jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301315 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DONNETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 avril et 20 décembre 2023 et 31 janvier 2024, Mme C A épouse B, représentée par Me Donette, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie à l'indemniser des conséquences dommageables de sa prise en charge pour une salpingectomie le 20 février 2016 ;
2°) d'ordonner avant-dire droit une expertise aux fins de déterminer si la prise en charge dont elle a bénéficié en février 2016 à la suite d'une grossesse extra-utérine au sein du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie a été conforme, particulièrement quant au recours à l'électrocoagulation, de rechercher si elle a consenti à l'utilisation de cette technique, de quantifier la répercussion psychologique des douleurs neuropathiques dont elle souffre depuis mars 2016 et d'évaluer ses préjudices ;
3°) de lui allouer une provision de 5 000 euros.
Elle soutient que :
- le rapport d'expertise diligenté par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales n'est pas circonstancié et a omis de se prononcer sur la question de savoir si le recours à l'électrocoagulation était pertinent et sur les conséquences induites sur son état de santé ;
- le recours à l'électrocoagulation était fautif.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juin 2023 et 11 janvier 2024, le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, représenté par la SCP Lebègue Derbise, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable alors qu'elle se borne à solliciter une expertise judiciaire avant dire droit sans présenter de conclusions principales indemnitaires ;
- en tout état de cause, la demande d'expertise est frustratoire.
Par un mémoire, enregistré le 9 novembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne fait valoir qu'elle ne s'oppose pas à une demande d'expertise.
Par ordonnance du 25 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- les conclusions de M. Menet, rapporteur public,
- et les observations de Me Ricard, représentant le centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a fait l'objet, en urgence, le 20 février 2016, d'une salpingectomie par électrocoagulation dans un contexte de grossesse extra utérine au sein du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie. Des douleurs neuropathiques sont apparues un mois après l'intervention. Estimant que celles-ci étaient la conséquence de la salpingectomie, Mme B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales qui a ordonné une expertise dont le rapport a été déposé le 15 septembre 2018 et qui a conclu à l'absence de lien de causalité entre l'intervention chirurgicale et les douleurs constatées.
2. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport diligenté par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, qui présente les mêmes garanties procédurales qu'une expertise juridictionnelle, qu'aucun lien de causalité n'est établi entre la salpingectomie pratiquée sur Mme B le 20 février 2016 et les douleurs neuropathiques dont elle est atteinte, apparues un mois après cette intervention et qui ont évolué défavorablement de la fosse iliaque gauche jusqu'à irradier au niveau du pied. A cet égard, l'expert, par une analyse détaillée, a recherché dans quelle mesure la salpingectomie elle-même ou la cœlioscopie et notamment l'insertion de trocarts pouvait avoir entrainé une atteinte nerveuse de nature à expliquer le tableau clinique de l'intéressée, ce qu'il a exclu. L'expert a également pris en compte l'utilisation de l'électrocoagulation au cours de l'intervention par l'usage d'une pince à coaguler bipolaire qui est d'utilisation habituelle pour ce type d'intervention et qui, contrairement à une électrode monopolaire, ne présente pas de risque particulier d'arc électrique. Si Mme B se prévaut de l'analyse d'un autre gynécologue qui repose notamment sur un de ses articles relatifs aux grossesses extra-utérines rédigé en 1985 et précise que l'électrocoagulation, de manière générale, et même la pratique d'une intervention sous cœlioscopie, seraient dangereuses, en se fondant sur sa pratique antérieure, sans d'ailleurs que la période en cause ne soit spécifiée, ces éléments datés ne sont pas de nature à remettre en cause le rapport d'expertise du 15 septembre 2018.
3. Dans ces conditions, en l'absence de lien établi ou même plausible entre l'intervention pratiquée le 20 février 2016, en ce compris l'utilisation d'une pince bipolaire, et les douleurs dont est atteinte la requérante, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, ni de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions indemnitaires présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées y compris, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'octroi d'une provision.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B, au centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026