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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301169

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301169

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301169
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT
Avocat requérantBERTHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 avril et 28 août 2023, Mme B F, représentée par Me Berthou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la contrainte émise à son encontre le 24 mars 2023 par la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne pour le recouvrement de la somme de 1 933,11 euros correspondant à un indu de prime d'activité pour la période du 1er février 2021 au 30 avril 2022, et de la décharger en conséquence du paiement de cette somme ;

2°) d'annuler l'indu de prime d'activité mis à sa charge pour un montant de 1 933,11 euros au titre de la période du 1er février 2021 au 30 avril 2022 ;

3°) de lui accorder une remise totale ou partielle de sa dette de prime d'activité ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente, Mme D E, signataire de la contrainte, ne disposant pas d'une délégation de signature à cet effet ;

- le courrier du 4 mai 2022 lui notifiant l'indu de prime d'activité et la mise en demeure du 5 décembre 2022 ne sont pas motivés, en méconnaissance de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, de même que la contrainte elle-même ;

- l'indu de prime d'activité n'est pas fondé : la CAF était parfaitement informée de sa situation professionnelle et de l'existence d'un contrat d'apprentissage dès le 29 novembre 2021, et non à compter du 24 février 2022, et continuait, du fait des négligences de ses agents dans le traitement de son dossier, à lui verser une prime d'activité ;

- la situation de précarité dans laquelle elle se trouve et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise de dette.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Par une lettre du 2 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office les moyens suivants tirés de :

- l'irrecevabilité des conclusions tendant, d'une part, à l'annulation de l'indu de prime d'activité d'un montant de 1 933,11 euros mis à la charge de Mme F, d'autre part, à ce que soit accordée à l'intéressée une remise totale ou partielle de sa dette de prime d'activité, ces conclusions nouvelles ayant été présentées pour la première fois dans le mémoire enregistré le 28 août 2023, après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- l'irrecevabilité des moyens de légalité externe en ce que ces moyens, pris en leurs différentes branches, ont été invoqués pour la première fois dans le mémoire enregistré le 28 août 2023, après l'expiration du délai de recours contentieux.

Par un mémoire enregistré le 5 janvier 2024, Mme F a répondu aux moyens d'ordre public en indiquant que :

- elle a introduit son recours juridictionnel contre la contrainte du 24 mars 2023 dans le délai de recours contentieux ;

- le recours contre la contrainte du 24 mars 2023 doit être regardé comme demandant, par voie de conséquence, l'annulation de l'indu mis à sa charge ainsi que la remise totale ou partielle de l'obligation de payer les sommes réclamées et, eu égard à ses écritures et les pièces produites, elle a ainsi présenté des conclusions tendant, d'une part, à l'annulation de l'indu de prime d'activité de 1 933,11 euros mis à sa charge, d'autre part, à l'octroi d'une remise totale ou partielle de cette dette.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. Wavelet a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 4 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a notifié à Mme F un indu de prime d'activité d'un montant de 1 933,11 euros pour la période de février 2021 à avril 2022. Après une mise en demeure adressée à l'intéressée le 5 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne a émis le 24 mars 2023 à son encontre une contrainte pour le recouvrement de cette somme, dont Mme F demande l'annulation, outre dans ses dernières écritures l'annulation de l'indu mis à sa charge par le courrier du 4 mai 2022 ainsi que la remise totale ou partielle de cette dette.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'indu de prime d'activité d'un montant de 1 933,11 euros et à la remise de cette dette :

2. Mme F a présenté le 28 août 2023 des conclusions tendant, d'une part, à l'annulation de l'indu de prime d'activité d'un montant de 1 933,11 euros mis à sa charge par le courrier du 4 mai 2022, d'autre part, à ce que lui soit accordée une remise totale ou partielle de sa dette de prime d'activité. Ces conclusions présentées pour la première fois dans le mémoire enregistré le 28 août 2023, et non à l'occasion de la requête " par voie de conséquence " des conclusions dirigées contre la contrainte du 24 mars 2023 comme le soutient la requérante en réponse au moyens relevés d'office qui lui ont été communiqués, l'ont été après l'expiration du délai de recours contentieux, et présentent ainsi en tout état de cause le caractère de conclusions nouvelles. Elles sont à ce titre irrecevables et doivent, par suite, être rejetées pour ce motif.

Sur les conclusions dirigées contre la contrainte émise le 24 mars 2023 :

3. Il résulte de la contrainte attaquée que celle-ci a été signée par Mme D E, gestionnaire du recouvrement, pour Mme A C, directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne. Alors que la requérante soutient que Mme E n'était pas compétente pour signer la décision attaquée faute de délégation de signature qui lui aurait été consentie à cet effet, la caisse d'allocations familiales de l'Aisne, qui est seule en mesure de l'établir, ne produit à l'instance aucun acte de délégation et n'établit pas ce faisant que Mme E disposait d'une délégation de compétence régulière et qu'elle était ainsi compétente pour signer la contrainte attaquée du 24 mars 2023. Par suite, Mme F est fondée à soutenir que la contrainte du 24 mars 2023 a été prise par une autorité incompétente.

4. Il résulte de ce qui précède, alors que le seul moyen de bien-fondé invoqué à l'encontre de la contrainte attaquée ne peut en l'espèce être retenu, que Mme F est fondée à demander l'annulation de la contrainte émise à son encontre le 24 mars 2023 par la directrice de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne pour le recouvrement de la somme de 1 933,11 euros correspondant à un indu de prime d'activité pour la période du 1er février 2021 au 30 avril 2022. Toutefois, l'annulation de la contrainte du 24 mars 2023 pour un motif de régularité en la forme n'implique pas, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, que soit prononcée la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 933,11 euros.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

5. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Aisne la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte émise le 24 mars 2023 par la caisse d'allocations familiales de l'Aisne à l'encontre de Mme F pour le recouvrement d'une dette de prime d'activité d'un montant de 1 933,11 euros est annulée.

Article 2 : La caisse d'allocations familiales de l'Aisne versera à Mme F la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et à la caisse d'allocations familiales de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. Wavelet La greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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