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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300194

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300194

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300194
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la demande de M. et Mme C tendant à la décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de 2016. Ces impositions faisaient suite à la qualification de revenus distribués par une société portugaise, dont M. C était gérant et associé, via un compte courant débiteur. Le tribunal a jugé que la proposition de rectification du 20 décembre 2019 avait été régulièrement notifiée, l'administration apportant la preuve d'une présentation du pli le 23 décembre 2019, et que les requérants, n'ayant pas répondu dans les délais, supportaient la charge de prouver le caractère exagéré des impositions, ce qu'ils n'ont pas fait. La solution s'appuie sur les articles R. 194-1 du livre des procédures fiscales et a. de l'article 111 du code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 janvier 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par

M. et Mme C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal Cergy-Pontoise le 16 août 2022 et un mémoire, enregistré le 9 mai 2023 au greffe du tribunal, M. A C et Mme B C demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pas reçu régulièrement notification de la proposition de rectifications du 20 décembre 2019 avant l'expiration du délai de reprise de l'administration le 31 décembre 2019 ;

- la procédure de redressement n'a pas été contradictoire compte-tenu du faible délai laissé entre l'envoi du courrier du 13 décembre 2019 et celui de la proposition de rectifications du 20 décembre 2019 ;

- n'étant pas associés de la société Moreira et Dias consultores lda, le solde débiteur du compte courant d'associé ne saurait être imposé entre leurs mains ;

- l'administration n'établit pas l'appréhension effective des sommes imposées ;

- l'opération débitrice du 31 décembre 2016 d'un montant de 17 427,02 euros ne saurait être imposée entre les mains du titulaire du compte courant d'associé alors qu'il s'agit d'une opération d'extourne en fin d'exercice comptable opérée compte-tenu des dépenses engagées au cours de l'année pour le compte de la société.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés alors notamment qu'il existe une distribution par sociétés interposées pour l'application du a. de l'article 111 du code général des impôts.

Par ordonnance du 4 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- et les conclusions de M. Menet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de l'établissement stable en France de la société de droit portugais Moreira et Dias consultores lda dont il est le gérant et était l'associé fondateur, M. C s'est vu proposer des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2016, selon la procédure contradictoire, à la suite d'un contrôle sur pièces, à raison de revenus distribués par cette société. M. et Mme C demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis à ce titre.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

3. D'autre part, si le contribuable conteste qu'une proposition de rectification lui a bien été notifiée, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. En cas de retour à l'administration du pli, la preuve que le contribuable a reçu notification régulière de cette proposition de rectifications peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation postale en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste. A cet égard, une copie d'écran d'un tableau de suivi fournie, à la demande de l'administration fiscale, par les services postaux à partir de leur application informatique interne de suivi du courrier, constitue un élément de preuve admissible pour établir que le contribuable a été régulièrement avisé de la possibilité de retirer le pli contenant la proposition de rectifications auprès du bureau de poste distributeur dans le délai de quinze jours prévu par la réglementation postale.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que si les mentions portées sur l'enveloppe contenant la proposition de rectifications du 20 décembre 2019 ne permettent pas de connaitre la date de première présentation du pli à l'adresse de M. et Mme C, ni celle de sa réexpédition au-delà du délai d'instance de quinze jours, elles précisent toutefois que le pli a bien été avisé mais non réclamé. En complément de ces mentions, l'administration produit une copie d'écran du tableau de suivi fournie par les services postaux dont il ressort que le recommandé en question a été présenté le 23 décembre 2019 et a été placé en instance pendant quinze jours avant d'être réexpédié le 9 janvier 2020. A cet égard, la circonstance que l'enveloppe porte à tort un tampon des services fiscaux faisant état d'une réception de cette réexpédition le 9 janvier alors que le pli a été reçu le 12 janvier suivant, qui résulte d'une erreur matérielle, ne saurait établir que les données figurant sur le site internet de la poste seraient falsifiées comme le soutiennent les requérants.

5. Par suite, à défaut d'avoir présenté des observations à la suite de la proposition de rectifications du 20 décembre 2019, qui, ainsi qu'il a été dit, est réputée régulièrement notifiée aux intéressés, la charge de la preuve de l'exagération des impositions en litige pèse sur

M. et Mme C.

En ce qui concerne les revenus distribués :

6. Aux termes du a. de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes ". En application de ces dispositions, doivent être regardés comme des revenus distribués, sauf preuve contraire, les montants des soldes débiteurs des comptes courants ouverts dans les écritures d'une société au nom de ses associés, actionnaires ou porteurs de parts. Ces revenus peuvent avoir été distribués à l'associé directement ou par personne interposée.

7. En l'espèce, l'administration a imposé entre les mains de M. et Mme C le montant du solde débiteur du compte courant d'associé non nominatif figurant dans les comptes de la société Moreira et Dias consultores lda dont M. C qui en était l'associé fondateur a déclaré au cours de la procédure de vérification de comptabilité de l'établissement stable en France de cette société, être le titulaire.

8. Toutefois, les requérants établissent que M. C avait cédé l'ensemble de ses parts à deux autres sociétés de droit portugais le 10 décembre 2015, ce que reconnait l'administration. Par suite, alors que M. C n'était plus associé de la société

Moreira et Dias consultores lda, les sommes en litige ne sauraient être imposées en tant que revenus distribués à son profit en application du a. de l'article 111 du code général des impôts qui concerne les distributions faites aux associés, directement ou par personnes ou sociétés interposées, et ce quels que soient ses liens, au demeurant inconnus, avec les deux sociétés devenues associées de la société Moreira et Dias consultores lda.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme C sont fondés à demander à être déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016.

Sur les frais d'instance :

10. Alors que M. et Mme C, qui n'ont pas eu recours au ministère d'avocat, ne justifient pas avoir exposé des frais au titre de la présente instance, les conclusions qu'ils présentent en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. et Mme C sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et Mme B C et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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