jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2300328 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LAMRANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2023, la SARL Etablissement de peinture - EDP, représentée par Me Lamrani, demande au tribunal :
1°) la décharge de l'amende qui lui a été infligée en application du 1 du I. de l'article 1737 du code général des impôts au titre de l'exercice clos en 2019 ainsi que le sursis de paiement de cette amende dans l'attente du jugement à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que c'est-à-tort que l'administration lui a infligé une amende en application du 1 du I. de l'article 1737 du code général des impôts au titre de l'exercice clos en 2019 alors qu'elle n'établissait pas que les factures litigieuses étaient de complaisance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Etablissement de peinture - EDP ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- et les conclusions de M. Menet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Etablissement de peinture - EDP, qui exerce une activité de second œuvre dans le bâtiment, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'exercice clos en 2019, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 30 septembre 2020 à l'issue de laquelle l'administration lui a infligé une amende en application du 1 de I. de l'article 1737 du code général des impôts au titre de l'année 2019 dont elle demande la décharge.
Sur la pénalité :
2. Aux termes du I de l'article 1737 du code général des impôts : " Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : / 1. Des sommes versées ou reçues, le fait de travestir ou dissimuler l'identité ou l'adresse de ses fournisseurs ou de ses clients, les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B et aux textes pris pour l'application de ces articles ou de sciemment accepter l'utilisation d'une identité fictive ou d'un prête-nom () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration peut mettre l'amende ainsi prévue à la charge de la personne qui a délivré la facture ou à la charge de la personne destinataire de la facture si elle établit que la personne concernée a soit travesti ou dissimulé l'identité, l'adresse ou les éléments d'identification de son client ou de son fournisseur, soit accepté l'utilisation, en toute connaissance de cause, d'une identité fictive ou d'un prête-nom
3. Il résulte de l'instruction que la société requérante avait pour principaux clients en 2019, les sociétés Matimo, MDB la Fourmie, Foncier du cours Guynemer et SCI Saint Thibaut, et a eu recours pour la réalisation des chantiers qui lui étaient confiés à trois sous-traitants immatriculés en Italie et au Portugal, l'entreprise " Hussein Abdalla Mohamed Salem ", l'entreprise " El Sayed Ibrahim El Beia Hatem " et l'entreprise " Adriano Tavares ".
4. Or, et en premier lieu, il est constant qu'aucun contrat de sous-traitance n'a été conclu, ni qu'aucune formalisation des relations contractuelles ainsi entretenues n'a été faite.
5. En deuxième lieu, les règlements, opérés de manière fractionnée par la société Etablissement de peinture - EDP à ses sous-traitants, ont pris la forme de chèques et virements dont les montants étaient compris entre 1 000 et 2 500 euros, de tels montants étant proches d'une rémunération de main d'œuvre. L'ensemble des chèques ou virements a été encaissé directement en France sur des comptes appartenant à des personnes physiques. De plus, il est apparu qu'une même personne physique pouvait recevoir des fonds en règlement de factures émises par plusieurs des trois entreprises de sous-traitance sans explication économique. D'ailleurs, les règlements effectués par la société Etablissement de peinture - EDP auprès des bénéficiaires des chèques et virements ont été imputés indifféremment sur des factures de sous-traitance de chacune des trois entreprises.
6. En troisième et dernier lieu, il existe des similitudes entre les factures de la société Etablissement de peinture - EDP et des entreprises " Hussein Abdalla Mohamed Salem " et " El Sayed Ibrahim El Beia Hatem " qui reposent sur un modèle d'origine se présentant exactement de la même manière, avec les mêmes cartouches et les mêmes mentions finales décrivant leur activité en français selon les termes suivants : " Toutes prestations dites de second œuvre notamment peinture, plâtrerie, faux-plafond, carrelage, menuiserie, agencement, ameublement, parqueterie, métallerie ", y compris pour les entreprises italiennes.
7. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments et alors que la société Etablissement de peinture - EDP se borne à soutenir que les pratiques en cause ne sont pas prohibées et à fournir une explication sommaire de chacun des éléments relevés par l'administration sans permettre d'expliquer la survenance concomitante de l'ensemble des faits relevés lors des opérations de contrôle, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de ce que les factures adressées par ses sous-traitants à la société Etablissement de peinture - EDP étaient des factures de complaisance alors que les entreprises supposées être sous-traitantes n'apparaissent pas l'avoir été sur aucun des chantiers concernés. Par suite, la société Etablissement de peinture - EDP n'est pas fondée à soutenir que c'est-à-tort qu'une amende lui a été infligée en application de l'article 1737 du code général des impôts.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Etablissement de peinture - EDP doivent être rejetés.
Sur la demande de sursis de paiement :
9. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Etablissement de peinture - EDP doivent dès lors être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société Etablissement de peinture - EDP est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Etablissement de peinture - EDP et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026