérante ne peut être regardée comme ayant ignoré de bonne foi qu'elle devait informer l'organisme payeur de ce changement de situation dans les meilleurs délais, cette omission de déclaration de changement de situation familiale doit être regardée comme une fausse déclaration au sens de L. 845-3 du code de la sécurité sociale. Dans ces conditions, et quelle que soit sa situation financière actuelle, cette circonstance fait obstacle à ce que Mme A puisse prétendre à une remise ou à une réduction de sa dette de revenu de solidarité active.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du président du conseil départemental de l'Aisne du 25 novembre 2022 ni à ce qu'une remise de sa dette de revenu de solidarité active lui soit accordée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au département de l'Aisne.

Copie pour information en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. Wavelet La greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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