jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2204096 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL VAUBAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 décembre 2022, 6 janvier et 8 août 2023, la SARL Kabi, représentée par Me Desnain, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) la réduction de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle été assujettie au titre de l'année 2021 dans les rôles de la commune de Jaux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les droits de la défense ont été méconnus par le service dès lors que le changement de catégorie de local commercial a été effectué sans en avertir la société au préalable qui n'a pas été en mesure de présenter des observations à ce sujet ;
- les locaux imposables ne font pas partie d'un ensemble commercial au sens de l'article L. 752-3 du code de commerce et ne pouvaient donc être valablement classés en catégorie dite MAG3.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mars et 18 octobre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par la SARL Kabi ne sont pas fondés ;
- subsidiairement, si le tribunal ne retient pas la catégorie dite MAG3, le local devra être classé en catégorie dite MAG1 ;
- il y aura lieu de compenser une éventuelle réduction de l'imposition en litige par une insuffisance constatée dans le calcul de l'imposition à la suite d'une erreur du service sur les surfaces louées par la SARL Kabi au sein de l'ensemble immobilier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boutou, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Kabi loue à la SCI Kale un local commercial situé à Jaux (Oise). Elle a présenté au service une réclamation relative aux impositions primitives à la cotisation foncière des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison de ce local. Elle demande, suite au rejet de cette réclamation, la décharge de cette imposition.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Lorsqu'une imposition est assise sur la base d'éléments qui doivent être déclarés par le redevable, l'administration ne peut établir, à la charge de celui-ci, des droits excédant le montant de ceux qui résulteraient des éléments qu'il a déclarés qu'après l'avoir, conformément au principe général des droits de la défense, mis à même de présenter ses observations. Il en va ainsi, en particulier, lorsque l'administration procède au rehaussement des bases de cotisation foncière des entreprises pour insuffisance d'évaluation résultant du défaut ou de l'inexactitude des déclarations des propriétés bâties. Toutefois, l'administration n'est pas tenue de mettre le contribuable à même de présenter ses observations lorsque, comme en l'espèce, elle procède à une nouvelle évaluation de la valeur locative du local en choisissant une nouvelle catégorie d'imposition d'un local professionnel, sans remettre en cause les éléments déclarés par le contribuable.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le rôle de cotisation foncière des entreprises pour l'année 2021 a été établi sur la base des déclarations du contribuable et que seule la catégorie de tarif prévue à l'article 310 Q de l'annexe II au code général des impôts a été modifiée pour ce qui concerne l'évaluation des biens passibles de taxe foncière. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration n'aurait pas respecté les droits de la défense est inopérant et doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12°, 13° et 15° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période () ". Aux termes de l'article 1498 du même code : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article./ Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article 310 Q de l'annexe II au code général des impôts : " Pour l'application du second alinéa du I de l'article 1498 du code général des impôts, les propriétés bâties mentionnées au premier alinéa de ce même I sont classées selon les sous-groupes et catégories suivants : () Sous-groupe I : magasins et lieux de vente : Catégorie 1 : boutiques et magasins sur rue. Catégorie 2 : commerces sans accès direct sur la rue. Catégorie 3 : magasins appartenant à un ensemble commercial. Catégorie 4 : magasins de grande surface (surface principale comprise entre 400 et 2 500 m2). Catégorie 5 : magasins de très grande surface (surface principale supérieure ou égale à 2 500 m2). Catégorie 6 : stations-service, stations de lavage et assimilables. Catégorie 7 : marchés. () ".
5. Il résulte de l'instruction que le local en litige était classé pour l'imposition à la taxe foncière des années précédant celles en litige, en catégorie 2 du sous-groupe I des magasins et lieux de ventes, dite catégorie MAG2. Estimant que ce local relevait en réalité des magasins appartenant à un ensemble commercial, le service a appliqué à compter de l'année 2020, le tarif de cette catégorie dite MAG3. La SARL Kabi soutient que son local ne saurait en relever mais constitue bien au sens de l'article 310 Q précité un commerce sans accès direct sur la rue.
6. Aux termes de l'article L. 752-3 du code de commerce : " I. - Sont regardés comme faisant partie d'un même ensemble commercial, qu'ils soient ou non situés dans des bâtiments distincts et qu'une même personne en soit ou non le propriétaire ou l'exploitant, les magasins qui sont réunis sur un même site et qui : 1° Soit ont été conçus dans le cadre d'une même opération d'aménagement foncier, que celle-ci soit réalisée en une ou en plusieurs tranches ; 2° Soit bénéficient d'aménagements conçus pour permettre à une même clientèle l'accès des divers établissements ; 3° Soit font l'objet d'une gestion commune de certains éléments de leur exploitation, notamment par la création de services collectifs ou l'utilisation habituelle de pratiques et de publicités commerciales communes ; 4° Soit sont réunis par une structure juridique commune, contrôlée directement ou indirectement par au moins un associé, exerçant sur elle une influence au sens de l'article L. 233-16 ou ayant un dirigeant de droit ou de fait commun () ".
7. Il résulte de l'instruction que le local en litige est situé sur une parcelle ayant un accès direct à la rue qu'elle borde, qui est incluse dans une zone dédiée au seul commerce et située sur les communes de Jaux et de Venette, résultant d'une opération d'aménagement ayant créé une zone d'activité de 27 hectares dans cette partie de l'agglomération de Compiègne. Le local dont s'agit est lui-même implanté dans un des secteurs de cette zone dénommée " zone commerciale du Camp du Roy ". Il doit donc être regardé comme situé au sein d'un ensemble commercial au sens de l'article L. 752-7 du code de commerce et pour l'application de l'article 310 Q de l'annexe II au code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que le service a appliqué au calcul de sa valeur locative le tarif de la catégorie dite MAG3 du sous-groupe I. Les conclusions à fin de décharge de la SARL Kabi doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la demande de compensation présentée par le service.
Sur les conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SARL Kabi, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Kabi est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Kabi et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023 .
Le président-rapporteur,
Signé
B. Boutou
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
A.L. PierreLa greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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