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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300282

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300282

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300282
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP VAN MARIS DUPONCHELLE MISSIAEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 janvier et 16 février 2023, M. A B, représenté par la SCP Van Maris - Duponchelle, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye à lui verser la somme globale de 29 305,90 euros en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge au sein de cet établissement le 24 mars 2016 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye est engagée à raison de l'erreur de diagnostic commise lors de sa prise en charge le 24 mars 2016 ;

- il a subi un déficit fonctionnel temporaire total et un déficit fonctionnel temporaire partiel qu'il convient d'indemniser à hauteur de 3 742 euros ;

- il a subi un préjudice lié aux souffrances endurées qu'il convient d'indemniser à hauteur de 8 000 euros ;

- il a subi un préjudice esthétique qui peut être évalué à la somme de 5 500 euros ;

- il subit un déficit fonctionnel permanent de 2 % qui peut être évalué à la somme de 2 800 euros ;

- il subit un déficit d'agrément pour la pratique sportive qu'il convient d'indemniser à hauteur de 5 000 euros ;

- il a subi des pertes de revenus, à hauteur de 1 552,75 euros au titre de ses fonctions à la SNCF, et à hauteur de 2 711,15 euros au titre de son activité de pompier volontaire.

Par un mémoire enregistré le 23 mars 2023, la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF conclut à la condamnation du centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye au paiement de la somme globale de 15 864,81 euros au titre des débours exposés pour M. B et de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que :

- étant chargée de la gestion du régime spécial de sécurité sociale des agents de la SNCF, elle a exposé à ce titre des dépenses de santé à hauteur de 36,40 euros et a versé des salaires à M. B durant son congé de maladie et son mi-temps thérapeutique pour un montant de 9 906,76 euros, dont elle est fondée à demander le remboursement sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

- elle est fondée, en exécution du mandat de gestion qui a été conclu avec la SNCF, à obtenir pour le compte de celle-ci le remboursement des charges patronales versées à M. B pour la période du 25 septembre 2016 au 7 mars 2017, soit la somme de 4 759,65 euros ;

- le montant de l'indemnité forfaitaire de gestion s'élève à 1 162,00 euros.

Par un mémoire enregistré le 29 août 2023, M. B déclare se désister purement et simplement de sa requête.

La procédure a été communiquée au centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 12 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2024.

La Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF et le centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye ont été invités, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.

La Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF a produit des pièces, enregistrées le 18 septembre 2024 et communiquées aux parties.

Le centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye a produit des pièces, enregistrées le 23 septembre 2024, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sako, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est présenté aux urgences du centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye le 24 mars 2016, à la suite d'une blessure à la jambe droite intervenue au cours d'une activité sportive. A la suite d'une expertise diligentée par l'assureur de l'établissement hospitalier, il a, par un courrier du 13 octobre 2022, présenté une demande préalable au centre hospitalier en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de sa prise en charge par cet établissement. En l'absence de réponse à sa demande, M. B a saisi le tribunal d'une requête tendant à la condamnation du centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye à lui verser la somme globale de 29 305,90 euros en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge fautive.

Sur la requête de M. B :

2. Le désistement de M. B est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les droits de la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF :

3. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident () ". Ces dispositions ne font pas dépendre de l'exercice d'un recours indemnitaire par la victime ou ses ayants droit la possibilité pour la caisse de sécurité sociale, subrogée dans les droits de son assuré à hauteur des prestations qu'elle lui a versées, d'en poursuivre le remboursement par le responsable de l'accident. Par suite, le désistement de M. B est sans incidence sur les conclusions de la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF.

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

4. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation ".

5. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

6. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye a diligenté une expertise amiable non-contradictoire sur les conditions de prise en charge de M. B aux urgences de cet établissement. Dans son rapport, l'expert considère que le centre hospitalier a commis une erreur en ne diagnostiquant pas la rupture du tendon d'Achille dont l'intéressé était atteint. Selon lui, cette erreur a entraîné un retard dans la prise en charge du patient, qui a conduit à réaliser une opération plus complexe que celle qui aurait pu être pratiquée si le bon diagnostic avait été posé lors de la prise en charge de M. B aux urgences du centre hospitalier le 24 mars 2016. Ces constatations de l'expert ne sont toutefois corroborées par aucun autre élément du dossier, et elles ne constituent pas des éléments de pur fait dont le tribunal pourrait tenir compte. Par ailleurs, l'éventuelle perte de chance résultant le cas échéant de la faute commise par le centre hospitalier n'a pas été évaluée par l'expert. Par suite, l'état du dossier ne permet pas au tribunal d'apprécier si les conditions d'engagement de la responsabilité du centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye sont réunies, ni d'évaluer l'étendue des droits de la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF. Dès lors il y a lieu, avant de statuer sur les demandes de la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF, d'ordonner une expertise sur ces points.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. A B.

Article 2 : Il sera, avant de statuer sur les conclusions présentées par la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF, procédé à une expertise médicale. L'expert sera désigné par la présidente du tribunal administratif et aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents utiles relatifs à l'état de santé de M. B et prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant à sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye ; se faire communiquer le montant des débours supportés par la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF ; convoquer et entendre contradictoirement les parties, après qu'elles auront eu communication de ces

documents ; entendre toute personne qu'il estimera utile ;

2°) procéder, en tant que besoin, à l'examen clinique de M. B et rappeler son état de santé antérieur ;

3°) décrire les conditions de la prise en charge litigieuse ;

4°) dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale après avoir réuni tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

5°) se prononcer sur l'origine des conséquences dommageables subies en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge litigieuse ; dire, le cas échéant, si elles sont la conséquence d'un aléa thérapeutique ou d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale ; déterminer si elles présentent un lien de causalité direct et certain avec la prise en charge litigieuse et dire si ce lien de causalité est exclusif ou si d'autres actes ou causes ont pu contribuer aux dommages et indiquer la part imputable à chacune des causes ;

6°) indiquer si l'état de santé du patient a pu favoriser ou contribuer à la survenue des conséquences dommageables subies ;

7°) indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) a / ont fait perdre à l'intéressé une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; préciser la ou les perte(s) de chance (pourcentage ou coefficient), le cas échéant ;

8°) dire si l'état de santé de M. B est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où son état de santé ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;

9°) dire, au vu de l'état des débours de la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF, quels sont les frais exposés par cet organisme dans l'intérêt de M. B qui sont en lien avec les suites de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye ;

10°) de manière générale, fournir au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur le recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.

Article 3 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 4 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre hospitalier intercommunal de Montdidier-Roye et à la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Sako

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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